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A quoi ressemble votre journée ?
Publié dans Finances news le 20 - 09 - 2007

Pas de p’tit déj’, pas de café, pas de clope. Rien ! Oualou ! C’est le 1er jour du Ramadan; le mois de l’abstinence : le ventre crie famine, les poumons réclament leur dose de nicotine, au moment où la gorge asséchée sollicite ardemment… une gorgée d’eau. Ton corps jeûne. Tout ton corps. Particulièrement entre midi et deux, lorsque la faim complote avec le sommeil pour t’envoyer dans les bras de Morphée. Tu résistes, plein de volonté. Mais c’est difficile. Ils sont les plus forts. Alors tu te lâches un peu. Tu somnoles, commences à rêver.
De quoi ? Harira, chebakia, poulet rôti…, tous ces bons mets que maman est en train de préparer.
Tu sursautes subitement. C’est la voix du patron qui vient de retentir. Tu l’observes tout penaud. Tu as honte : tu as eu le courage de ne rien faire alors que tu es payé pour travailler. Mais tu n’étais pas le seul. Tes collègues ont fait pareil. Mais le flagrant délit, c’est pour toi.
Il hoche la tête, un sourire ironique au coin des lèvres et s’en retourne à son bureau. Il comprend qu’on puisse se surprendre à roupiller un peu (même aux heures de bureau) durant certaines journées difficiles du mois de Ramadan. Lui-même, quinze minutes auparavant, laissait échapper un léger ronflement de son bureau fermé.
Tu essaies donc, courageusement, de reprendre le travail. Un dossier à boucler. Mais tu ne sais plus où t’en étais. Ton esprit, également, jeûne. Tu n’arrives plus à réfléchir. Tu ne veux même plus le faire. Alors tu décides de te distraire sur le Net, les yeux rivés sur la montre. Tu tchatches un coup en attendant 16 H. A 15 H 45, t’es déjà dehors. T’es devenu particulièrement nerveux.
Et lorsque, traversant l’avenue, l’automobiliste oublie son doigt sur le klaxon, tu te lâches. Insultes à volonté. Pendant 5 mn. Histoire de te sentir mieux. Tu reprends ta route, l’esprit ailleurs. Seule a pu détourner ton regard une belle créature qui marchait le long du trottoir opposé. Tu la regardes jusqu’à te retourner, sans détourner les yeux. Oups ! Tu te souviens que c’est le Ramadan. Les yeux, aussi, doivent jeûner : le premier coup d’œil est permis, le second, non, car il ouvre les voies de la tentation.
Heureusement que t’es sur le point de franchir la porte de la maison. L’odeur de la Harira chatouille tes narines. Tu souris en même temps que fredonnent tes intestins. Tu t’affales sur la banquette, télécommande à la main. Séance zapping. C’est bientôt l’heure de la rupture. Le fameux Ftour. La 1ère journée d’austérité touche à sa fin. La table est pleine. Toutes sortes de sucreries et mets dont tu ne goûteras même pas le tiers. Mais il faut qu’ils soient sur la table. Car ce sont tes yeux qui mangent. Tu te régales, tout en te disant qu’il te reste encore 28 ou 29 jours comme ça à braver. Ce sera dur. Mais tu es fier de toi. Parce que t’es différent de tous ces gens qui s’inventent des maladies imaginaires. Une semaine avec le mois sacré, ils mettent en place leur feuille de route «anti-Ramadan». C’est-à-dire le plan anti-jeûne pour se soustraire à ce devoir divin. Alors apparaissent les ulcères, prétextes à toutes les défaillances, les diabètes auto-proclamés, ainsi que diverses pathologies fictives. Histoire de ne pas jeûner… à tout prix.


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