Trump dit qu'Israël et le Liban sont d'accord pour un cessez-le-feu de 10 jours, sans mention du Hezbollah    Lecourtier officiellement nommé directeur général de l'AFD    La Chambre des conseillers et l'Assemblée nationale d'Azerbaïdjan renforcent leur coopération    Talbi El Alami représente SM le Roi à la cérémonie d'investiture du président congolais    Effondrement à Fès : l'enquête dévoile de graves irrégularités    M. Bourita prône une Intelligence Artificielle au service de la paix, de la sécurité et du développement durable en Afrique    Croissance au Maroc : La demande intérieure et le secteur agricole en tête    GISS 2026 : Le Maroc et le Ghana renforcent leur coopération dans le transport    OCP réussit une émission obligataire hybride de 1,5 MM$, une première africaine    Kia élue "Best Manufacturer"    Le Maroc et les Etats-Unis signent une feuille de route de coopération en défense pour dix prochaines années    Turquie: Un adolescent commet une tuerie dans une école    Alliance stratégique : Rabat et Washington officialisent une nouvelle décennie de coopération militaire renforcée    7 Soudanais sur 10 dans la pauvreté : l'alerte choc de l'ONU    Nayef Aguerd forfait pour le reste de la saison, incertitudes sur le Mondial 2026    Le 10km International de Casablanca de retour en 2026    Maroc - Norvège : un match amical avant le Mondial 2026    Genk : Brentford passe à l'offensive pour Zakaria El Ouahdi    Bernardo Silva annonce son départ de Manchester City après neuf années historiques    Heatwave to hit Morocco with temperatures up to 40°C    The EU's chief diplomat makes her first visit to Morocco    Rhamna : les citernes almohades intègrent les Journées du Patrimoine    El humorista franco-marroquí Booder actúa en Casablanca y Marrakech    Santé : la réforme, une course de fond    Festival de l'enfance : Les enfants de Khouribga célèbrent le Maroc pluriel    Côte d'Ivoire. Création d'un centre de médecine nucléaire    FM Calls for AI that Serves Peace, Security, Sustainable Development in Africa    Spectacle. Bryan Adams pose sa guitare au Maroc    CV, c'est vous ! Ep-92. Zakaria Benammi, l'expert qui simplifie la finance en darija    Essaouira: « La Dolce Vita à Mogador » souffle sa quatrième bougie    L'humoriste franco-marocain Booder se produit à Casablanca et à Marrakech    La France, invitée d'honneur du SIEL 2026    Tourisme : cinq fédérations adhèrent au programme DATA-TIKA    Hausse des carburants au Maroc : le prix du gasoil grimpe, l'essence reste stable    Entreprises : La CGEM revendique un bilan 2023-2026 « solide »    Christophe Lecourtier officiellement nommé directeur général de l'AFD    Stuttgart : Bilal El Khannouss relance la machine et fait taire les critiques    LDC : Brahim Díaz remplacé, le Real s'effondre : le choix qui change tout    Ligue des Champions : Achraf Hakimi, dernier Lion de l'Atlas en mission    Turquie : la police ordonne 162 arrestations pour apologie des fusillades scolaires    Akhannouch : « Nous avons transformé le pays à travers des réformes profondes »    Bourse de Casablanca : ouverture dans le vert    Fès : 21 personnes poursuivies après l'effondrement meurtrier de deux immeubles    Moussem : A Moulay Abdellah, on prie, on galope, on danse... et maintenant on appelle d'offres    Booder de retour sur scène avec "Ah... l'école !", un spectacle entre rires et regard lucide sur l'éducation    Réseaux sociaux : Macron pousse l'Europe à dire stop pour les moins de 15 ans    Quand la diplomatie chinoise redessine les équilibres entre le Moyen-Orient et le Pacifique    Mohamed Hmoudane : La littérature et la poésie s'invitent à la Fondation Hassan II pour les MRE    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Abdallah Laroui et Hassan II
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 18 - 03 - 2005

Les pointes d'amertume, de dépit ou d'aigreur que l'on ressent chez l'auteur transmettent en permanence une forme d'angoisse chez le lecteur. Une punition magistrale de 240 pages. Abdallah Laroui fait une démonstration, au demeurant éclatante, sur nos échecs.
On sort de la lecture du livre de Abdallah Laroui, « Le Maroc et Hassan II, un témoignage », complètement harassé, lessivé, voire très fatigué. D'abord parce que c'est un livre dense qu'il faut, vraiment, lire et non, vaguement, parcourir. Ensuite, techniquement le bouquin n'est pas très réussi. Au-delà de la complication du sujet et de la qualité d'écriture de notre historien, les caractères sont trop petits. Comme si pour lire Abdallah Laroui, il fallait absolument souffrir.
Mais revenons à l'essentiel. Abdallah Laroui est un historien connu et reconnu. Mais, dans ce livre on ne sait plus s'il fait l'Histoire ou s'il la refait. Les deux postures sont légitimes, quand elles sont annoncées honnêtement, et se croisent fatalement quand l'historien nous donne à lire des mémoires comme un carnet de bord très personnel. N'empêche que, dès le départ, on ressent un malaise.
On se rend compte rapidement que ce n'est pas de Hassan II et du Maroc qu'il s'agit, mais bel et bien de Laroui et de Hassan II. Le professeur corrige une copie d'épreuve d'Histoire à un élève, certes brillant, mais qui présente manifestement des failles dans son raisonnement. Le ton est docte, la démarche pédagogique et la critique souvent juste mais parfois sévère. Le seul élément qui pondère tout cela, c'est que l'on découvre assez vite que le professeur n'est pas tendre, non plus, avec lui-même. Cela devrait nous rassurer, mais, franchement, on ne l'est pas.
Les pointes d'amertume, de dépit ou d'aigreur que l'on ressent chez l'auteur transmettent en permanence une forme d'angoisse chez le lecteur. Une punition magistrale de 240 pages. Abdallah Laroui fait une démonstration, au demeurant éclatante, sur nos échecs. Notamment, celui de la modernité face à la re-traditionnalisation du pays. Nos ratages, l'instauration très tôt d'une authentique monarchie parlementaire. Nos rendez-vous manqués, comme une vraie alternance au début des années 60. Et nos faiblesses, comme, par exemple, celles de la gauche marocaine et des nationalistes qui se sont résignés à des postures contre productives et obstinées contre un monarque qui occupait chaque once de terrain cédée par le protagoniste.
Le Hassan II, un Roi ambivalent, oscillant entre une modernité qu'il appréhendait avec de solides bagages intellectuels et personnels, et une tradition dont il savait tirer tous les avantages pour gouverner est bien croqué par Laroui. Le Hassan II le diplomate – surdimensionné par rapport à son pays - qui sait tirer avantage d'abord de son talent personnel, ensuite de l'intelligence des situations est bien analysé. L'analyse de Hassan II qui est bien quand il est Roi du Maroc et moins bien quand il se met dans la posture de Zaïm oriental est recevable par le lecteur. La description d'un Hassan II qui ne traite qu'avec des groupes, Zaouia, Chorfa, métiers, corporation, familles ou assimilés et jamais avec des individus est également bien sentie. Pour abréger et vous donner l'envie, ou le courage, d'aller lire Abdallah Laroui dans le texte, le parallèle fait entre Ahmed Réda Guédira et Abderrahim Bouabid et la description de leurs funérailles respectives sont vraiment assez justes et inspirés.
Maintenant, en guise de conclusion, deux jugements de valeur qu' autorise ma qualité de lecteur qui a été, laborieusement, jusqu'au bout du récit.
Premièrement, si Abdallah Laroui considère qu'il n'a pas eu, sous Hassan II, le destin qu'il méritait, il a, probablement, raison. Et nous déplorons le fait que le souverain défunt ait privé le Maroc d'une intelligence de cette envergure. Mais peut-être que Hassan II a eu cette attitude parce qu'il savait intimement que Abdallah Laroui était assez autonome et qu'il était capable de se rendre justice tout seul. Voilà qui est à présent fait avec ce livre, et de belle manière.
Deuxièmement, la posture apparemment aisée, même si ce n'est qu'un témoignage, de l'historien qui est à la fois sujet et objet de l'Histoire brouille un peu les pistes et met en suspicion légitime le procédé. On ne peut exciper, à la fois, d'une autorité scientifique incontestable, par ailleurs, et d'un droit à la subjectivité, forcément humain. Dans ce cas-là, l'auteur peut facilement être exposé aux arguments d'un critique, certainement de mauvaise foi, qui estimerait qu'on ne refait jamais innocemment l'Histoire. Mais Abdallah Laroui est-il, vraiment, innocent ?


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.