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Femmes et sport, le pouvoir reste-t-il un terrain masculin ?
Publié dans Hespress le 27 - 03 - 2026

Chaque fois que l'on évoque les femmes et le sport au Maroc, les mêmes images reviennent des parcours inspirants, des exploits individuels, des médailles, des performances, des visages de réussite que l'on met volontiers en avant. Mais derrière cette vitrine valorisante, une autre réalité persiste, beaucoup plus discrète et bien moins commentée celle de la place des femmes dans les espaces où se décide réellement la politique sportive.
Car la vraie question n'est pas seulement de savoir si les femmes sont présentes dans le sport. Elle est de comprendre où elles se situent réellement dans cet univers. Sur les terrains, oui. Dans les tribunes, parfois. Dans les campagnes de communication, aussi. Mais dans les centres de décision, dans les présidences, dans les organes de gouvernance, leur présence reste largement en décalage avec les discours sur l'égalité et l'inclusion.
Le sport n'est pourtant pas un domaine neutre. Il ne se réduit ni au spectacle, ni à la compétition, ni au divertissement. Il constitue un véritable champ de politique publique, lié à la santé, à l'éducation, à la jeunesse, à la citoyenneté et à la répartition des ressources. Parler du sport, c'est donc aussi parler de pouvoir, de gouvernance et de justice.
Or, lorsqu'on observe la place des femmes dans cette architecture du pouvoir sportif, le constat est sans appel. Au Maroc, sur 55 fédérations sportives, seules 3 sont présidées par des femmes. Ce chiffre, à lui seul, recentre immédiatement le débat sur l'essentiel. Il signifie que 52 fédérations sont dirigées par des hommes. Il signifie aussi que les femmes n'occupent qu'environ 7 % des présidences, contre près de 93 % pour les hommes.
Derrière ces chiffres, il ne faut pas voir un simple déséquilibre statistique. Il faut y lire un révélateur. Révélateur d'un accès encore très limité des femmes aux postes stratégiques. Révélateur d'un fonctionnement institutionnel où la gouvernance sportive demeure massivement masculine. Révélateur, enfin, du décalage persistant entre le discours institutionnel et la réalité concrète du partage du pouvoir.
Le Maroc a bien sûr enregistré des avancées. Il serait injuste de les ignorer. Le cadre institutionnel s'est renforcé, les discours officiels ont intégré les notions d'égalité, de lutte contre les discriminations et de promotion de la participation féminine. La visibilité des femmes dans certaines disciplines sportives s'est également accrue. Mais progresser dans la pratique ou dans l'image ne signifie pas automatiquement progresser dans la décision.
C'est là que se situe le cœur du problème. Trop souvent encore, la place des femmes dans le sport est pensée à travers la participation, l'effort, le mérite ou l'exploit. Beaucoup moins à travers leur rôle comme actrices de gouvernance, comme décideuses, comme présidentes, comme membres influentes d'organes exécutifs, comme personnes légitimes à orienter les politiques, à arbitrer les priorités et à peser sur les choix institutionnels.
Autrement dit, la question n'est plus de "faire une place" aux femmes dans le sport, mais de reconnaître qu'elles ont toute leur place là où se décident les orientations du sport lui-même.
Cette sous-représentation ne relève d'ailleurs pas seulement d'un retard .Elle traduit aussi une certaine conception du leadership. Tant que les postes de pouvoir resteront implicitement associés à une figure masculine de l'autorité, les femmes continueront d'être reléguées à des rôles périphériques, techniques ou symboliques.
Or, la gouvernance démocratique ne peut plus fonctionner comme un entre-soi fermé. Elle exige de la diversité, une pluralité d'expériences, une capacité d'écoute, une intelligence collective et une vision plus inclusive des institutions.
Il existe aussi, dans ce dossier, un autre silence préoccupant :celui du manque de données publiques régulières et structurées. Car si les chiffres disponibles sur les présidences donnent déjà une indication forte, ils ne disent pas tout. Où sont les statistiques actualisées sur la présence des femmes dans les bureaux fédéraux ? Dans les comités exécutifs ? Dans les organes territoriaux ? Où sont les rapports réguliers permettant de mesurer les obstacles, d'évaluer les politiques menées et d'identifier les mécanismes de blocage ?
Sans production de connaissance, il n'y a pas de diagnostic sérieux. Et sans diagnostic sérieux, il n'y a pas de politique publique crédible. On ne corrige pas ce que l'on ne mesure pas. On ne transforme pas ce que l'on refuse de regarder en face.
Il est donc temps de sortir d'un traitement décoratif ou occasionnel de cette question. La place des femmes dans les politiques sportives ne peut pas être un thème mobilisé uniquement lors de journées symboliques ou dans des discours convenus. Elle doit devenir un véritable enjeu de réforme institutionnelle.
Cela suppose au moins trois déplacements. D'abord, passer d'une logique de visibilité à une logique de pouvoir. Ensuite, passer de l'encouragement général à des mécanismes concrets d'accès aux responsabilités. Enfin, passer du discours sur l'égalité à l'évaluation réelle de ses résultats.
Car au fond, la question posée dépasse largement le seul secteur sportif. Elle renvoie à une interrogation plus profonde sur le modèle de gouvernance que le Maroc souhaite construire. Peut-on parler de modernisation des institutions lorsque les espaces de décision demeurent aussi déséquilibrés ? Peut-on parler de démocratie sportive quand les femmes restent presque absentes des postes de commandement ? Peut-on parler d'égalité lorsque leur représentation au sommet reste aussi faible ?
Le véritable enjeu, aujourd'hui, n'est donc pas d'ajouter quelques figures féminines à la marge pour embellir le paysage institutionnel. Il est de faire de l'accès des femmes au pouvoir sportif une question centrale de gouvernance, de justice et de cohérence démocratique.
*Spécialiste en gouvernance démocratique


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