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Un taux anormal de politiciens trop âgés
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 31 - 10 - 2003

Abdelali Benameur, ancien député, membre fondateur et post-président de l'«Association Alternatives» s'exprime sur la question de la longévité qui caractérise notre espace politique.
ALM : Le retrait de Abderrahmane Youssoufia place au - devant des débats la question de la retraite politique. Quel est votre point de vue sur cette question et pourquoi les gens ne veulent pas se retirer de l'action politique ?
Abdelali Benameur : Mais, moi je me suis retiré jeune.
Non, vous êtes un cas à part. Nous voulons parler de la majorité des dirigeants actuels …
Je crois que chaque société génère des traditions qui peuvent être positives ou négatives. Je suis de ceux qui croient que la décision de ne pas quitter le champ politique n'est pas forcément liée à certaines personnes, et ce d'autant plus que les jeunes ne s'intéressent pas tellement à l'action politique. Mais, force est de constater que dans le champ politique marocain, nous avons un taux élevé de personnes âgées qui refusent de quitter leurs postes de responsabilité politique.
Le second point à soulever à cet effet a trait à la question institutionnelle. Il n'y a , en effet, de changement que lorsqu'il y a des leaders qui militent fermement pour le changement.
Or, le fait de rester longtemps à la direction peut entraver l'élan du changement.
Cette situation pourrait pousser des jeunes à ne pas s'impliquer dans ce domaine, surtout lorsqu'ils voient l'acharnement de certains dirigeants à vouloir rester là où ils sont. Abderrahmane Youssoufi a décidé de lui-même de se retirer ; et je ne peux que saluer cette position, sur le plan humain.
Donc, vous ne croyez pas aux conflits des générations ?
Je ne suis pas de ceux qui se font une fixation sur la question de l'âge. Car, il y a des jeunes qui ne le sont point et il y a des vieux jeunes d'esprit. En bref, là n'est pas la question, et il faut faire attention pour ne pas verser dans le simplisme.
Car, en fin de compte, ce sont les trois facteurs dont j'ai parlé, à savoir les traditions, les institutions et les leaderships qui déterminent en dernière instance l'importance de ce phénomène dans chaque société. L'histoire des démocraties nous enseigne que le développement de certains pays est dû en partie à la volonté de certains jeunes dirigeants comme Abraham Lincoln et Tomas Jefferson aux USA, Charles De Gaulle en France, etc. C'est forcément l'action de ces leaders qui tirent vers le haut qui a amené le progrès à leur pays. Bien entendu, à côté de cela, il y a les textes.
Or, l'émiettement actuel du champ politique est dû en partie à l'absence textes de loi régissant la vie des partis. Autre point non moins important : toute la classe politique était unanime à adopter un mode de scrutin qui tue la démocratie. Enfin, pourquoi on n'a pas sorti jusqu'à maintenant la loi sur les partis?
Est-ce que vous estimez que ce point a un rapport avec la question du retrait du champ politique?
Le mode du scrutin de liste à la proportionnelle a tué la démocratie.
Les électeurs dans les villes ne se sont pas sentis concernés par le jeu électoral dans la mesure où l'enjeu n'était pas visible et n'existait pas pour eux. Car, seules les personnes placées en tête de listes de certains partis étaient concernées. Tout cela est agaçant et doit être révisé.
Il est temps de faire une analyse de la société et de procéder à l'édification d'une véritable démocratie.


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