Dans une charge inattendue contre ses partenaires de la coalition, le parti de l'Istiqlal (PI, majorité) a mis en cause la fiabilité des chiffres officiels relatifs au cheptel national en les jugeant incohérents et révélateurs d'éventuelles manipulations. Il a dirigé ses critiques les plus sévères contre l'Association nationale ovine et caprine (ANOC), accusée de brouiller les repères en matière de subventions, de dissimuler les effectifs réels du cheptel et de produire des données imprécises où tout demeure flou, des circuits de distribution de l'aide jusqu'aux statistiques publiées. Le quotidien Al Alam, organe du parti, a publié en fin de semaine un éditorial virulent rappelant que le ministre de l'agriculture annonçait, en février, un effectif de dix-huit millions de têtes avant que le ministère de l'intérieur ne publie récemment un chiffre de 32,8 millions. Selon lui, «une augmentation de près de 90 % en quelques mois ne relève pas de la biologie animale, mais d'une arithmétique magique.» Il a estimé que l'explication avancée par le ministère de l'agriculture, attribuant cette hausse au soutien aux aliments de bétail, aux campagnes de vaccination et aux importations d'animaux reproducteurs, «ne tient pas devant la raison, car un tel taux de croissance excède toute capacité naturelle de reproduction.» Remise en cause des méthodes de comptage Le texte a également affirmé que «les chiffres antérieurs n'étaient pas exacts, pour ne pas dire qu'ils n'étaient pas sincères.» Il a critiqué la décision de confier l'opération de recensement à l'ANOC, qualifiée d'«incapable d'assumer une tâche d'une telle envergure en raison de ses limites techniques et logistiques.» Le PI a soupçonné «des milieux intéressés d'avoir trafiqué les données afin de favoriser des gains commerciaux, notamment au bénéfice des grands éleveurs.» Il a ajouté que «de nombreux petits éleveurs ont, par prudence, dissimulé une partie de leur cheptel afin de protéger leur accès au soutien direct.» Sur cette base, il a plaidé pour «l'annulation immédiate des mesures gouvernementales édifiées sur des statistiques erronées, notamment le programme de soutien aux aliments de bétail.» Il a exhorté à ce que les aides soient réservées aux éleveurs modestes et à «écarter les grands éleveurs dont la situation ne justifie aucun appui.» Le ministère de l'agriculture détaille ses chiffres Dans un communiqué diffusé mardi 26 août, le ministère de l'agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts a indiqué que «le cheptel national recensé entre le 26 juin et le 11 août 2025 s'élève à 32 832 573 têtes.» Le détail fourni fait état de «23 158 248 ovins, dont 16 348 449 femelles ; 7 474 172 caprins, dont 5 293 805 femelles ; 2 094 109 bovins, dont 1 556 842 femelles ; et 106 044 camelins, dont 91 432 femelles.» Le ministère a affirmé que cette opération a été menée «selon des critères objectifs et avec professionnalisme, dans toutes les provinces et préfectures du Royaume.» L'administration a reconnu toutefois une baisse d'environ 30 % des effectifs bovins et camelins par rapport aux moyennes habituelles. Elle a relevé que «les bovins laitiers ont fortement reculé sous l'effet de l'arrêt de l'irrigation dans les périmètres irrigués et des restrictions liées à la pandémie de Covid-19.» Pour les camelins, «les années consécutives de sécheresse ont réduit la population à 106 000 têtes, contre une moyenne proche de 150 000.» Le ministère a annoncé qu'à partir de fin septembre 2025, «la suspension des droits de douane et de la taxe sur la valeur ajoutée pour l'importation d'ovins, de caprins et de lait en poudre sera levée, tandis que celle applicable aux bovins sera maintenue afin de faciliter leur reconstitution.» Selon la même source, «près de 11 milliards de dirhams seront mobilisés au profit des éleveurs, sous forme d'aides directes destinées à l'acquisition d'aliments de bétail, à la préservation des femelles reproductrices, à l'allégement de l'endettement et à l'organisation de campagnes de vaccination et d'encadrement technique.» Le ministère a précisé enfin que «le montant de l'aide par bénéficiaire sera fixé en fonction du nombre de têtes recensées localement et identifiées par des boucles numérotées.»