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Clientélisme, gasoil et projets détournés : Des président de communes dans le viseur de l'Intérieur à l'approche des élections
Publié dans Hespress le 06 - 05 - 2025

Des rapports détaillés émanant des services des affaires générales affluent vers les services centraux du ministère de l'Intérieur. Ces documents signalent que des présidents de communes relevant des provinces situées dans les régions de Casablanca-Settat, Marrakech-Safi et Rabat-Salé-Kénitra ont eu recours à la location de véhicules à leurs frais personnels au profit de conseillers communaux, qu'ils soient issus de la majorité ou de l'opposition. D'autres élus auraient également été gratifiés de sommes d'argent versées "sous la table", en dehors de tout cadre légal.
Selon des sources de Hespress, les rapports en question établissent un lien direct entre ces initiatives et la volonté des présidents concernés d'anticiper les sessions ordinaires du mois de mai, dans le but d'apaiser les tensions au sein de l'opposition et de faire adopter un certain nombre de points à l'ordre du jour. Plusieurs de ces décisions porteraient un caractère électoraliste ou à visée strictement personnelle, à mesure que s'approche la fin de la seconde moitié de leur mandat et que se profilent les élections de 2026.
Selon les mêmes sources, ces agissements s'inscrivent dans une stratégie visant à désamorcer des demandes de démission en cours de préparation, portées par des vice-présidents et des membres de la majorité comme de l'opposition, et fondées sur l'article 70 de la loi organique n° 113.14 relative à l'organisation des collectivités territoriales. Cet article stipule qu'"après un délai de trois ans suivant le début du mandat du conseil, deux tiers des membres en exercice peuvent demander la démission du président", tout en précisant que "cette demande ne peut être présentée qu'une seule fois durant la durée du mandat".
Toujours d'après les rapports, certains présidents, actuellement poursuivis en justice, tenteraient de rallier un maximum de conseillers afin de faire écran aux dysfonctionnements documentés à leur encontre et de contrer toute tentative de récupération politique par leurs adversaires. Ces manœuvres s'inscrivent dans ce que les mêmes sources qualifient de "pré-campagne électorale" entamée dès la clôture des sessions d'octobre dernier.
Les mêmes documents révèlent également que plusieurs présidents s'apprêtent à profiter des sessions ordinaires de ce mois pour faire adopter des décisions correctives relatives à des irrégularités relevées dans des rapports antérieurs, émis par les commissions de l'Inspection générale de l'administration territoriale et les Cours régionales des comptes. Ces inspections avaient visité leurs communes au cours des dernières années.
D'après les mêmes sources, les motivations de ces présidents vont au-delà de la simple volonté de protéger leur siège contre d'éventuelles demandes de révocation ou de destitution. Il s'agirait aussi de lancer, en avance, leur campagne électorale, en débloquant des décisions "gelées" depuis plusieurs années, et dont l'inscription à l'ordre du jour des sessions ordinaires et extraordinaires avait été systématiquement refusée. Ces décisions concernent notamment des projets à fort impact social, tels que le raccordement à l'eau potable, à l'électricité, ainsi que le développement des infrastructures et des services de base.
Par ailleurs, d'anciens rapports émanant de commissions d'inspection centrales du ministère de l'Intérieur avaient déjà mis en lumière l'implication de certains présidents dans des manœuvres concertées, en lien avec des promoteurs immobiliers, pour détourner des projets publics d'aménagement d'infrastructures — en particulier l'éclairage public, les routes et les réseaux d'eau et d'électricité — au profit de zones précises. Ces zones incluent des terrains qu'ils avaient préalablement morcelés après avoir profité de modifications suspectes des plans d'aménagement, les reclassant comme zones industrielles ou résidentielles. Ces modifications ont permis d'en accroître considérablement la valeur foncière, avant leur mise sur le marché et la réalisation de profits conséquents.
Les rapports des services des affaires générales, selon les sources de Hespress, évoquent également le recours abusif par certains présidents de communes aux bons de carburant, distribués à des membres du conseil qui n'y avaient pourtant aucun droit, occasionnant ainsi un gaspillage massif de ressources budgétaires. Ces mêmes rapports relèvent aussi que certains présidents ont utilisé ces bons à des fins de clientélisme politique et électoral, dans le but d'attirer des soutiens au sein de leurs conseils. Le flou persiste en outre autour des données des registres de consommation de gasoil, en contradiction flagrante avec les directives émises par les services centraux du ministère de l'Intérieur. Ce flou est d'autant plus préoccupant que le recours injustifié aux bons de commande s'est accéléré ces derniers temps, aussi bien chez d'anciens que chez des présidents encore en fonction.


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