Une recherche publiée dans Fuel Processing Technology vient de consacrer les potentialités du Maroc en matière de valorisation thermochimique des déchets solides municipaux (municipal solid waste, MSW), en mettant en évidence la viabilité technique de leur conversion directe, sans tri préalable, en hydrogène, en méthanol et en énergie électrique. Cette étude, conduite par un consortium de chercheurs étrangers, repose sur une expérimentation en deux étapes (pyrolyse à température modérée, suivie d'une gazéification à haute température) et s'appuie sur des simulations complexes réalisées à l'aide du logiciel Chemcad. Elle démontre que pour chaque tranche de 100 000 tonnes de MSW, il serait possible de produire annuellement environ 1 000 tonnes d'hydrogène ou 4 000 tonnes de méthanol tout en générant 300 kWh d'électricité par tonne de déchets traités. Une alternative technique aux limites des dispositifs conventionnels Face à l'incapacité des structures classiques de traitement à répondre à l'accumulation de résidus en milieu urbain — le Maroc générant près de neuf millions de tonnes de MSW chaque année, dont près de la moitié est enfouie illégalement — les auteurs suggèrent que le recours à la pyrolyse-gazéification sans tri préalable pourrait constituer une réponse à la fois technologiquement accessible et écologiquement avantageuse. Les expérimentations ont été réalisées à l'aide d'un réacteur à lit fixe opéré entre 350°C et 550°C pour la pyrolyse, suivi d'une gazéification à 800°C. L'analyse des gaz de synthèse produits révèle une proportion dominante de monoxyde de carbone et de méthane, avec un pouvoir calorifique inférieur de 34,2 MJ/kg. Le taux de goudrons y est demeuré remarquablement faible, un fait attribué à la séparation thermique préalable des matières volatiles. Caractérisation du flux de déchets et simulation des procédés L'étude a commencé par une analyse détaillée de la composition des déchets typiquement marocains, révélant une part élevée de matières organiques (42,3 %) et de papier (24,1 %), et une teneur non négligeable en métaux (jusqu'à 31 849 mg/kg pour le fer). La valeur énergétique brute des déchets post-traitement atteint 17,8 MJ/kg, bien que la forte teneur en cendres (24,4 %) et en chlore (0,91 %) impose de rigoureuses précautions contre la corrosion et les phénomènes de vitrification. À partir d'un scénario annuel de traitement de 100 kilotonnes, la simulation a évalué trois itinéraires technologiques. Le plus favorable en matière de réduction des émissions est la synthèse du méthanol, couplée à la captation du CO2 par le procédé Selexol® (efficacité estimée à 87 %), permettant d'économiser jusqu'à 48 tonnes de dioxyde de carbone par kilotonne de MSW, un résultat comparable à celui du scénario électrique (60 t CO2/ktMSW). Une voie d'avenir pour les Etats à collecte déficiente Les auteurs estiment que cette approche de double conversion thermique, bien qu'encore marginale, présente une pertinence particulière dans les pays où les systèmes de collecte sélective sont lacunaires. Ils soulignent trois apports méthodologiques majeurs : la réduction substantielle des goudrons grâce à l'enchaînement pyrolyse-gazéification, l'identification d'une température optimale à 450°C pour la première phase, et la quantification comparative des bénéfices environnementaux selon les produits finaux. Même si les rendements de conversion demeurent modestes (4 % pour le méthanol, 1 % pour l'hydrogène), les retombées en matière de décarbonation et de réutilisation de matières résiduelles non exploitées offrent, selon eux, une perspective sérieuse pour des territoires à la recherche de solutions sobres, peu capitalistiques et peu exigeantes en infrastructures.