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Magick : les sciences occultes se «modernisent»
Publié dans Challenge le 04 - 04 - 2017

Dr Strange est marocain! Mages modernes et sorcières du XXIème siècle se côtoient dans le Maroc de 2017. Dépassé le fkih en soutane blanche, place aux «punks» fans de heavy et autres «guérisseurs» en jaipur indien. par Noréddine El Abbassi
Les nouveaux sorciers sont parmi nous! On les croyait disparus, et pourtant, ils continuent d'exister, au grand jour, et dans des cercles insoupçonnés. En France, ils s'appellent Elisabeth Tessier, pour la plus connue. Taxée de «satanisme», par les conspirationnistes, Christine Lagarde, directeur du FMI avait fait une démonstration de numérologie en direct et devant les caméras. Un véritable tollé «scientiste» s'est levé, et pourtant, cela existe, dans les coulisses.
Changement de décors, nous sommes à une convention de «comics», BD Américaines, où le «mage du chaos» britannique, Grant Morrisson, explique: «les grandes entreprises ont recours à mes services. Il n'est pas une marque internationale ou une multinationale qui n'ait pas recours, au minimum, à un service d'astrologie avant de lancer l'un de ses produits». Chauve et mystérieux, le chaote a popularisé la «magie moderne» à travers son oeuvre: Les invisibles, et «recruté» une véritable «armée du chaos».
Ordo ab chaos, l'ordre émerge du chaos, semble le «dogme» de ces «mages des temps modernes». Une autre figure, plus connue celle-ci pour son «occultisme»: Alan Moore. «Lorsque les gens arrivent à la quarantaine, ils ont une «midlife crisis», moi je suis carrément «devenu fou» et je suis devenu «mage». Cela a inquiété tout mon entourage», avance-t-il lors d'une interview. Auteur connu pour son oeuvre: Constantine, Watchmen ou encore V pour Vendetta, le «punk» âgé, avec un physique assumé de «Merlin l'enchanteur» ne se cache pas.
Chaos, wicca et cie
Retour au Maroc, nous rencontrons quelques uns de ces «mages». Rachid est venu de la «Chaos Magick». Recruté à 18 ans, la magie fait partie intégrante de sa vie. Ses nuits sont ponctuées de rituels lorsque le jour, il a un travail, «comme tout le monde», une famille et des amis. «Ce n'est pas une «société secrète», ni une «secte». C'est un «domaine de recherche». Nous étudions les «symboliques occultes» et les utilisons dans notre «travail». Mais ce n'est pas avec cela que je vais gagner à la loterie», lance-t-il dans un rire.
Victoria, elle, est Wiccan, une forme de «magie» née en Grande Bretagne, et popularisée à travers des films tels que Practical Magic, avec comme tête d'affiche Sandra Bullock et Nicole Kidman. Déjà auparavant, ce «style» s'était rendu populaire avec une série «explicite»: Charmed qui a bercé toute une génération de jeunes.
Influencé ? Pas réellement! Rachid explique : «j'ai toujours eu une appétence pour l'ésotérisme et l'occultisme. J'ai besoin de penser qu'il existe une réalité «supérieure», une «vérité cachée» et un «plan». Autrement, je pense que je me serais suicidé depuis des années», explique-t-il. Accroché à ses «croyances» comme à une bouée. Victoria, elle, c'est une autre histoire : «au Maroc, être une femme est très difficile. On vous demande d'être une femme accomplie (hadga), de réussir et d'être «bien sous tout rapport». Au final, si l'on ne «triche» pas un peu, on ne peut pas y arriver».
Les voies «traditionnelles» dépassées?
Pragmatiques plutôt qu'illuminés, c'est l'idée qui ressort de ces «mages» d'un autre genre. Changement de milieu, et même d'époque. Nous sommes en 2002, un sorcier marocain, un soufi et un occultiste sont réunis dans une maison. Au milieu, un écran de télévision, gravé d'inscriptions ésotériques dans lequel un «médium» plonge son regard. L'occultiste explique au jeune homme : «nous essayons de résoudre un mystère.» Incrédule, le «voyant» commente en aparté : «ils recherchent un trésor… Ils ne l'auront jamais puisque le seul trésor est devant eux et qu'ils sont trop «aveugles» pour le voir».
Chasse au trésor, exorcisme et philtres d'amours sont le lots des «charlatans», les «mages modernes» eux ont d'autres préoccupations. C'est un domaine assez «cérébral», voire même «intellectuel» qui a été «diabolisé» par les bien pensants. Mais dans le fond, nous avons notre propre réseau sur le net. Magick, avec un «k» a été fondé par le «mage moderne» Aliester Crowley, et son mouvement «Théléma» tiré de l'Auberge de Thélème. «Fais ce que voudras» est le credo de ce mouvement, également anglosaxon, et qui a des membres à travers le monde, et même au Maroc.
«Thelema n'est pas antinomique avec l'islam. Crowley, chanté par le groupe de rock Black Sabbath, a même reconnu Muhammad (9) dans son livre Magick (vol3)», explique Idriss, un «mage cérémoniel» marocain. De là à affirmer que ce n'est pas parce qu'on se rattache à des «écoles des mystères» égyptiennes ou antérieures que nous sommes des «illuminés». En plaisantant, le psychiatre, Dr Brahim Msefer analyse : «on va finir par devoir revoir notre définition de la psychose et ce qu'on considère comme une bizarrerie à travers les groupes qui se forment sur les réseaux sociaux et qui se créent une «appartenance»! A croire qu'il adhère à la phrase : «une personne avec un ami imaginaire est folle. 1 million avec le même ami imaginaire sont une religion…»
Une vie de reclus, un stigmate social qui a la peau dure
Combien sont-ils au Maroc? Difficile à dire, puisqu'ils se cachent et lancent leurs messages «couverts» pour s'appeler les uns les autres. «Etre magickian de nos jours, et dans un pays musulman de surcroît, est «risqué». Il m'est arrivé de me rendre à une soirée et de voir un coach PNL se faire traiter de «sahar» (sorcier) par l'un de ses amis. Cela m'a profondément chagriné», regrette Rachid sans rien laisser paraître de ses sentiments.
Méditation, mudras, yoga et reiki semblent être «marqués du sceau» de l'infamie par les «bien pensants». «Souvent, on méprise la spiritualité d'une personne. Une jeune femme «brillante» a été traitée de «sorcière» car elle pratique le Reiki Usui. Une autre, de «folle» car elle s'est penchée sur des «styles» encore plus ésotériques tels que le kahuna. Que diraient-ils s'ils apprenaient qu'il existe un Shamballa et un Agartha reiki, et cela même au Maroc,» développe un pratiquant.
«Je me considère plus comme une «guérisseuse spirituelle» que comme une sorcière», se défend Victoria. Blonde, trentenaire et diplômée de grande école, rien ne laisse paraître une telle «passion pour l'occulte». Historiquement, les sorcières du Moyen Age européen étaient considérées comme des apothicaires des temps anciens. «Il y avait l'alchimie de la «voie sèche» et de la «voie humide». Les femmes avaient, par appétence, un attrait pour la voie humide, celle de la guérison par les plantes, les potions et les décoctions et onguents», développe l'alchimiste français Patrick Bruensteinas. Sans pour autant spécifier que la «voie humide» est une «initiation» alors que la sèche est une «auto-initiation».
«Le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas», affirmait l'écrivain français André Malraux. Un autre écrivain, Daniel Pennac, complétait par «le chômage s'y emploie». Au final, entre science et spiritualité, les «mages modernes» poursuivent leurs «recherches», dans le secret d'un atelier, et «vivent au grand jour».


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