Le pdt de la délégation Maghreb au PE salue un geste Royal hautement généreux en direction de l'Algérie (Vidéo)    Affaire Pegasus : la CNDP se saisit du dossier    Agro-alimentaire : bonnes performances des exportations en 2021    Du pétrole à Inezgrane : les précisions de l'ONHYM    Kaboul: Les talibans revendiquent l'attentat contre le ministre de la Défense    Liban : Joe Biden annonce 100 millions de dollars d'aide supplémentaire    Fin du « potentiel détournement » d'un pétrolier britannique    Records du monde ou dopage technologique...    L'Espagne rejoint le Brésil en finale messieurs    Covid-19 : Le Maroc franchit, à nouveau, la barre des 10.000 cas    Vaccination anti-Covid : inauguration du premier vaccinodrome à la pointe de la technologie (Reportage)    La société civile se mobilise contre le travail des enfants    «Prisonnière du silence» remporte le grand prix    Lucien Amiel, doyen des galeristes marocains, n'est plus    Micro-crédit. Les nouvelles dispositions légales entrent en vigueur    JO-2020/Athlétisme: le Kényan Emmanuel Korir champion olympique du 800 m    Issa Hayatou sanctionné par la FIFA    Botola: Walid Regragui proche du Wydad, pour succéder à Benzarti    Football. L'emblématique gardien de but Ahmed Belkorchi n'est plus    Affaire Pegasus : La riposte marocaine se poursuit    Législatives: El Othmani se présentera dans la circonscription de Rabat-Océan    Bonnes performances pour les ventes de voitures à fin juillet    Covid-19 / Maroc : La situation épidémiologique au 4 août 2021 à 16H00    Covid-19: la Chine restreint les déplacements à l'étranger pour ses ressortissants    Fête du Trône: SM le Roi reçoit un message de félicitations du président du Conseil présidentiel libyen    Blanchiment de capitaux et financement du terrorisme. La Douane sensibilise sur les nouvelles dispositions de lutte    En Algérie, «le meilleur système de santé au Maghreb et en Afrique» s'effondre    Chambres professionnelles/élections : dans le Souss-Massa, le RNI ratisse large    OMPIC. Un bilan 2020 positif et une feuille de route bien affûtée    Comment se préparer aux Jeux Olympiques ? Une expérience de deux médecins anciens champions sportifs    Covid-19 : Le théâtre national Mohammed V suspend ses activités    JO-2020: Le programme du jeudi 5 août 2021    Justice : Voici les nouveaux procureurs du Roi et présidents de la Cour d'appel    Covid-19 : le théâtre national Mohammed V procède à un arrêt provisoire ses activités    Mohamed Amine Kihal ou la prédilection pour les rôles à dimension psychologique    Variant Delta. Ces dernières données permettant de mieux cerner la dangerosité du virus    Question de littérature : Les nouveaux auteurs sont-ils sous le seuil de la pauvreté littéraire ?    Elections : Pour un pluralisme politique dans les médias    Armement : Le Maroc s'apprête à acquérir 22 hélicoptères d'attaque turcs    CRDH : Soulaiman Raissouni se trouve «dans un état très stable»    Campagne électorale et médias : La Haca rappelle les règles du jeu    Ouvert jusqu'au 12 août : L'appel à projet de Madaëf éco 6 Al Hoceima sur les rails    Edito : XXIème    ONU : Les accusations généralisées contre les travailleurs humanitaires au Tigray sont "injustes"    Visa for Movie Rabat: Une énième manifestation artistique reportée    Parution. Le Manifeste: un voyage au bout des risques    Liban : un enfant sur trois traumatisé un an après l'explosion, selon l'ONU    Visite guidée: voyage au cœur du Marrakech de l'art (Partie II)    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Exposition: Abdoulaye Konaté, un doux harmattan
Publié dans Finances news le 21 - 06 - 2021

Artiste plasticien qui a taillé des œuvres intenses au charme magnétique, figure majeure de la scène artistique contemporaine de son pays et du continent africain, homme jaloux de ses convictions… Autant de raisons puissantes qui ont convaincu la Galerie 38 de lui concocter un deuxième solo-show, «Les Plis de l'Âme», indubitablement majestueux. Il offre à voir 11 œuvres à grande échelle et aux dégradés délicats, toutes réalisées durant le confinement.

Par R. K. Houdaïfa

Il est des vocations qui, pour éclore, empruntent des voies impénétrables. Celle de Abdoulaye Konaté pour l'art pictural jaillit dans le «sillage» quotidien d'un peintre populaire autodidacte de la ville. L'enfant Konaté, né en 1953 dans la région de Tombouctou, à quelque 300 km de Bamako la capitale, avait pris l'habitude de se rendre régulièrement dans l'atelier de Boubacar Koïta. C'est sans doute de cette fascinante flânerie que résulta son inclination pour la peinture. Ses parents ne s'opposaient pas aux plaisirs de son âge.
Lesquels consistaient désormais dans la contemplation insatiable des formes et des couleurs. Ainsi, employait-il également l'essentiel de son temps à côtoyer et à scruter les gestes des artisans, voire des tisserands, ou à s'émerveiller sur les motifs qui enjolivent les objets usuels. «À l'école, j'avais de bonnes notes en dessin et j'ai été encouragé par mes professeurs dans cette voie», se souvient-il. De fait, il prit sur lui-même de franchir les portes de l'Institut national des arts de Bamako. Doué comme il était, il n'eut aucune peine à décrocher brillamment son diplôme en 1976. Dès lors, il organise, avec Boubacar Koita et sur son petit coin de terre, sa première exhibition.
«Au nombre des œuvres exposées, il y avait quelques portraits de personnages connus dans la ville : un portrait de ma grand-mère et un autre de Pierre de Pinet, le docteur du coin; un homme au grand cœur qui a fait beaucoup pour la région. L'exposition était placée sous la présidence du commandant du cercle. C'était ma première exposition, mais c'était aussi la première exposition de ce genre dans l'histoire de la ville et de la région», raconte-t-il.
Ensuite, embauché pendant deux ans pour monter des expositions pour le musée de la capitale malienne, il remplit différents dossiers de bourse d'études… Cuba répond à son appel, il met les voiles vers l'Institut supérieur des arts plastiques de La Havane où il paracheva ses études (de 1978 à 1985). Là-bas, il fraye avec des peintres estimables tel Wifredo Lam. A Abdoulay Konaté, ce peintre proche des surréalistes aux compositions colorées et aux lignes marquées d'une dynamique mouvante, instille, comme une drogue douce, la passion des couleurs. Il fait ses gammes et développe ses centres d'intérêt personnels. Les techniques de juxtaposition des transparences de Rembrandt captent son attention et l'incitent à s'intéresser aux couleurs de la nuit; les muralistes mexicains - Diego Riviera, José Clemente Orozco - et l'art cinétique - Jesús Rafael Soto, Julio Le Parc, Carlos Cruz Diez - ont éduqué son goût et façonné son style.

Ses temps forts (sélection)
De 1978 à nos jours, Abdoulaye Konaté sillonne le monde pour prendre part à de nombreuses expos et biennales. Espagne, Italie, France, Portugal, Allemagne, Autriche, USA, Brésil, Japon, Afrique du Sud…, il a planté ses œuvres partout. Par ailleurs, il a également reçu de nombreuses distinctions, dont le Grand Prix Léopold Sédar Senghor de la Biennale d'art contemporain africain de Dakar en 1996, les décorations d'Officier de l'Ordre national du Mali en 2009, et de Chevalier des arts et lettres de la République française en 2002. En plus, il a été nommé Chef de division des expositions au Musée national du Mali, de 1985 à 1997. Il a ensuite été directeur du Palais de la culture de Bamako et des Rencontres photographiques de Bamako de 1998 à 2002. De 2003 à 2016, il a dirigé le Conservatoire des arts et métiers multimédia Balla Fasseké Kouyaté de Bamako.

Modernisme occidental et symbolique traditionnelle africaine
Formé auprès des tisserands maliens, puis des surréalistes cubains, à son retour en 1985, il peint des acryliques très colorées sur papier. Ensuite, il s'essaye aux installations, occupe de plus grands espaces - ce qui ne l'effraye point - et se réapproprie le textile de coton traditionnel malien d'abord, puis le bazin. Il fera du textile son principal matériau de création, d'autant qu'il lui offre beaucoup de possibilités, hormis qu'il soit aussi plus librement accessible à Bamako contrairement à l'acrylique ou la peinture à l'huile. On l'imagine dans son atelier, travaillant à même le sol; assemblant languette par languette de bazin, mises bout à bout et superposées; tâtonnant avec son nuancier de teintes pour composer une véritable partition de couleurs; façonnant sa figure stylisée; coudant sa composition…, parvenant à fabriquer des œuvres qui semblent flotter sur les murs, tremblant au moindre courant d'air. L'espace est plein, mais pas saturé.
«Abdoulaye Konaté produit des couleurs-mouvements qui vibrent autant à la verticale qu'à l'horizontale. La répétition alternée des coloris des lames de tissus, l'oscillation des timbres et des nuances, impulsent un rythme qui monte en douceur. Le résultat est somptueux sans clinquant, brillant sans vernis, bref une 'toile' apaisée et apaisante, sans concession au primitivisme», commente Yacouba Konaté, professeur de philosophie et l'un des intellectuels qui renouvelle le discours sur l'art contemporain africain. Une couleur domine toujours, puis viennent s'y fondre des camaïeux de bleu, de rouge, de vert, de noir. Les chaudes fixent le haut de la toile, et les froides, le bas. De haut en bas, on passe du foncé au clair. «C'est un plaisir intense pour moi de travailler les teintes, de voir surgir les nuances», aime-t-il à répéter. Plus gourmand de la couleur que Abdoulaye, tu meurs !
Un témoignage contre les crimes de l'humanité
L'ensemble constituant un univers chromatique tellement fascinant qu'il risque de détourner l'essentiel. «Je ne veux pas qu'on regarde d'abord le tissu. Je l'utilise comme une palette, parfois pour traiter de thèmes très violents. Je souhaite qu'on voie d'abord la couleur et le thème», insiste-t-il. Et à l'instar de Montaigne, Konaté se préoccupe essentiellement de l'humaine condition. Fétu (de paille) perdu dans l'immensité de l'univers, l'homme n'est épargné ni par les tremblements du temps (voir «Gris-gris pour Israël et la Palestine», qui évoque le conflit israélo-palestinien; «Génération biométrique», qui traite l'immigration; «Fruits de Tunisie, Bouazizi», qui remémore l'immolation de Mohamed Bouazizi), ni par son prochain qui l'asservit (voir «Hommage aux chasseurs du Mandé» ou «Bosnie, Rwanda, Angola»), l'exploite, le méprise.
«Je ne dirais pas que je suis un artiste engagé, mais je m'intéresse aux problèmes sociaux. Je vois la souffrance humaine. Généralement, les gens la traitent sous un angle politique, moi je la présente toujours sous un angle social», souligne-t-il. Du crime permanent perpétré par l'humanité contre elle-même avec ses paradigmes tels que le génocide, l'ethnocide, l'esclavage, Konaté témoigne dans son art, au travers de grands tableaux-sculptures composés de centaines de languettes de tissus formant d'attrayants dégradés, mais combien magnétisants.

* Du jeudi 17 juin au jeudi 29 juillet, à la Galerie 38, Casablanca


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.