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Une visite politique
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 24 - 02 - 2006

Nul ne revient au Maroc pour y retrouver, seulement, des traces de sa communauté et, encore moins, celles d'un ancien judaïsme historique, essentiellement, religieux.
Le voyage au Maroc, d'Amir Peretz «le marocain», président du parti travailliste (Avoda) étonne les lsraéliens.Personne n'a compris, comment le Roi Mohammed VI, a reçu un leader politique israélien, le jour de la première réunion de l'Assemblée parlementaire palestinienne. Le vendredi 17 février 2006, le jour de l'élection d'un haut militant du Hamas le Professeur Douek, au poste de président du «Conseil législatif», tenu depuis toujours, par un leader du Fatah, devenu minoritaire.
D'un côté, le Roi Mohammed VI reçoit en son palais à Fès, Amir Peretz, président de Avoda, et, d'un autre côté, le Hamas largement victorieux aux élections législatives palestiniennes, le 25 janvier dernier, prend la présidence du «Conseil législatif». Or le Hamas, rappelons-le, est contre l'existence de l'Etat d'Israël et projette sa «liquidation». Le chef du parti travailliste, à l'issue de l'audience royale a déclaré : «J'ai demandé, au Roi Mohammed VI, de reprendre, comme par le passé, son rôle dominant dans la médiation avec les Palestiniens».
Amir Peretz, ancien du mouvement «La Paix Maintenant» (où il a connu André Azoulay qui a initié et organisé son voyage), a ajouté: « Le fait que le Hamas ait remporté les élections ne signifie pas que nous devons boycotter le peuple palestinien et cesser le dialogue avec les éléments modérés au Moyen-Orient». Amir Peretz a dit, encore : «J'ai souligné devant Sa Majesté que nous ne sommes pas en guerre, ni avec le monde musulman, ni avec les Palestiniens, mais, seulement, avec le terrorisme».
Par ailleurs, le chef du parti travailliste a affirmé qu'il ne négocierait pas avec le Hamas, mais seulement avec le Fatah, qui a été le partenaire d'Israël dans l'Accord d'Oslo «toujours présent et que l'on doit respecter». Aucun communiqué, aucun proche du Roi du Maroc, n'a rapporté les paroles du Souverain, ni la position de la nouvelle situation.
Quoiqu'il en soit, il ne faut pas oublier, pour comprendre ce déplacement, que Amir Peretz est né à Boujad. En sa qualité «d'originaire du Maroc », il a tenu à rappeler, plus tard, à Casablanca, son lien affectif avec la petite communauté juive existant encore au Maroc. Il a tenu à passer avec elle, à la grande synagogue de Casablanca, le samedi. Il en est revenu, avec une réelle mélancolie, sur l'histoire de la grande communauté juive du Maroc, réduite à moins de 1% de ses 300 000 membres, avant 1940. Et c'est ce qu'il a affirmé, à son retour à Sdérot.
En 1956, l'année de l'Indépendance du Maroc, la communauté juive représentait plus que 160 000 personnes (après une émigration de plus de 120 000, entre 1948 et 1956). Mais il ne reste, aujourd'hui, que 2 500 Juifs au Maroc, dont 2 000 à Casablanca et, environ 500 répartis entre les villes de Fès, Meknès, Rabat et Marrakech. Ailleurs, il n'y a plus que des individualités.
Selon les recherches et études historiques effectuées par des centres spécialisés, -en Israël ou en France-, plus de 260 000 Juifs du Maroc sont «montés» en Israël. Environ 40 000 en France, 20 000 au Canada et 15 000 au Venezuela (les originaires de la zone espagnole). Quelques milliers, ici ou là en Europe ou en Amérique du Sud, au fil des années.
Aujourd'hui, compte tenu des naissances et de l'éparpillement des familles juives originaires du Maroc (de l'arrière grand-mère ou arrière grand-père, à la grand-mère ou au grand-père, au père ou à la mère, voire tous les deux ou, parfois, l'oncle ou la tante !), on compte, environ 800 000 originaires du Maroc parmi les Israéliens, 80 000 parmi la communauté juive de France, 30 000 au Canada, 20 000 au Venezuela et en Amérique du Sud, 10 000 aux Etats-Unis (New York, Californie ou Floride), et quelques milliers dans plusieurs pays européens (y compris l'Espagne et la GrandeBretagne): au total, près d'un million de Juifs originaires du Maroc à travers le monde!
Il existe dans chacun de ces pays, des associations de Juifs originaires du Maroc dont certaines absorbées par des organisations «sépharades». Aujourd'hui, elles souhaitent se réunir au moins une fois tous les deux ou trois ans, pour étudier l'évolution de la situation. A cet effet, elles ont décidé de créer, ensemble, une association internationale dite «Renouveau du judaïsme marocain». Afin de veiller, essentiellement, à transmettre aux enfants (filles et garçons), l'héritage du patrimoine cultuel des siens. Ainsi que les traditions religieuses et familiales, voire culinaires..., mais aussi les rites religieux typiquement marocains : la nouvelle Association internationale des Juifs originaires du Maroc, comprend, également, plusieurs Grands Rabbins israéliens ou des autres pays du monde. Il s'agit, donc, de l'initiative de plusieurs associations d'originaires du Maroc...
Il leur est apparu, indispensable de réunir différentes associations d'originaires du Maroc, existant, auprès des communautés religieuses les plus importantes à travers le monde. Les Juifs originaires du Maroc (par leur «étiquette» familiale) ne reviennent pas seulement dans leur pays d'origine, en qualité de touristes. Nombreux profitent, aussi, de l'occasion pour honorer les tombes de leurs parents. Le Maroc est la terre de leurs racines, depuis 2 000 pour les uns ou 500 ans pour ceux venus d'Espagne. II s'agit pour le judaïsme, religion du LIVRE, d'être, surtout, une religion attachée à la valeur fondamentale de la vie humaine, donc de l'HOMME.
Nul ne revient au Maroc pour y retrouver, seulement, des traces de sa communauté et, encore moins, celles d'un ancien judaïsme historique, essentiellement, religieux. Mais il reste le souvenir que nul ne peut galvauder, des relations d'amitié que nul ne veut gaspiller. La volonté, aujourd'hui, est de participer, en dehors du Maroc, aussi, au «Renouveau du judaïsme marocain», particulier aux aïeux.
Ceux qui veulent rénover le judaïsme marocain, s'unir, à travers le monde, n'arrivent à te faire que dans deux ou trois grandes communautés d'originaires du Maroc : au Canada, en France, mais surtout en Israël. Ce sont, en effet, des responsables d'associations d'origines du Maroc qu'il faut réunir auprès de la plus importante : Celle d'Israël, afin d'obtenir les résultats les plus concrets, les plus réels, par leur importance. Par exemple, une association israélienne dite «Brit» (Alliance) des originaires du Maroc, représente 1 500 membres, dont mille très actifs ... La Fédération «Mondiale» des originaires du Maroc, déclare 70 filiales, dont 60 en Israël et 10 «dans le monde», avec quelques dizaines de membres déclarés et des milliers de participants à des fêtes populaires! Il y a bien d'autres associations qui se donnent le titre de «mondiale », ou « internationale », alors qu'elles ne représentent, en réalité, que quelques dizaines, voire quelques unités, qui se considèrent incontournables... Dans tous les cas, nul n'a oublié son «origine» du Maroc, qui reste la racine de son histoire et son identité communautaire religieuse. Et cela reste le principal...
L'essentiel, aujourd'hui, est de regrouper quelques rabbins de haut niveau, des universitaires, des intellectuels et des personnalités actives du judaïsme, pour convenir, ensemble, du «Renouveau du judaïsme Marocain» par des originaires du Maroc. En organisant une réunion, une assemblée, un congrès ou un simple séminaire qui se tiendrait régulièrement et facilement, tous deux ans, dans les différentes communautés à travers le monde et pas obligatoirement au Maroc.
Que peut apporter, de nouveau, la petite communauté juive qui existe, au Maroc, en s'amenuisant chaque année? Il est difficile de tirer de véritables conclusions, car tout congrès à caractère religieux, strictement juif, n'aurait aucun sens, au Maroc. D'autant que tous les membres qui auraient à faire un exposé sur l'histoire des Juifs du Maroc, sur le patrimoine religieux, sur leur culture, leurs traditions familiales, viendront surtout de l'étranger, et d'Israël en particulier. Ce type de manifestation, surtout de caractère religieux, serait prématuré au Maroc, surtout à une période où l'opinion publique marocaine semble préoccupée par d'autres valeurs. Une réunion a eu lieu la semaine dernière à Casablanca, curieusement, pour préparer un «congrès», -en profitant de la fête religieuse traditionnelle, dite de la «Hilloula» à Ouezzane, tenue au mois de mai, sur le tombeau d'un Grand Rabbin-, résumant l'histoire et la tradition des Juifs du Maroc. Pourquoi mêler une cérémonie religieuse traditionnelle au long des siècles, à une manifestation dite historique? Ne serait-ce pas, plutôt et surtout, un acte politico-communautaire?
Le voyage de l'originaire du Maroc, Amir Peretz, à Fès, pour rencontrer le Roi du Maroc, est bien politique et non pas seulement, historico-traditionnel. Il n'est pas bon de tirer ce genre de conclusion, ou de croire à ce genre d'illusion. Car Amir Peretz, président du Parti travailliste israélien a bien affirmé, qu'il était venu parler politique au Roi du Maroc. La semaine prochaine, il compte rendre visite au Président égyptien Moubarak, en compagnie de Fouad Ben Eliezer, ancien ministre de la Défense pour parler des mêmes sujets. En faisant cette tournée, il a ressorti la responsabilité du Président Mahmoud Abbas face au Hamas et l'aide que doit lui apporter le Président Moubarak.


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