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Une nuit pas comme les autres
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 09 - 07 - 2002

Un RME tombe amoureux d'une fille. Il passe une nuit avec elle chez l'une de ses amies, quand il rate une marche et perd la vie. Les filles et le frère de l'amie hôte se débarrassent du cadavre encombrant en le jetant à la rue.
Mai 2002. La chambre criminelle près la cour d'appel de Khouribga. Le jury vient de se retirer de la salle d'audience pour s'isoler dans celle des délibérations. L'un des dossiers qui est entre ses mains est très compliqué car il concerne trois mis en cause qui risquent la peine de mort. Les dispositions de l'article 393 du code pénal dont ils sont poursuivis sont claires.
Elles stipulent que «Le meurtre commis avec préméditation et guet-apens est qualifié d'assassinat et puni de la peine de mort». Amal, vingt-sept ans, Fatima, trente-six ans et son frère Mustapha, dix-sept ans, lèvent leurs mains implorant Dieu : «Oh Dieu, nous réclamons votre Justice Divine, la seule qui peut nous sauver de ce pétrin». Ils n'imaginaient jamais se trouver un jour dans cet endroit. Malheureusement ils étaient bel et bien en train d'attendre leur destin, depuis le matin du dimanche 3 mars 2002. Mais qu'est ce qui s'est passé ce dimanche ? La police judiciaire a découvert le cadavre d'un jeune de trente-sept ans, gisant dans une marre de sang, la tête près de la roue gauche d'un camion en stationnement. S'agit-il d'un accident de la circulation ? «Non, non, je ne crois pas qu'un camion qui stationne près du trottoir heurterait un passant, comment cela pourrait se produire ?», dit le chef de la brigade à l'un de ses éléments.
Les investigations vont bon train. Durant deux jours, les limiers ne ferment leurs yeux que pendant quatre heures au maximum. Les indices relevés confirment qu'il ne s'agit pas d'un accident de circulation. S'agit-il donc d'un crime ? «Certainement » dit l'un des éléments de la brigade chargée de l'enquête. Son flair ne l'a pas trompé. Entre temps, quelqu'un a avisé le moqadem du quartier que la fille de Zahia a vu les personnes ayant balancé le cadavre. Les enquêteurs ne négligent aucune information avant d'être convaincue qu'elle est infondée. «Va voir cette fille de Zahia» demande le chef de la brigade à l'un de ses éléments. Bien qu'elle n'ait pas d'école ce matin de dimanche, la fillette en question âgée de 12 ans s'est réveillée tôt, vers sept heures alors que la rue était encore déserte. Comme si le destin et le hasard l'ont poussée pour assister à une scène étrange. «J'ai vu Fatima, son frère, Mustapha et une autre fille que je ne connais pas qui portaient un cadavre pour le mettre près du camion. J'ai eu peur et je suis retournée aussitôt chez moi pour raconter ce que j'ai vu à ma mère qui m'a demandé de me taire et de ne rien raconter à qui que ce soit…» déclare la fille de Zahia à la police. Les enquêteurs arrêtent Fatima et son frère.
«Qui est cette fille qui était en ta compagnie ?» ,demande le chef de la brigade à Fatima. Appréhendée par la police, Amal se met tout de suite à table. Il s'est avéré que la victime est un dénommé Jamal, un RME qui séjourne en Italie. En été 2001, Après avoir regagné la ville de Khouribga. Il fait la connaissance d'Amal dont il tombe amoureux et commence à la fréquenter chez des proxénètes. Jamal retourne en Italie pour revenir quelques mois plus tard à Khouribga. Il a été refoulé de l'Italie après avoir été mouillé dans une affaire de tentative de viol qui lui a coûté quelques mois de prison ferme.
Jamal retourne aux bras de son amante. Samedi 2 mars les deux amoureux se rencontrent chez Fatima qui les accueille chaleureusement. Fatima se débrouille pour gagner sa vie, parfois en s'adonnant à la débauche parfois en recevant des clients. Son frère, Mustapha, qui est chômeur accepte cette situation.
Les heures passent et les têtes tournent d'un verre à l'autre chez Fatima. L'aube du dimanche se pointait alors que les amants continuent de s'enivrer encore et encore. A six heures du matin, Jamal veut uriner. Il ne peut se lever seul, tellement ivre que Amal le maintient par la main. Mais elle également n'a plus la force pour se tenir debout. Il s'appuie au mur pour se tenir debout. Quand arrivera-t-il aux toilettes qui se situent en dehors de la demeure, aux escaliers ? Il marche en titubant, vacille sur ses jambes au point qu'il risque de tomber d'une fois à l'autre. Il met son pied lentement sur le premier escalier, puis le deuxième et le troisième. Et hop, sa jambe gauche glisse et il tombe près des toilettes. Fatiha et Amal entendent un cri strident. Elles viennent de sortir de chez eux pour savoir ce qui s'est passé. Leurs têtes ont cessé de tourner. Quand elles ont regardé l'état de Jamal, tout le vin qu'elles ont bu s'est évaporé. «Qu'est ce qu'on va faire maintenant ?» demande Amal à Fatima. «Je ne sais pas…» lui répond-t-elle. Perturbées, elles ne savent plus quoi faire. Jamal n'est plus qu'un cadavre. «On doit se débarrasser de lui» dit Fatima à Amal. Fatima appelle son frère Mustapha et lui demande de les aider.
Celui-ci descend dans la rue, s'assure qu'elle est vide et retourne chez sa sœur. Tous les trois, ont pris le cadavre et l'ont mis près du camion. Ils sont retournés chez eux et ont lavé le sang, faisant comme si de rien n'était.
Le jury retourne à la salle d'audience. Le président ouvre le dossier, appelle Amal, Fatima et son frère, et rend sa décision : « Après les délibérations, la cour décide le non lieu et remet le dossier devant la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Khouribga». Ils sont actuellement poursuivis pour « non assistance à une personne en danger». Le trio quitte la salle d'audience en souriant. Il ne risque plus la peine de mort mais seulement des peines de quelques mois d'emprisonnement.


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