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Le dernier voyage de Hanane Zemrani
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 02 - 11 - 2004

En serrant dans ses bras son fils de quatre ans alors qu'elle s'apprêtait à prendre l'avion à destination de Dubaï, cette jeune Marocaine de 23 ans ne savait pas qu'elle le faisait pour la dernière fois.
Son rêve était d'avoir un emploi stable et bien rémunéré pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille et assurer une bonne éducation à son fils. Mariée à l'âge de 19 ans, elle n'avait pas eu le temps d'apprendre que, dans la vie, il n'y a pas que le bonheur et que le monde n'est pas aussi parfait que l'on l'imagine à son âge et que la vie réserve généralement plus de déceptions que de bonheur. Elle n'avait pas eu le temps aussi de comprendre que, par les temps qui courent, la méfiance est une règle à ne jamais laisser de côté. Mais, elle l'apprendra juste une année après son mariage puisqu'elle sera abandonnée par son mari avec un bébé entre les bras.
C'était la première déception et donc la première leçon que la vie apprendra à Hanane Zemrani. La deuxième, elle n'aura pas le temps d'en parler puisqu'elle lui coûtera la vie. En effet, après avoir été abandonnée par son ex-mari, Hanane, une jeune femme de 23 ans, se consacra à son fils de quatre ans. Issue d'une famille pauvre, elle n'avait pas le choix. Elle devait travailler pour faire face à ses besoins, à ceux de son fils et aider sa mère.
Mais, la recherche d'un emploi ne sera pas tâche facile pour une jeune femme n'ayant ni diplôme ni expérience. Et pourtant, elle essaya de trouver un travail honnête qui lui assurerait un salaire mensuel pour garantir une stabilité.
Après plusieurs tentatives et une multitude de déceptions, une lueur d'espoir illumina soudain son ciel noirci par une série interminable de désillusions. C'est une amie d'enfance qui lui annonça la bonne nouvelle. Elle lui affirma qu'elle pourrait avoir la chance d'aller travailler aux Emirats Arabes Unis. Une destination de rêve pour toute personne au chômage. Elle demanda donc à sa copine de l'aider à décrocher un emploi. Cette dernière lui révéla qu'un agent recruteur travaillant pour le compte d'une société émiratie d'emploi se trouvait justement dans la ville (Marrakech) et qu'elle pourrait lui arranger un rendez-vous avec lui. Chose promise, chose faite, les deux jeunes femmes vont à la rencontre de l'agent émirati. Il s'agit d'un citoyen des Emirats Arabes Unis (EAU) du nom de Khalil Al Khalifa. Il se présenta à elle comme un "Kafil" (tuteur) en lui expliquant que ce titre signifie qu'il est agréé par le gouvernement de son pays de recruter des ressortissants d'autres nationalités pour travailler aux EAU moyennant une somme d'argent qui représente ses honoraires d'intermédiaire.
À Hanane, il lui demanda 50.000 Dhs, la moitié à Marrakech et l'autre moitié à son arrivée à l'aéroport de Dubaï, et ce en contrepartie du traitement de son dossier et des frais de son séjour à Dubaï avant qu'elle ne rejoigne son poste d'emploi dont le salaire se situerait entre 15 et 20 mille Dhs sachant qu'elle sera logée nourrie. Certes, de la somme exigée à savoir cinq millions de centimes, Hanane n'avait pas le sou. Mais, la solidarité de quelques proches et quelques emprunts lui permettront de réunir l'argent qui devait lui ouvrir les portes du bonheur. Ainsi, début août, elle prend l'avion à destination des Emirats Arabes Unis. À son arrivée, elle est prise en charge par Al Khalifa qui confisque son passeport et l'emmène dans un foyer réservé aux jeunes femmes étrangères travaillant dans ce pays du Golfe. Elle y restera un mois et demi à attendre que son "kafil" lui trouve un poste d'emploi. Durant cette période, elle ne cessera pas d'appeler sa mère au Maroc pour la rassurer et s'enquérir des nouvelles de son fils.
Mais, le 24 septembre, elle appellera sa mère pour lui donner enfin une bonne nouvelle : elle venait d'être embauchée. Son rêve allait enfin se réaliser et elle pourra, pour la première fois dans sa vie, assurer son autonomie et se prendre en charge. "Je t'appelle de la villa où je dois travailler en tant que femme de ménage chez une famille émiratie…je t'appellerai plus tard pour t'expliquer et te donner plus de détail", dira-t-elle à sa mère.
Malheureusement, ce sera la dernière fois que sa mère entendra la voix de sa fille. Car, une semaine plus tard, dans la nuit du jeudi au vendredi 1er octobre, à quelques jours seulement du début du mois sacré du Ramadan, son téléphone sonnera à 5 heures du matin lui annonçant la pire nouvelle que l'on pourrait apprendre à une mère : la perte de sa fille. De l'autre bout du fil, une jeune femme marocaine qui se dit appeler Ilham lui dit que sa fille était décédée. "Nous étions ensemble dans une plage…elle est allée se baigner et elle s'est noyée…nous n'avons pas pu la secourir…je vous présente mes condoléances", a-t-elle dit à la mère de Hanane.
Cette dernière, émue, ne pouvant pas croire ce qu'elle venait d'entendre, réveillera toute la famille. On appellera Hanane sur son portable, mais en vain, le téléphone était éteint. "Que faire ?", se demandait tout le monde. "Appelons le Kafil, il doit savoir ce qui se passe", proposa un membre de la famille.
Effectivement, Al Khalifa était au courant de ce qui venait d'arriver et il leur confirma la mort de Hanane.
Durant les quelques jours qui suivront, la famille prendra attache avec les responsables du ministère des Affaires étrangères qui saisit l'ambassade du Maroc à Dubaï. Ce n'est qu'à partir de ce moment que l'affaire commencera à devenir plus claire.
En fait, sur pression de la représentation diplomatique du Royaume aux Emirats Arabes Unis que l'on découvrira que la jeune femme se serait effectivement noyée, mais non pas dans la mer, mais dans la piscine de la villa où elle était censée travailler. Selon le PV de la police, la villa appartient au fils d'un richissime homme d'affaires du nom de Al Massaoud. Entre l'histoire telle que racontée par sa prétendue amie Ilham et les différentes autres versions comme celle de Al Khalifa ou celle de la police, il existe de multiples contradictions.
En tout cas, la famille exige des explications. De son côté, l'ambassade du Maroc à Dubaï refuse le rapatriement du corps de la défunte si elle ne reçoit pas au préalable le rapport d'autopsie du médecin légiste et le PV de la police. Devant cette situation, un nouveau personnage fait son entrée sur scène. Il s'agit d'un certain Yasser qui affirme être un employé des Al Massaoud et qu'il était chargé par ces derniers de leur annoncer que son employeur était prêt à prendre en charge les frais de l'éducation de l'enfant de la défunte et aider foncièrement la famille. Il leur dit aussi que les Al Massaoud étaient prêts à prendre en charge les frais de rapatriement du corps des Emirats vers le Maroc.
Cette proposition, réitérée il y a juste deux jours, est catégoriquement refusée par la famille de Hanane. La mère de la défunte exige que la vérité soit dévoilée et que celui ou ceux qui auraient provoqué la mort de sa fille soient poursuivis en justice.
Pour le moment, la dépouille de la défunte demeure aux EAU en attendant que la police émiratie assume sa responsabilité et ait le courage d'ouvrir une enquête sérieuse sur ce qui s'est réellement passé.


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