Au cours de la dernière décennie, le Maroc a connu l'une des plus remarquables croissances de la richesse privée sur le continent africain, selon le rapport sur la richesse en Afrique 2025, publié par l'institution Henley & Partners en partenariat avec la société New World Wealth. Le rapport révèle que le nombre de personnes très fortunées au Maroc a augmenté de 40 % entre 2015 et 2025, atteignant 7.500 millionnaires possédant chacun une fortune nette supérieure à un million de dollars américains. S'y ajoutent 35 centi-millionnaires (possédant plus de 100 millions de dollars) et 4 milliardaires, plaçant ainsi le Royaume au troisième rang des cinq plus grands marchés de la richesse en Afrique, derrière l'Afrique du Sud et l'Égypte, et devant le Nigeria et le Kenya. Le rapport souligne que le Maroc représente aujourd'hui 6 % du nombre total de riches du continent, la majorité étant concentrée à Casablanca. La ville compte environ 2.900 millionnaires, 11 centi-millionnaires et un milliardaire, se classant neuvième parmi les dix villes africaines les plus riches en termes de fortune privée. La capitale économique a enregistré une croissance de 26 % du nombre de riches au cours de la dernière décennie, la plaçant parmi les villes émergentes à l'échelle du continent. À l'échelle africaine, on recense aujourd'hui 122 500 millionnaires, 348 centi-millionnaires et 25 milliardaires, et le nombre de riches devrait augmenter de 65 % au cours des dix prochaines années, stimulé par une croissance économique soutenue dans plusieurs marchés prometteurs. En revanche, les fortunes ont diminué dans certains pays pétroliers : le Nigeria a perdu 47 % de sa classe aisée, l'Angola 36 %, et l'Algérie 23 %. À l'inverse, des pays comme Maurice et le Rwanda ont enregistré des croissances remarquables de 63 % et 48 %, respectivement. Le rapport précise que le Maroc, l'Égypte et l'Afrique du Sud constituent ensemble le noyau de ce que l'étude appelle les « cinq grands marchés de la richesse », qui regroupent 63 % des riches du continent et 88 % des milliardaires. Le secteur de la « migration par investissement » connaît également une évolution : les riches africains cherchent désormais à diversifier leurs investissements et à bénéficier d'une plus grande liberté de circulation, tandis que les investisseurs internationaux considèrent l'Afrique comme une destination privilégiée pour le placement de capitaux à long terme. La ville de Marrakech, en tant que destination touristique et d'investissement, apparaît comme l'un des principaux « pôles émergents » pour accueillir les riches. La ville a enregistré une augmentation de 67 % du nombre de millionnaires au cours de la dernière décennie, la plaçant parmi les régions à la croissance la plus rapide du continent. Cette progression reflète la dynamique des secteurs du tourisme et de l'immobilier dans la ville rouge, la rapprochant de zones telles que Black River à Maurice, qui a connu une croissance de plus de 105 %, et Wild Coast en Afrique du Sud, dont les richesses ont augmenté de 50 %. À l'échelle continentale, l'Afrique devrait enregistrer un taux de croissance économique de 3,7 % en 2025, dépassant l'Europe (0,7 %) et les États-Unis (1,4 %), avec une prévision de 4,1 % en 2026, renforçant ainsi la position du continent comme un marché prometteur pour le capital privé. Cependant, le politologue sud-africain Justice Malala rappelle que l'histoire de l'Afrique « reste une histoire de dualité », où les promesses économiques coexistent avec des divisions politiques et une fragilité institutionnelle. La capacité des dirigeants africains à exploiter la dynamique économique tout en résorbant les déséquilibres politiques sera déterminante pour l'avenir du continent. Le rapport aborde également la question de la « fracture de la liberté de circulation » comme l'un des principaux défis pour les riches africains. Une étude du Centre de politiques européennes de l'Institute of Global University révèle que la moitié des demandes de visa Schengen soumises par des Africains sont refusées, contre seulement un sixième des demandes dans le monde. Cela illustre comment la discrimination structurelle dans le système de mobilité international freine les opportunités d'expansion et l'accès aux marchés mondiaux pour ces investisseurs. Pour remédier à cette situation, de nombreux riches africains se tournent vers des programmes de résidence ou de citoyenneté alternative via la migration par investissement. Au cours des dix-huit derniers mois, des individus fortunés issus de 23 pays africains ont bénéficié de ces programmes, contre 12 pays seulement en 2020, le Maroc se plaçant, aux côtés de l'Afrique du Sud et de l'Égypte, parmi les marchés africains les plus attractifs pour ces dispositifs. Enfin, le rapport conclut que l'avenir de la richesse en Afrique sera lié à de nouveaux secteurs tels que la fintech, le tourisme écologique, le développement de logiciels, les technologies vertes, le commerce électronique, ainsi que les minerais rares, la santé, la biotechnologie, les médias et le divertissement, et la gestion de patrimoine.