544 croisières et 1,8 million de passagers via le port de Shanghai en une seule année    Sidi Kacem : Evacuation préventive des habitants du douar « Al Houafate » pour prévenir les risques d'inondations    L'Ambassade de France au Maroc présente ses condoléances suite au décès de l'artiste Abdelhadi Belkhayat    Maroc-France. Un nouvel élan pour la coopération bilatérale avec une forte dimension parlementaire    La France déterminée à établir avec le Maroc un nouveau traité de coopération bilatérale avec une forte dimension parlementaire (Responsables français)    Tourisme: les recettes en devises atteignent un record de 138 MMDH en 2025    Exécution de la loi de finances: un solde budgétaire négatif de 61,6 MMDH en 2025    Indonésie : un séisme de magnitude 4,9 au large de Tahuna    Autriche: Arrestation avec l'appui de la DGST d'un suspect pour projets d'attentat terroriste    FC Barcelone : Fermin Lopez prolonge son contrat jusqu'en 2031    La CAF déterminée à préserver l'intégrité, la réputation et la compétitivité mondiale du football africain (Patrice Motsepe)    Ksar El Kébir: Mobilisation conjointe des Forces Armées Royales et des autorités civiles face aux risques d'inondation    Alerte météo: Rafales de vents, averses et orages prévus à partir de lundi    Des évacuations préventives et forte mobilisation pour protéger les populations contre d'éventuelles inondations    Sidi Kacem: un 1er lot d'aides logistiques et préventives au profit des communes relevant de Mechra Bel Ksiri face aux effets des inondations    Maroc-UE / Nasser Bourita : Passer de la logique du "voisin" vers une logique d'"allié" (vidéo)    Le grand artiste marocain Abdelhadi Belkhayat n'est plus    Robbie Williams se produit pour la première fois au Maroc    Histoires berbères : le Collectif 4.0 et la Fondation Al Mada présentent un atelier immersif pour toute la famille    Marrakech. Trois nouvelles installations à découvrir au MACAAL    Taounate: Dispositif d'urgence pour sécuriser les populations suite aux intempéries    Le dirham s'est apprécié de 1,5% face au dollar    Chine: Les investissements à l'étranger ont atteint 145,66 milliards de dollars en 2025    Décès de Abdelhadi Belkhayat, grand nom de la chanson marocaine    Le Roi Mohammed VI mobilise les FAR pour faire face aux intempéries au Maroc    Terrorisme : Arrestation en Autriche grâce à la coopération avec la DGST    Pays du Sahel : Bank of Africa effectue une tournée diplomatique et économique de haut niveau    Scandale des contrats de la COP 22 : condamnation de deux ex-responsables de Marrakech pour détournement de fonds publics    Moroccan music icon Abdelhadi Belkhayat passes away at 86    Floods force school closures in Ksar El-Kebir for safety    Suspension des cours à Ksar El Kebir en raison des inondations    Désalinisation au Maroc : Un écart croissant entre les coûts de production et les prix de vente [Rapport]    CAN - Maroc - Sénégal : Motsepe pris au piège de sa propre commission de discipline    Motsepe tente d'éteindre l'incendie avec un verre d'eau : Analyse du communiqué    Sanctions de la CAF : un verdict au goût amer    CAF : Des sanctions pensées pour être contestées, le TAS comme échappatoire    Charte TPME : une opportunité concrète pour les jeunes entrepreneurs (VIDEO)    Décès d'Abdelhadi Belkhayat, icône de la musique marocaine, à 86 ans    Boualem Sansal à l'Académie française : un message sans équivoque    CAN 2028 : l'Afrique du Sud envisage une candidature avec le Mozambique et le Lesotho    Real Betis : Abde Ezzalzouli décisif dans la qualification directe en Ligue Europa    Sécurité avant tout : le Danemark officialise l'expulsion des étrangers condamnés    Omar Hilale élu président de la Commission de consolidation de la paix    Intempéries: Sur Hautes Instructions Royales, les FAR déploient des unités d'intervention appuyées de matériels, d'équipements et d'engins nécessaires au transport des populations touchées et à leur hébergement    Presse et politique : l'ANME trace une ligne rouge face aux dérives populistes    Ksar El Kebir : mise en place de tentes pour les sinistrés et reflux partiel des eaux après les inondations    André Azoulay reçoit l'ambassadeure du Kazakhstan pour approfondir la coopération bilatérale    À Casablanca, Afric'Artech 2026 inaugure l'ère de la création numérique africaine    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Exposition: Abdoulaye Konaté, un doux harmattan
Publié dans Finances news le 21 - 06 - 2021

Artiste plasticien qui a taillé des œuvres intenses au charme magnétique, figure majeure de la scène artistique contemporaine de son pays et du continent africain, homme jaloux de ses convictions… Autant de raisons puissantes qui ont convaincu la Galerie 38 de lui concocter un deuxième solo-show, «Les Plis de l'Âme», indubitablement majestueux. Il offre à voir 11 œuvres à grande échelle et aux dégradés délicats, toutes réalisées durant le confinement.

Par R. K. Houdaïfa

Il est des vocations qui, pour éclore, empruntent des voies impénétrables. Celle de Abdoulaye Konaté pour l'art pictural jaillit dans le «sillage» quotidien d'un peintre populaire autodidacte de la ville. L'enfant Konaté, né en 1953 dans la région de Tombouctou, à quelque 300 km de Bamako la capitale, avait pris l'habitude de se rendre régulièrement dans l'atelier de Boubacar Koïta. C'est sans doute de cette fascinante flânerie que résulta son inclination pour la peinture. Ses parents ne s'opposaient pas aux plaisirs de son âge.
Lesquels consistaient désormais dans la contemplation insatiable des formes et des couleurs. Ainsi, employait-il également l'essentiel de son temps à côtoyer et à scruter les gestes des artisans, voire des tisserands, ou à s'émerveiller sur les motifs qui enjolivent les objets usuels. «À l'école, j'avais de bonnes notes en dessin et j'ai été encouragé par mes professeurs dans cette voie», se souvient-il. De fait, il prit sur lui-même de franchir les portes de l'Institut national des arts de Bamako. Doué comme il était, il n'eut aucune peine à décrocher brillamment son diplôme en 1976. Dès lors, il organise, avec Boubacar Koita et sur son petit coin de terre, sa première exhibition.
«Au nombre des œuvres exposées, il y avait quelques portraits de personnages connus dans la ville : un portrait de ma grand-mère et un autre de Pierre de Pinet, le docteur du coin; un homme au grand cœur qui a fait beaucoup pour la région. L'exposition était placée sous la présidence du commandant du cercle. C'était ma première exposition, mais c'était aussi la première exposition de ce genre dans l'histoire de la ville et de la région», raconte-t-il.
Ensuite, embauché pendant deux ans pour monter des expositions pour le musée de la capitale malienne, il remplit différents dossiers de bourse d'études… Cuba répond à son appel, il met les voiles vers l'Institut supérieur des arts plastiques de La Havane où il paracheva ses études (de 1978 à 1985). Là-bas, il fraye avec des peintres estimables tel Wifredo Lam. A Abdoulay Konaté, ce peintre proche des surréalistes aux compositions colorées et aux lignes marquées d'une dynamique mouvante, instille, comme une drogue douce, la passion des couleurs. Il fait ses gammes et développe ses centres d'intérêt personnels. Les techniques de juxtaposition des transparences de Rembrandt captent son attention et l'incitent à s'intéresser aux couleurs de la nuit; les muralistes mexicains - Diego Riviera, José Clemente Orozco - et l'art cinétique - Jesús Rafael Soto, Julio Le Parc, Carlos Cruz Diez - ont éduqué son goût et façonné son style.

Ses temps forts (sélection)
De 1978 à nos jours, Abdoulaye Konaté sillonne le monde pour prendre part à de nombreuses expos et biennales. Espagne, Italie, France, Portugal, Allemagne, Autriche, USA, Brésil, Japon, Afrique du Sud…, il a planté ses œuvres partout. Par ailleurs, il a également reçu de nombreuses distinctions, dont le Grand Prix Léopold Sédar Senghor de la Biennale d'art contemporain africain de Dakar en 1996, les décorations d'Officier de l'Ordre national du Mali en 2009, et de Chevalier des arts et lettres de la République française en 2002. En plus, il a été nommé Chef de division des expositions au Musée national du Mali, de 1985 à 1997. Il a ensuite été directeur du Palais de la culture de Bamako et des Rencontres photographiques de Bamako de 1998 à 2002. De 2003 à 2016, il a dirigé le Conservatoire des arts et métiers multimédia Balla Fasseké Kouyaté de Bamako.

Modernisme occidental et symbolique traditionnelle africaine
Formé auprès des tisserands maliens, puis des surréalistes cubains, à son retour en 1985, il peint des acryliques très colorées sur papier. Ensuite, il s'essaye aux installations, occupe de plus grands espaces - ce qui ne l'effraye point - et se réapproprie le textile de coton traditionnel malien d'abord, puis le bazin. Il fera du textile son principal matériau de création, d'autant qu'il lui offre beaucoup de possibilités, hormis qu'il soit aussi plus librement accessible à Bamako contrairement à l'acrylique ou la peinture à l'huile. On l'imagine dans son atelier, travaillant à même le sol; assemblant languette par languette de bazin, mises bout à bout et superposées; tâtonnant avec son nuancier de teintes pour composer une véritable partition de couleurs; façonnant sa figure stylisée; coudant sa composition…, parvenant à fabriquer des œuvres qui semblent flotter sur les murs, tremblant au moindre courant d'air. L'espace est plein, mais pas saturé.
«Abdoulaye Konaté produit des couleurs-mouvements qui vibrent autant à la verticale qu'à l'horizontale. La répétition alternée des coloris des lames de tissus, l'oscillation des timbres et des nuances, impulsent un rythme qui monte en douceur. Le résultat est somptueux sans clinquant, brillant sans vernis, bref une 'toile' apaisée et apaisante, sans concession au primitivisme», commente Yacouba Konaté, professeur de philosophie et l'un des intellectuels qui renouvelle le discours sur l'art contemporain africain. Une couleur domine toujours, puis viennent s'y fondre des camaïeux de bleu, de rouge, de vert, de noir. Les chaudes fixent le haut de la toile, et les froides, le bas. De haut en bas, on passe du foncé au clair. «C'est un plaisir intense pour moi de travailler les teintes, de voir surgir les nuances», aime-t-il à répéter. Plus gourmand de la couleur que Abdoulaye, tu meurs !
Un témoignage contre les crimes de l'humanité
L'ensemble constituant un univers chromatique tellement fascinant qu'il risque de détourner l'essentiel. «Je ne veux pas qu'on regarde d'abord le tissu. Je l'utilise comme une palette, parfois pour traiter de thèmes très violents. Je souhaite qu'on voie d'abord la couleur et le thème», insiste-t-il. Et à l'instar de Montaigne, Konaté se préoccupe essentiellement de l'humaine condition. Fétu (de paille) perdu dans l'immensité de l'univers, l'homme n'est épargné ni par les tremblements du temps (voir «Gris-gris pour Israël et la Palestine», qui évoque le conflit israélo-palestinien; «Génération biométrique», qui traite l'immigration; «Fruits de Tunisie, Bouazizi», qui remémore l'immolation de Mohamed Bouazizi), ni par son prochain qui l'asservit (voir «Hommage aux chasseurs du Mandé» ou «Bosnie, Rwanda, Angola»), l'exploite, le méprise.
«Je ne dirais pas que je suis un artiste engagé, mais je m'intéresse aux problèmes sociaux. Je vois la souffrance humaine. Généralement, les gens la traitent sous un angle politique, moi je la présente toujours sous un angle social», souligne-t-il. Du crime permanent perpétré par l'humanité contre elle-même avec ses paradigmes tels que le génocide, l'ethnocide, l'esclavage, Konaté témoigne dans son art, au travers de grands tableaux-sculptures composés de centaines de languettes de tissus formant d'attrayants dégradés, mais combien magnétisants.

* Du jeudi 17 juin au jeudi 29 juillet, à la Galerie 38, Casablanca


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.