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Naba Deddah El Meki : «Le détournement des aides humanitaires est systématique»
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 04 - 04 - 2008

Naba Deddah El Meki, ex-responsable de la distribution des aides humanitaires à Tindouf, explique à ALM comment le Polisario, en parfaite collusion avec le pouvoir algérien, détournait les aides humanitaires destinées principalement aux séquestrés.
ALM : Que se passe-t-il vraiment dans les camps de Tindouf ?
Naba Deddah El Meki : J'ai vécu dans les camps de Tindouf de 1979 à début 2008. Durant toute cette période, j'ai exercé différentes fonctions : responsable du Bureau de la jeunesse, enseignante et caporal. La situation est tout simplement catastrophique, la direction du Polisario profite du conflit alors que la majorité des séquestrés vit dans la nécessité et le besoin absolus. Pire, ces derniers sont devenus un instrument pour solliciter la charité des ONG internationales.
Comment la direction du Polisario parvient-elle à obtenir les aides humanitaires ?
La direction du Polisario a construit des fortunes colossales en utilisant les séquestrés. Elle recourait à une description effrayante de la situation dans les camps, pour obtenir des aides, et qui sont par la suite détournées de leurs objectifs initiaux. Cette direction procède à la distribution d'une petite partie de ces aides, alors que le reste est acheminé vers la Mauritanie, l'Algérie, et le Mali, pour être revendu sur le marché noir. Le temps est venu pour éclairer l'opinion publique internationale sur la destination réelle des aides humanitaires qui ne font qu'enrichir davantage les riches du Polisario au détriment des séquestrés. Les membres les plus influents du front ont aujourd'hui des comptes qui se chiffrent en millions de dollars dans les banques européennes, ainsi que des résidences luxueuses en Algérie, Espagne et Mauritanie.
Quels arguments pourriez-vous faire valoir pour prouver le détournement des aides ?
Les exemples sont multiples. Une fois arrivés sur place, les représentants des ONG internationales demandent à rencontrer ceux à qui les aides devront être destinés. Les responsables du Polisario les mettent en contact avec des jeunes filles, encore mineures, mais qui se font passer pour des mères de familles, qui se composent de six membres ou plus. Ces filles sont choisies parmi celles qui sont proches des membres de la direction du front. Parfois, des personnes exercent sur elles des pressions pour garantir leur silence.
Les Algériens sont également associés à ces opérations d'escroquerie, et je peux vous assurer qu'annuellement 200 à 300 caravanes transportant des aides (jeux d'enfants, couches, parfums) offertes par des ONG espagnoles, une fois arrivées en Algérie, sont reconduites vers des entrepôts de certains des hommes puissants des renseignements algériens, en parfaite intelligence avec la direction du Polisario.
Pourriez-vous citer à titre d'exemple des opérations de détournement dont vous avez été témoin ?
Il y a l'affaire du scanner médical offert à la population de Tindouf par une ONG suisse, et qui a été transporté puis revendu en Mauritanie, par un haut responsable du Polisario. Des membres de cette ONG étaient venus après pour l'installer, mais ils ne l'ont pas trouvé. Le scanner avait disparu. Inquiets à l'idée que ce scandale nuise à leur image devant l'opinion publique internationale, les dirigeants du Polisario ont dépêché une troupe de l'armée à Zouerate en Mauritanie pour récupérer le scanner et le ramener aux camps. Il y a aussi le cas d'une ONG italienne, qui a financé la construction d'un hôpital pour un milliard et 400 millions de dinars algériens. C'était un vrai scandale. Lors de son inauguration, les Italiens ont été choqués de voir que l'hôpital ne correspondait pas à ce qui devait être fait, ils ont compris que leurs fonds ont été détournés de leur objectif, pour être versés sur les comptes de certains membres de la direction du Polisario. Cette opération d'escroquerie a été menée par Bouchraya Bayoun, qui est aujourd'hui représentant du Polisario en Espagne.
Comment remédier à cette situation ?
Les ONG internationales doivent assumer leur responsabilité. Elles doivent procéder par elles-mêmes à la distribution de ces aides aux ayant droits, ou les suspendre en attendant de mettre en place des mécanismes de contrôle pour s'assurer de leur destination. La direction du Polisario a développé tout un système qui lui permet de masquer la réalité, et induire en erreur les médias étrangers, comme le fait de gonfler le nombre des personnes vivant dans les camps, qui ne dépasse pas les 50 mille personnes, et que le Polisario prétend être aux alentours de 200.000.


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