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Marie-Jo Lafontaine, une artiste marrakchie
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 09 - 01 - 2004

En organisant des voyages d'études à l'étranger, Marie-Jo Lafontaine voulait choisir un jour une autre culture. Elle a opté pour Marrakech dont elle est tombée amoureuse et a décidé d'y acheter un riad.
En ce début d'année 2004, Marrakech se repose de l'effervescence des fêtes mais continue de recevoir ses amis, ses admirateurs et ses inconditionnels. Bien plus, elle retient ses résidents étrangers qui ont choisi d'y élire leur domicile pour goûter son soleil, son calme, sa beauté et son attrait. Parmi ceux-là, j'ai eu le plaisir de rencontrer une grande dame, dans le vrai sens du terme, de par sa personne mais aussi de par son travail et sa notoriété professionnelle artistique. Cette dame est Marie-Jo Lafontaine, c'est une Belge qui a choisi d'acquérir un riad à Marrakech, disons par coup de foudre, chose qu'elle n'a jamais pensé auparavant. Ainsi va la vie…
Aussitôt, je lui demande de me dire comment cela s'est passé : « En 1992, je suis membre fondateur du ZKM l'université de Karlsruhe en Allemagne et dans le cadre de mes cours, je devais organiser un voyage d'études. Mes confrères, dans leur spécialité, philosophique, histoire de l'art et autres, avaient l'habitude de choisir une capitale européenne, américaine ou asiatique comme lieu de découvertes et d'échanges. Mais mon souhait a été d'aller vers une autre culture et Marrakech fut mon choix pour ce voyage d'études. Pour trouver un logement adéquat pour mes étudiants, je me suis décidée à louer un riad dans la Médina ». Voilà, c'était donc le départ de la découverte pour Marie-Jo.
Pendant ce séjour d'études marrakchi, elle me raconte que c'était d'abord le choc des cultures et ensuite une vraie découverte. Marrakech, me dit-elle, est un lieu, de rencontres, d'échange sur la philosophie, l'écriture, la musique, le rapport à l'image et la différence des regards sur les textes, l'écriture et l'image. Marrakech a été pour elle la découverte d'une autre urbanité, d'autres territoires, des paysages exceptionnels et d'une autre lumière permanente et si unique.
Marrakech, me dit-elle, c'est la rencontre avec les gens et les échanges au quotidien, la découverte du Maroc est comme une interrogation, comme une émotion, c'est une quête, une enquête pour en venir à une essence, à un bonheur, à un vécu.
Pour les étudiants, c'était aussi la découverte de l'architecture, des lieux, des musiques, des sons, des sonorités multiples de la ville et de la voix humaine, la lumière dans cette architecture très spécifique, cette architecture qui provoque un mode de vie très différent de celui auquel on est habitué, le rapport à l'intimité, à l'autre.
En fin de compte, elle trouve avec son groupe la Médina comme un labyrinthe, comme une perte et un renouvellement à jamais ininterrompu.
J'ai tout de sutes compris l'emballement de cette dame par notre ville, comme pas mal d'autres personnes et je lui demande donc comment elle est venue s'installer ? Elle me répond : « C'était pendant ce voyage d'études que je me suis posé la question s'il y avait une possibilité d'acheter une maison et d'une façon tout à fait instinctive, j'ai fait mon choix et depuis, à chacune de mes visites, ce sont des moments privilégiés où je me ressource et vais à la rencontre de nouveaux territoires de la pensée. »
En fait, qui est donc cette grande dame Marie-Jo Lafontaine. Elle est née en 1950 à Antwerpen et a vécu sa jeunesse et fait ses études universitaires à Bruxelles. Elle finit ses études à l'école nationale supérieure d'architecture et des arts visuels. En 1977, elle obtient le Prix de la jeune peinture belge et l'année d'après, gagne le Prix « Europe de la peinture à Ostende.
Aujourd'hui, Marie-Jo, tout en continuant son travail, est partagée entre Bruxelles et Marrakech où elle vient, comme elle le dit elle-même, se ressourcer, se charger comme une pile». Plusieurs livres lui ont été consacrés pour ses travaux d'artistes. Cette dame a plusieurs facettes. Christopher Le Gac la définissait comme l'indisciplinée comme l'artiste belge la plus européenne et la plus transversale que l'on connaisse ». Elle est aussi marocaine aujourd'hui. De son amour des débuts – la peinture – qu'elle reprend ces derniers temps à l'architecture qu'elle tutoie de plus en plus. Elle multiplie les risques, déroute certains par l'emploi d'une esthétique violente et douce en même temps, toujours en quête d'analyser les tréfonds de l'humanité. A cela, s'ajoute des approches de couleurs, des formes, de la lumière et du motif.
Marie-Jo est aussi photographe. Elle le définit comme : « Le mélange heureux de la nature, de l'art et de la technique ». La nature observée dans la proximité la plus intime, démesurée et pénétrante, l'art où le règne de lois formelles rigoureuses jusque dans le germe le plus infime, la technique, comme un pont jeté vers des mondes nouveaux et inconnus par ce moyen de la photo, qui, à nouveau surprendra et enchantera (Karl Nierndorf).
Marie-Jo est cinéaste, tout a commencé avec l'observation d'une « batteuse de palplanches (79), un cadrage fixe pour l'enregistrement d'un mouvement répétitif et un son tellement présent qu'il mobilise votre attention et vous oblige à subir l'action filmée. « Les larmes d'acier (86-87) où la recherche de mélange entre exploration de l'image mobile et l'utilisation d'un certain genre de divertissement s'accentue. La machine aliène l'homme dans le mirage de la perfection.
Marie-Jo pousse la démonstration à son paroxysme dans « Jeder Engel ist Schrecklich » (91) : Le visiteur est enfermé dans un cône de trois mètres et qui se referme sur lui-même. Ainsi le visiteur se trouve être le témoin d'un drame urbain arrosé de rap américain.
Marie-Jo est aussi architecte, depuis « A las Cinco de la tarde » (84), en passant par « The Swing » (99) jusqu'à « Chill out room » (2000), toutes ses installations vidéo sont devenues des architectonies à part entière.
Chez elle, la conquête de la surface (l'image) semble très facile, il fallait une réalité physique (une architecture). Thème récurrent chez elle, la colonisation d'un territoire par l'homme, passé par le combat entre rêve et violence, utilisation des machines archaïques ou ultra-perfectionnées.
Marie-Jo nous touche au sens propre comme au figuré.
Le contact, l'affrontement, le rythme, la sensualité, l'outrance, la mélancolie sont quelques-unes de ses armes favorites.
Quel parcours fabuleux que celui de Marie-Jo Lafontaine.
Parmi les plus grandes expositions de Marie-Jo, « Babylon Babies » semble se détacher et s'imposer.
L'art consiste toujours à anéantir le sujet, la pensée poétique vise à délivrer l'être de son assujétissement à lui-même, afin de lui permettre de s'engager dans la production de son devenir. Les enfants de Babylone ne sont donc pas muets. Mais leur langage est secret, ce langage est le secret de tous les secrets. Ce langage est encore plus silencieux que celui des sourds-muets.
Toutes les ressources informatiques de notre orbicule terrestre ne suffirait pas pour le décoder. La menace qu'ils font penser sur nous est douce et fragile, aussi destructrice que l'amour. Elle tient dans le fait que leur présence est atemporelle et pourtant qu'elle intègre tout ce dont le présent est constitué, passé comme futur.
Cette belle rencontre avec Marie-Jo s'est faite dans un café de Marrakech en toute simplicité en présence d'autres amis, Martial Thomas, son collaborateur, J.P Van Tieghem, Tacquelnie Aubenas et Mohamed Mélihi. Marie-Jo est devenue une Marrakchia, se faufilant et vivant dans la Médina, elle adore cette ville et elle y vient souvent. A ma question de savoir si elle a une anecdote sur la Médina, elle m'en raconte deux :
La première, me dit-elle, « Je marchais assez vite en remontant souk Hal Fassi pour aller vers la Place du Moukef et là, un peu plus loin, un adolescent me barre le passage en appuyant son bras tendu contre le mur d'en face.
J'avance pour passer, mais le jeune ne bouge pas, je lui prends le bras pour me frayer le passage quelques pas plus loin, je l'entends m'insulter en arabe. Je me retourne immédiatement vers lui, le regarde droit dans les yeux et lui dit : « Pourrais-tu répéter à ta mère ce que tu viens de dire ? et c'est alors que trois jeunes copains à lui, éclatent de rire en se moquant de lui. Je reprends ma marche rapidement sous les rires et les proliférations, non plus adressés à moi, mais cette fois-ci à ses copains… ».
La deuxième anecdote racontée par Marie-Jo : « Ma maison se trouve à l'angle de deux derbs formant une petite place, endroit privilégié des rencontres de football entre enfants. Les cris, les rires, les coups de ballon sur la porte sont non-stop.
A bout de nerfs des cris et des coups, je demande aux garçons à grand sourire, qui était le chef de la bande.
C'est moi, répond-il en gardant le sourire. Et bien si tu amènes tes copains jouer plus loin, à la fin de mon séjour, je te donne des dirhams. Pas plutôt dit, pas plutôt fait ».
Marie-Jo me fait remarquer que ce chef de la bande d'adolescents est très intelligent et a vite compris la leçon et déjà, il a le sens du commerce car chaque chose a son prix.
Aujourd'hui Marie-Jo Lafontaine, qui adore notre pays et surtout Marrakech, a des projets.
Le premier est celui d'avoir le temps de rester plus longtemps dans sa maison et d'y séjourner plus souvent. Et puis, son rêve est de réaliser une belle exposition, de susciter un débat autour de l'art contemporain au Maroc, à Marrakech, peut-être par l'intermédiaire du Centre euro-méditerranéen de culture.
Elle veut faire une expo-photo-son et éventuellement vidéo. Elle veut exposer sa « Babylone Babies » pour commencer et elle souhaite organiser une conférence-débat autour de la pensée de l'image avec la rencontre entre Européens et Marocains, écrivains et philosophes pour apporter sa part à la présence pensée de l'art au Maroc.
Comme, elle le dit, « N'est-ce pas une belle perspective».
A bon entendeur, salut à bientôt Marie-Jo.


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