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Une communauté au passé très mouvementé
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 24 - 06 - 2005

Partout où ils ont élu domicile, les Juifs du Maroc ont apporté leurs traditions, leur culture et leur folklore qu'ils ont réussi à préserver et à développer, contre vents et marées.
Robert Assaraf, une certaine histoire des Juifs du Maroc, Paris Jean-Claude Gawsewitch, éditeur. C'est un ouvrage volumineux de plus de 800 pages, traitant de deux millénaires d'histoire de cette vieille communauté juive en terre d'Islam dont les origines remontent, au moins, à l'époque du second Temple. Une communauté qui est en voie d'extinction totale dont le passé très mouvementé, a été façonné au contact de toutes les grandes civilisations et de tous les peuples qui ont laissé leur empreinte au sud de la Méditerranée, Berbères, Phéniciens, Vandales, Romains, Arabes, Espagnols, Portugais et Français. De tous ces peuples, les Arabes porteurs de l'Islam et les Français, apôtres de la modernité et de la civilisation occidentale ont le plus marqué le devenir du judaïsme marocain. Les premiers, en octroyant aux Juifs le statut de dhimmi, leur ont permis de gérer convenablement et librement leur vie religieuse tout en les soumettant à une série de contraintes d'ordre social et politique. Les seconds, représentés d'abord par l'Alliance israélite universelle qui a débuté ses activités au Maroc, au tout début des années 1860, puis par le protectorat, établi en 1912, ont ouvert le Maroc et sa communauté juive au monde extérieur. Une ouverture suivie par des changements de tous ordres qui ont eu pour conséquence finale de miner les bases historiques et culturelles sur lesquelles reposait la vie juive au Maroc, depuis des siècles. En même temps que la création de l'Etat d'Israël, en 1948 et l'accession du Maroc à l'indépendance en 1956, allait ainsi commencer la dernière phase de l'histoire « marocaine » des Juifs du Maroc : celle de leur départ graduel du Royaume chérifien et de leur redistribution géographique dans trois grandes destinations : Israël, la France, le Canada auxquelles on pourrait ajouter d'autres pays d'accueil de moindre importance tels que l'Espagne, le Brésil, Gibraltar et la Grande-Bretagne où vivait une vieille communauté de Juifs marocains depuis la fin du XVIIIème siècle. Partout où ils ont élu domicile, les Juifs du Maroc ont apporté leurs traditions, leur culture et leur folklore qu'ils ont réussi à préserver et à développer, contre vents et marées. Eux-mêmes ou leurs descendants nés hors du Maroc ont gardé un souvenir très chaleureux de leur pays d'origine qu'ils continuent de visiter, d'année en année, par milliers. Des retrouvailles non dénuées d'ambiguïtés qui furent particulièrement spectaculaires, sous Hassan II qui a su utiliser, le grand capital de sympathie dont il jouissait auprès des Marocains d'Israël et d'ailleurs, pour jouer un rôle de premier plan, dans les négociations de paix israélo-égyptiennes puis israélo-palestiniennes.
Tout donne à penser ainsi que la mort de ce grand monarque, le 23 juillet 1999, a marqué aussi la fin d'une époque dans les relations entre les Juifs du Maroc et leur pays d'origine.
Ce n'est donc pas le fait du hasard si Robert Assaraf a choisi de donner pour titre à la conclusion de son livre « Le déclin d'une communauté et la mort du Roi ». Dernier chapitre d'un ouvrage d'un intérêt historique indéniable, fort bien documenté et enrichi de témoignages de première main, émanant de l'auteur lui-même.
Assaraf divise son récit en trois
parties :
-La première partie intitulée « La fin du Vieux Maroc » traite de l'époque pré-coloniale et couvre en moins de 300 pages, toute la période allant des origines du judaïsme marocain à l'établissement du protectorat français. Par la force des choses, l'auteur accorde un soin particulier, à la deuxième moitié du XIXème siècle, le siècle de tous les bouleversements et de tous les choix dramatiques pour la Maroc comme pour ses voisins du Maghreb et du Levant arabes. Il met l'accent cependant non pas, comme font la plupart de ses devanciers, à la conquête française de l'Algérie et à ses répercussions sur le Maroc (bataille d'Isly) mais à la guerre hispano-marocaine de Tétouan de 1859-1860. Non sans raison, Assaraf estime que l'écroulement du Vieux Maroc a eu lieu au cours de ces deux années et non en 1912.
La deuxième partie qui, par la force des choses, couvre une période plus brève (1912-1956), décrit les transformations subies par les Juifs du Maroc sous le protectorat. Une attention toute particulière est consacrée par Robert Assaraf à la Seconde Guerre mondiale, à la place des Juifs dans les programmes des partis marocains luttant pour l'indépendance de leur pays ainsi qu'à l'irruption du sionisme dans la vie publique et privée des Juifs du Maroc. Enfin, la troisième partie est dominée par le départ massif des Juifs. Un phénomène époustouflant par son ampleur, qui s'est poursuivi sans interruption, alors que contrairement aux prédictions les plus alarmistes, la situation matérielle et politique des Juifs n'a jamais été aussi bonne que depuis l'indépendance. L'auteur va même jusqu'à parler, d'«âge d'or » concernant l'époque de Mohammed V. Mais ces bonnes conditions matérielles ni l'affection que les juifs vouaient à ce Roi et à son fils Hassan II, n'ont pu freiner cependant la lame de fond qui a poussé les Juifs hors du pays où ils étaient enracinés depuis près de 2000 ans. Un phénomène énigmatique parmi tant d'autres qui jalonnent l'histoire des Juifs du Maroc que Robert Assaraf analyse avec clarté et beaucoup d'empathie tout au long de ces 800 pages. On n'en attend pas moins d'un auteur qui n'est pas à son premier livre d'histoire sur les Juifs du Maroc, puisqu'on lui doit déjà un « Mohammed V et les Juifs », paru chez Plon en 1997 et traduit aussi bien en hébreu qu'en arabe.
• Par Michel Abitbol
Professeur à l'Université
Hébraïque de Jérusalem


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