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Les pleins pouvoirs sécuritaires
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 06 - 01 - 2003

La guerre contre le terrorisme s'est souvent faite aux dépens des libertés humaines. L'exemple américain est probant mais pas unique.
Avec son super ministère de la sécurité, ses mesures draconiennes en matière d'immigration, l'augmentation vertigineuse de son budget militaire, sans oublier Guantanamo et son refus d'intégrer la Cour pénale internationale, l'administration Bush a placé l'année 2002 sous le signe du tout sécuritaire.
Une priorité dont le président américain est
le fer de lance et qui a surtout laissé place à de nombreuses dérives, particulièrement en matière de libertés humaines. Touchés de plein fouet par cette atmosphère de suspicion, les Arabo-musulmans présents sur le sol américain n'en finissent plus de subir les conséquences des attentats. Dernière mesure en date après la « loi patriotique » : l'enregistrement d'hommes âgés de 16 ans et plus, issus de pays pré-définis, dont le Maroc fait partie, auprès des bureaux fédéraux dont ils dépendent. Ce dispositif implique la photographie, la prise d'empreintes digitales et l'interrogatoire de ces personnes.
Les Etats-Unis ont aussi excellé dans la violation du droit international en mobilisant en janvier 2002 leur base de Guantanamo, à Cuba, pour rassembler les Taliban et membres présumés d'Al-Qaïda tombés dans leurs filets, ou remis par des pays alliés. Malgré la contestation de certains gouvernements et ONG, les près de 600 détenus ne sont libérés qu'au compte-goutte alors que, parmi eux, figureraient– une infirmation révélée fin décembre par le Los Angeles Times - au moins 10 % de personnes qui n'ont absolument rien à voir avec l'ex-milice intégriste ou le réseau Ben Laden.
Dérives ? Fin de l'état de droit ? Plusieurs organismes de défense des droits de l'homme, comme Human right watch, ou même l'ONU ont très vite parlé de droits humains « en état de siège » dans le monde entier. Prolongation des gardes à vue, incarcération sans jugement, surveillance du courrier, des conversations téléphoniques, appels à la dénonciation ne sont en effet pas des pratiques exclusivement américaines.
L'Australie, par exemple, a lancé, fin décembre 2002, une « campagne anti-terrorisme » interne qui encourage la population à signaler toute activité suspecte. Cette pratique risque, selon certains représentants musulmans du pays, de développer des tensions entre les nombreuses communautés australiennes. L'Europe n'est pas non plus en reste, elle qui a abrité de nombreuses cellules terroristes dites « dormantes ».
En Grande-Bretagne, une loi autorisant la détention d'étrangers soupçonnés d'activités terroristes, sans notification des accusations pesant contre eux, a également été votée. Comment se protéger sans se livrer à l'excès et engendrer des amalgames et des tensions ? A ce jour, il semble qu'aucun Etat n'ait su trouver cet équilibre.


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