Le jour de la colère ou « le Jour du jugement » a fait un mort samedi à Beyrouth (un policier) et plusieurs blessés dont certains par balles. Des manifestants menés par des officiers à la retraite ont pris d'assaut et occupé le siège du ministère libanais des Affaires étrangères, et l'ont proclamé pour un instant seulement « quartier général de la Révolution » en y accrochant des banderoles « Beyrouth capitale de la révolution » ou « Beyrouth, ville sans armes » avant d'être évacués ou délogés par l'armée. Plusieurs autres sites officiels ont été également occupés à Beyrouth. Mais la symbolique n'aura duré que quelques heures, le temps d'une illusion. Cela étant, quelque part une oreille bienveillante ou malveillante c'est selon, aura entendu les doléances du peuple libanais et le Premier ministre libanais Hassan Diab a appelé samedi à des élections législatives anticipées, déclarant qu'il proposerait un projet de loi pertinent lundi. « Nous avons assumé nos responsabilités et nous savions que le pays était dans un état d'effondrement politique, financier et administratif. Cependant, nous ne pourrons sortir de la crise structurelle du Liban qu'en organisant des élections législatives anticipées pour produire une nouvelle classe politique (…). Lundi, je soumettrai au Conseil des ministres un projet de loi pour la tenue d'élections législatives anticipées », a-t-il déclaré avant d'ajouter : « Le pays ne peut pas surmonter sa crise actuelle sans élections parlementaires anticipées ». Samedi après-midi, des milliers de personnes étaient descendues dans les rues du centre de Beyrouth pour protester contre le gouvernement et exiger une refonte complète du système politique, quelques jours après les explosions massives qui ont secoué la capitale libanaise et ont fait au moins 158 morts et 6.000 blessés. Bien que sur les causes exactes de l'explosion aucune conclusion n'ait été officiellement avancée, force est de constater qu'à la chronologie de la catastrophe, sordidité, négligence, affairisme, mépris du danger par les autorités et autres vocables fatals caractérisent cette tragédie. Tout a commencé en octobre 2013, quand le navire MV Rhosus, un navire battant pavillon moldave, parti de Géorgie du port de Batumi, dans la mer Noire vers le Mozambique et transportant une cargaison de substance chimique explosive (2 750 tonnes) communément utilisée pour fabriquer des fertilisants ((nitrate d'ammonium) est dérouté de son trajet initial et accoste à Beyrouth. Immobilisé pour différentes irrégularités et considéré comme une bombe flottante (bateau, pas en état de naviguer, trou dans la coque, et incapacité d'honorer les frais portuaires...). Le navire est, in fine, saisi par les autorités libanaises. Son propriétaire, un homme d'affaires russe, Igor Gretchouchkine qui vit à Chypre, abandonne le MV Rhosus et ses hommes à leur sort. Les membres de l'équipage sont obligés de vendre le carburant du navire pour s'en sortir (frais d'avocats et procédures judiciaires). La cargaison de nitrate d'ammonium est débarquée en 2014 et placée dans l'entrepôt numéro 12 du port sans mesure de sécurité appropriée. L'équipage est libéré des mois après une saga judiciaire et entretemps, le bateau a sombré dans le port de Beyrouth. La suite, c'est l'explosion mardi, lorsque des soudeurs sont venus pour réparer un écartement dans l'entrepôt 9 occupé, par des cargaisons de feux d'artifices. L'étincelle d'un poste à souder aurait entraîné l'allumage des feux d'artifices, l'incendie qui a suivi se propageant de l'entrepôt 9 à l'entrepôt 12 et mettant le feu au nitrate entraînant la catastrophe ayant frappé le pays du cèdre. Les autorités libanaises ont assigné à domicile des dirigeants actuels et passés du port et des autorités douanières et au moins seize d'entre eux ont été placés en détention dans le cadre de l'enquête. Mais ce n'est que de la poudre aux yeux ces derniers n'étant que les boucs émissaires d'une saga mafieuse à patate chaude que tous se rejettent. Les responsables des douanes portuaires n'ont jamais été complaisants, citant la sécurité du port et documents à l'appui, ils avaient fait part d'une mise en garde à plusieurs reprises aux autorités gouvernementales sur le grand danger représenté par ces substances entreposées au port, réclamant leur déplacement, leur réexportation, leurs ventes a la compagnie des explosifs libanaise bref, trouver une solution à une tragédie en perspective, en vain.