La première édition de «Ifquirn – Les Chibanis» se tient à Gennevilliers, où plusieurs associatifs réunissent les aïeux et leur redonnent la parole pour raconter leurs histoires de migration ouvrière. Un espace d'expression et de communion, voulu comme un moyen de lever la pudeur sur ce récit afin de se le réapproprier et de l'ancrer dans le présent. DR ‹ › Pour sa toute première édition, l'événement «Ifquirn – Les chibanis» se veut rassembleur des anciens ouvriers marocains, des enfants issus de cette migration et plus encore. Le temps d'une série d'activités, le 28 à l'Espace Saâd Abssi de Gennevilliers, cette initiative sera articulée autour de la mémoire, des parcours migratoires et personnels. Dans le cadre du projet Almuqar porté par l'association YanAnga, la rencontre inclut en effet une séance de discussions avec les générations des primo-migrants, qui reprennent la parole pour relater ce vécu avec leurs propres mots, souvenirs et ressentis. Membre de l'organisation, le réalisateur et producteur franco-marocain Yassine Iguenfer a déclaré à Yabiladi que l'objectif de l'initiative était de «mettre en avant les aïeux, de différentes manières». Selon lui, les âges des intervenants hommes et femmes parmi les chibanis qui participent à la prise de parole «varient entre 60, 77 et 84, avec une moyenne globale de 70 ans». «Nos aïeux sont partis du Maroc pour travailler en France. Beaucoup eux sont à un âge avancé ou sont décédés. Tous sont proches également d'événements historiques charnières, comme la Marche verte, entre autres. Nous aspirons ainsi à mettre à l'honneur leurs histoires.» Yassine Iguenfer Créer l'interaction autour du récit des chibanis Dans le même sens, la rencontre prévoit une intervention anthropologique et sociologique «pour comprendre les enjeux de la migration, de la transmission et de l'héritage intergénérationnel» avec le chercheur Mohamed Ouchtaine. Par ailleurs, le réalisateur Mohamed Bouhari montrera son documentaire «Qu'Allah bénisse Mora». L'opus cinématographique relate la mission de Félix Mora auprès des patrons des mines de charbon au Nord-Pas-de-Calais pour recruter des ouvriers marocains, dont 78 000 du sud du pays seront mobilisés. «Les femmes, restées livrées à elles-mêmes, expriment leur désarroi à travers des chants secrets appelés Timnadin. Hafid, jeune musicien, part dans les contrées lointaines de l'Anti-Atlas à la recherche de ces chants secrets. Le film suit cette quête», expliquent les organisateurs. A travers sa société de production audiovisuelle 36 Films, Yassine Iguenfer participe quant à lui à l'organisation, en mobilisant «une double expertise à la croisée du cinéma, de la recherche historique et des enjeux de transmission culturelle». Réalisateur du film «The Nours» et producteur engagé dans des projets «liés à la mémoire, aux héritages et aux trajectoires entre le Maroc et la France», il revendique en effet «une approche sensible et documentée des récits diasporiques», par le biais de «recherches archivistiques et une implication dans les initiatives culturelles pédagogiques». Autant dire que pour l'associatif, il s'agira d'un «événement riche en transmission, avec la participation des anciens de plusieurs villes et l'espoir qu'il y ait une présence marocaine d'autres régions et pays voisins, notamment de Belgique». Gennevilliers, paysage urbain témoin de la migration ouvrière Les organisateurs soulignent le choix de Gennevilliers comme hôte de cette première édition, vu la dimension qu'elle revêt dans le récit migratoire ouvrier marocain. «La Place Voltaire témoigne de l'histoire de l'immigration amazighe du Souss Massa, où de nombreux ichelehiyn sont venus s'installer, travailler et construire leur vie. Les souvenirs y circulent encore (…) Ces fragments de vie racontent l'histoire d'une diaspora qui a recréé un morceau de son monde loin de sa terre d'origine», expliquent-ils. À ce titre, Yassine Iguenfer souligne auprès de notre rédaction le soutien de l'adjoint délégué aux politiques budgétaires de la ville et évaluation des politiques publiques au sein de la mairie de Gennevilliers, M'hamed Binakdane, outre la participation de nombreuses autres organisations, à commencer par l'Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF), ou encore Espoir du Sud Irsmouken Unis et Elan de vie. Cette édition connaîtra également la participation d'Aziz Aboudrar en tant que speaker, plus connu comme le fondateur de «Tu ris, tu perds». Yassine Iguenfer prône l'idée «d'ancrer cet espace de transmission et de mémoire vivante dans une dynamique active, à travers laquelle nous allons écouter et honorer les récits de nos anciens», tout en ambitionnant de tenir de prochains rendez-vous dans ce cadre.