Comme annoncé il y a près d'un mois, la banque anglaise ouvre une antenne à CFC Casablanca. Le groupe compte faire du Maroc une base stratégique pour piloter ses actions dans la région. Comme indiqué dans l'un de nos papiers, le groupe bancaire britannique Standard Chartered a fait son retour sur le continent depuis Casablanca. Ce lancement fait suite à l'obtention de l'agrément de Bank Al-Maghrib et à l'attribution du statut de Casablanca Finance City par l'Autorité de la Cité financière de Casablanca, annonce un communiqué de la banque basée à Londres. Consulté par Challenge, sur son site officiel, la banque présente l'équipe de Casablanca. L'antenne de représentation sera dirigée par Cynthia El Asmar, nommée PDG et responsable de la couverture pour le Maroc. « Cette percée souligne l'engagement à long terme de Standard Chartered dans la région et reflète sa stratégie d'accompagnement des clients sur des marchés à forte croissance et connectés à l'international », explique le groupe. Il faut d'ailleurs admettre que l'entrée de ce géant étranger n'est pas uniquement une opération de présence symbolique ; elle répond à des logiques d'ancrage économique profond, dans un pays où les fondamentaux macroéconomiques restent solides, malgré un contexte mondial incertain. De plus, selon une de nos sources, « l'intérêt de cette banque s'explique par les grandes échéances économiques à venir, notamment la Coupe du monde 2030, et par le potentiel de développement des secteurs verts, digitaux et logistiques. Le Maroc, par sa stabilité politique et son positionnement géographique, devient ainsi un terrain fertile pour les ambitions de ces institutions ». « Dans un monde géoéconomique recomposé, l'installation de Standard Chartered à CFC s'inscrit dans une dynamique plus large où le Maroc devient le point d'ancrage de la diplomatie économique britannique en Afrique francophone », déclare Zakaria Fahim, Managing Partner BDO, Président Hub Africa. Lire aussi | Banques : un besoin de liquidité de 118,7 MMDH en avril 2025 Une implantation qui ne surprend pas... Le positionnement de Standard Chartered a toujours été de miser sur des marchés à forte valeur ajoutée : gestion du patrimoine des clients fortunés, accompagnement des grandes entreprises (corporate banking) et financement de projets d'envergure. Présent en Afrique du Sud et en Egypte, le Maroc, place financière forte du continent, est donc un choix logique. Pour beaucoup d'observateurs, cette expansion s'inscrit dans un remodelage stratégique. Rappelons que ces dernières années, la banque avait quitté le Cameroun, l'Angola, la Gambie, la Sierra Leone, le Zimbabwe, l'Ouganda, la Zambie et le Botswana. Malgré cette réduction de voilure, « le continent reste au cœur de notre réseau mondial », alertait Bill Winters, le directeur général de Standard Chartered, cité dans un communiqué. Standard Chartered est présente sur 53 marchés mondiaux et opère en Afrique depuis plus de 170 ans. En Afrique subsaharienne, elle maintient une présence au Nigeria, au Kenya et en Afrique du Sud, entre autres. Notons qu'en mars 2025, la banque a lancé un centre de gestion de patrimoine transfrontalier destiné aux clients fortunés du Moyen-Orient, d'Europe et d'Afrique. Ce dispositif cible les besoins bancaires internationaux de la diaspora et des particuliers fortunés, leur permettant de gérer, de faire fructifier et de transmettre leur patrimoine. « L'ouverture officielle de l'antenne marocaine de Standard Chartered à Casablanca Finance City (CFC) marque un tournant symbolique et stratégique. Ce n'est pas uniquement l'implantation d'une banque anglaise de premier plan ; c'est surtout la reconnaissance de CFC comme plateforme financière continentale de référence, désormais choisie par des institutions financières issues non plus seulement des partenaires historiques (français, espagnols ou du Golfe), mais également de la première couronne financière anglo-saxonne », nous confie Zakaria Fahim. Et d'ajouter : « Ce choix n'est pas anodin. Il intervient dans un contexte post-Brexit où le Royaume-Uni redéfinit activement ses alliances économiques. À cet égard, il est fondamental de rappeler que le Maroc est le seul pays francophone inscrit explicitement dans la stratégie africaine post-Brexit de la Grande-Bretagne, matérialisée par l'accord d'association bilatéral signé en 2019 et consolidée depuis par des investissements croissants. » Casablanca : un hub africain d'influence Standard Chartered, banque de plus de 160 ans d'histoire, opérant dans plus de 60 marchés, ne choisit pas ses implantations au hasard. « En positionnant Casablanca comme base opérationnelle régionale, la banque acte trois réalités : La maturité du marché financier marocain, avec une réglementation claire, un cadre fiscal attractif et une stabilité politique reconnue ; L'attractivité de CFC comme hub de services financiers à l'échelle continentale, facilitant l'accès à l'Afrique de l'Ouest et centrale ; L'efficacité du positionnement marocain dans les chaînes de valeur africaines, notamment grâce à des champions nationaux présents dans les télécoms, la finance, les BTP ou encore l'agro-industrie. Cette installation vient ainsi renforcer la dynamique amorcée par des structures telles que BDO Digital avec Naoris ou encore les clusters digitaux africains basés à Casablanca, qui capitalisent sur l'écosystème CFC pour rayonner sur le continent », clarifie le patron de BDO. Lire aussi | La Banque mondiale accompagne la transition de la Société générale Maroc sous pavillon MHE Fruit de la diplomatie du Global Britain ! En choisissant le CFC, la banque anglaise met clairement en évidence la diplomatie économique du « Global Britain » impulsée par la Grande-Bretagne depuis l'épisode du Brexit. Depuis le Brexit, les institutions financières britanniques cherchent à s'implanter en Afrique, où le Maroc peut jouer un rôle stratégique grâce à son secteur tertiaire développé et à Casablanca Finance City (CFC). « 48 % des 202 entreprises membres que comptait la place financière en janvier 2024 étaient des professionnels des services aux entreprises (finance, conseil, juridique, audit), dont Boston Consulting Group, Deloitte, ainsi que plusieurs des plus éminents cabinets d'avocats britanniques, dont DLA Piper et Clifford Chance », expliquait un rapport de l'IMIS.