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Santé au Maroc : le diagnostic alarmant de Youssef El Fakir (interview)
Publié dans Barlamane le 26 - 11 - 2020

Malgré les rallongements budgétaires successifs, le système de santé au Maroc souffre d'un grand manque d'efficience, et plusieurs indicateurs en sont la preuve.
Le manque de moyens humains et logistiques, la mauvaise répartition régionale des médecins, la faiblesse de l'offre de soins, l'absence de couverture médicale et la vieillesse des infrastructures hospitalières sont parmi les failles du système de santé.
Pour en parler davantage, Barlamane.com/fr s'est entretenu avec Pr Youssef El Fakir, professeur de radiologie et past président de la Société marocaine de radiologie. Il est également vice-président de la Fondation des médecins enseignants libéraux et expert en télémédecine.
Barlamane.com/fr : Comment trouvez-vous l'offre médicale ?
Pr Youssef El Fakir : L'offre médicale au Maroc, est restée pendant longtemps tributaire du seul secteur public. On assiste ces quinze dernières années à l'éclosion d'une activité médicale soutenue au sein du secteur libéral et du secteur à but non lucratif, sans occulter la part non négligeable de la santé militaire.
Le secteur libéral dispose actuellement de plus de 53% des ressources humaines, produit jusqu'à 65% de l'offre de soin et concentre plus de 70% du matériel biomédical lourd (scanner, IRM, salle de cathétérisme, machine de Circulation extra-corporelle (CEC), projecteur de source à haut débit de dose (HDR),...)
Il y a lieu de redéfinir un nouveau parcours de soins, d'actualiser la tarification nationale de référence (TNR) et de mettre en place un véritable organe de régulation et de contrôle pour d'une part, garantir une pratique médicale de qualité répondant aux normes internationales et d'autre part veiller à une optimisation des dépenses de santé au profit du citoyen et de l'État.
Barlamane.com/fr : Quel est l'état de la gestion des hôpitaux au Maroc ?
Pr Youssef El Fakir : La Cour des comptes et l'Institut royal des études stratégiques (IRES) ont diagnostiqué tous les maux dont souffre la gestion hospitalière au Maroc. Il ressort de leurs publications, un déficit flagrant de productivité et une absence d'optimisation des ressources humaines et techniques. A cela, il faut ajouter l'absence quasi totale de système d'information hospitalier pertinent. En effet, les seuls chiffres que le ministère exige sont des indicateurs d'activité ́ et non de performance. Un hôpital est tenu seulement de prouver qu'il a respecté les procédures réglementaires de passations de marchés et de gestion des RH. Ni le ministère de tutelle ni le ministère des Finances ne lient l'attribution de la subvention à un devoir de résultats chiffrés.
Barlamane.com/fr : Comment évaluez-vous les stratégies de santé mises en place, notamment le Plan Santé pour 2025 ?
Pr Youssef El Fakir : Le Plan de Santé 2020-2025, mis en place par le ministère de la Santé, est très ambitieux. Il souffre néanmoins d'un manque d'objectivité puisqu'il est essentiellement basé sur le secteur public. Comment pouvons-nous mener à bien des politiques de santé, quand le secteur libéral, qui produit plus de 65% des soins au Maroc, n'est pas intégré dans la réflexion, l'élaboration et l'application des politiques de soins ? Comment pouvons-nous réaliser des politiques de santé, sur la base d'études épidémiologiques et de veille sanitaire, quand plus de 53% des médecins du secteur libéral ne participent pas, à tort ou à raison, aux requêtes statistiques indispensables pour l'élaboration d'un plan d'action ?
La nation a plus que jamais besoin de toutes ses composantes publiques, privées, militaires, ONG et Fondations. Elle a aussi besoin de la compétence de tous ses sujets à l'intérieur du pays comme à l'international. Sa richesse tient à cette diversité. Nous devons capitaliser sur l'ensemble de nos acquis sociétaux et innover pour créer notre propre système de soins sans devoir importer un modèle étranger. La récente pandémie nous a dévoilé les insuffisances des systèmes de santé à travers le monde. Aucun modèle n'était parfait.
Barlamane.com/fr : Quels sont les grands défis du système de santé national ?
Pr Youssef El Fakir : Le Maroc fait face à 3 défis majeurs. Le premier est lié au déficit en ressources humaines et à l'équité de leur répartition. Il est à rappeler que le Maroc compte seulement 27 266 médecins pour presque 36 millions d'habitants avec une importante inégalité de répartition à travers le territoire national. Les régions de Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra concentrent plus de 56% de l'effectif des médecins privés et 39% de l'effectif des médecins publics. De plus avec un ratio de 7,1 médecins pour 10 000 habitants, le Maroc est loin de répondre au standard de l'OMS fixé à 15,3 médecins pour 10 000 habitants. Il fait partie du palmarès des 57 pays du monde, identifiés par l'OMS, comme présentant une offre médicale insuffisante.
Force est de constater que la politique menée par le gouvernement depuis une dizaine d'années visant à former 3 300 médecins par an est loin d'être atteinte. L'ensemble des Facultés de médecine et de pharmacie (FMP) du Royaume ont formé en 2018, 2 282 médecins. A ce déficit de production, il faut impacter les départs à la retraite, les départs anticipés et l'émigration en masse de nos jeunes médecins. Selon l'OCDE, 800 médecins quittent le pays tous les ans !
Il est aussi question de la gestion de deux grands groupes de maladies, à savoir les maladies transmissibles (MT) et les maladies non transmissibles (MNT). Aujourd'hui, le Maroc connaît une double transition. Tout d'abord, une transition démographique marquée par le début du vieillissement de la population (en 2050, un Marocain sur 5 aura plus de 60 ans). Ensuite, une transition épidémiologique, caractérisée par un transfert de la charge globale de morbidité et de mortalité due aux maladies infectieuses vers les maladies non transmissibles (MNT) et les traumatismes qui représentent respectivement 57% et 7% de l'ensemble des décès. Aux maladies dites Affections de longue durée (ALD) que sont les maladies cardiovasculaires, le diabète et les cancers s'ajoutent des maladies émergentes en grande partie en rapport avec les changements de nos modes de vie, telles que l'hypertension artérielle, l'obésité.
Il faut aussi veiller à assurer en nombre et en qualité les offres de soins à travers le Royaume, équation difficile à résoudre compte tenu de ce que nous avons développé précédemment.
Barlamane.com/fr : Le budget du ministère de la Santé est passé de 18 milliards de DH en 2020 à 23 milliards en 2021, soit 6,9% du budget général de l'État. De plus, le PLF 2021 prévoit la création de 5.500 postes budgétaires au niveau de la Santé. Est-ce que c'est assez suffisant pour améliorer l'offre actuelle ?
Pr Youssef El Fakir : Nous sommes convaincus de la nécessité de revoir à la hausse le budget alloué par l'État au domaine de la santé qui devrait arriver, à échéance, à 12% du BEG, contre seulement 6% actuellement. Nous sommes aussi convaincus que, sans une réelle réforme des structures et des mentalités, sans refonte de notre méthodologie d'enseignement et de nos unités de recherches, sans motivation du personnel médical et paramédical, sans mise en place d'une politique de santé régionale, sans abolition des frontières entres les différents secteurs de soins au profit d'un PPP, sans une intégration et une généralisation du digital, sans actualisation de la TNR et généralisation de la couverture médicale, sans une gestion privée de la chose publique, aucun budget ne saurait améliorer notre système de santé.
Barlamane.com/fr : Quelles sont les principales recommandations que vous pouvez formuler pour une meilleure réforme du secteur ?
Pr Youssef El Fakir : Tel que nous l'avons formulé dans notre ouvrage collaboratif : Plaidoyer pour une réforme du système de santé au Maroc, il y'a lieu de réfléchir à un nouveau modèle de gestion de la santé au Maroc, en tenant compte des défis actuels et futurs. Nous ne pouvons plus nous limiter à une augmentation de budget, à quelques créations de postes budgétaires ou de simples réformettes !
La récente pandémie à la Covid 19, nous a rappelé que quand la santé va mal, tout va mal. Elle nous a aussi montré qu'aucun système au monde n'était parfait. Nous devons donc innover pour relever les défis d'aujourd'hui et de demain. Le rapport de la Banque mondiale publié en juillet 2020 démontre, chiffres à l'appui, comment une crise sanitaire s'est transformée en crise économique, mettant les budgets publics, les ménages et le tissu industriel sous pression, avec pour conséquence la récession économique de la quasi-totalité́ des pays, dont les plus industrialisés.
Le rapport sur l'indice du capital humain, publié par la Banque mondiale en septembre 2020, attribue au Maroc une note de 0,50, inférieure à la moyenne de la région MENA et conclut que « Si les conditions actuelles d'éducation et de santé au Maroc persistent, un enfant né aujourd'hui sera, de moitié, moins productif qu'il aurait pu l'être si l'État lui avait assuré une bonne éducation et une bonne santé ».
C'est ainsi que nous avons articulé notre vision de l'architecture du système de santé autour de 5 piliers :
* Régionalisation avancée avec réhabilitation des établissements de santé et de soins de base,
* Création d'un organe de régulation et de réglementation de la santé et de la santé digitale,
* Création d'une Haute autorité nationale de santé, en charge des recommandations, des référentiels thérapeutiques et de la Formation médicale continue (FMC),
* Gestion privée de la chose publique (les hôpitaux) et le partenariat public privé, « revu et corrigé » en intégrant les compétences marocaines à l'étranger,
* Promotion du développement et de la recherche ainsi que de l'industrie des métiers de la santé.
La mise en application de façon solitaire, de l'un ou l'autre de ces piliers, telle qu'elle a été observée dans le passé, à travers des politiques axées sur des mesures dites « phares, ou prioritaires », a montré ses limites. Seule une approche globale, intégrée et concomitante de l'ensemble de ces axes, nous paraît être la garante de la réussite de la politique de santé 2.0.


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