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Mieux vaut en rire : Cachez-moi ce minaret...
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 29 - 06 - 2012


...Qu'on ne devrait voir. Oui, le jeu de mots est trop nul et la transposition trop facile, mais le temps étant ce qu'il est, je fais ce que je peux. Blague à part, ces histoires d'annulations de députation pour cause d'affiche délictuelle est à mon avis trop sérieuse pour être marrante. Oui, je ne vous cache pas que j'ai un peu rigolé et un peu trop vite quand j'ai entendu parler de la première affaire de Tanger car ça concernait, entre autres, quelqu'un que je ne porte pas particulièrement dans le cœur, ne serait-ce que parce qu'à cause de lui je suis obligé de lever le pied de la pédale, mais franchement je n'aurais pas dû. D'abord, je me prétends démocrate, et à ce titre, je n'ai pas le droit de faire de différence entre les élus que je dois traiter sur un pied d'égalité même ceux qui ne sont pas de mon camp, si mon camp il y a. D'autre part, les sanctions décalées dans le temps ne m'ont jamais amusé, car elles sont, presque toujours, suspectes. Que cette décision provienne de l'Honorable Conseil Constitutionnel, que Dieu renforce ces attributs, ne change rien. Non, je ne lie pas cette décision, comme certains se sont empressés de faire, à des déclarations intempestives d'un des malheureux concernés, mais l'interrogation est tout à fait légitime : pourquoi maintenant, et pourquoi pas avant? Un minaret aussi grand et aussi visible n'est quand même pas passé inaperçu aux yeux si regardants de nos voyeurs en chef! Ceci dit, la loi, même retardataire, reste la loi, et c'est pour cela que je ne peux pas ne pas rire aux éclats quand nos présumés coupables d'utiliser des sacralités interdites dans leurs affichettes, parlent de «complot» ! Mais, mes chers amis, pardon, mes chers frères, ce n'est pas parce que qui de droit n'a pas fait attention au grand et beau minaret tangérois placé juste derrière ou juste à côté – je ne m'en souviens plus – de vos bonnes bouilles sur vos belles affiches de campagne, qu'il faut crier au diable! Vraiment, vous êtes culottés ! C'est bien un minaret, oui ou non ? Oui ? Bon ! C'est bien un élément religieux? On est bien d'accord ? Vous êtes d'accord aussi que la loi électorale interdit de faire figurer des éléments religieux sur les supports de campagne ? Alors, où est le mal ? Maintenant de là à faire des amalgames sur la barbe ou, pourquoi pas, la djellaba, c'est de la mauvaise foi, et c'est vraiment le cas de le dire. En disant tout cela, je dois être honnête avec vous : ce qui m'a réellement poussé à parler de ces affaires aujourd'hui, c'est que je viens d'apprendre qu'il y a eu un autre cas qui concerne quelqu'un qui est, en principe, à l'opposé de nos amis, pardon, de nos frères suscités, et pour lequel j'ai beaucoup de sympathie. On vient de découvrir, dans les archives, nous précise-t-on, que, lui aussi a joué du minaret. Certes, ce n'est pas le même minaret – le sien est pur fassi – mais on n'a pas besoin d'être un fin érudit pour affirmer que le délit est exactement le même. Pour l'instant, et à ma connaissance, notre Honorable Conseil Constitutionnel n'a pas encore été saisi du dossier, mais ça ne saurait tarder car les délateurs-bienfaiteurs, ce n'est pas ce qui manque dans notre bled. Qu'est-ce qu'on en pense ? Comme j'ai précisé plus haut, je me prétends démocrate et je fais tout pour le rester, et, par conséquent, j'ai le cœur meurtri, mais je suis obligé de voir les choses dans leur aveuglante évidence : tout le monde est égal devant le minaret. Voilà : la sentence est tombée ! Mais, pour une fois, laissons le coiffeur tranquille car il a d'autres barbes à couper. Bon week-end les électeurs, et bon repos les futurs ex-députés.

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