Hespress a appris, de sources bien informées, que les éléments de la brigade nationale des douanes ont porté leurs investigations à la vitesse supérieure afin de cerner de graves manipulations liées aux documents de change lors des opérations d'importation. Les enquêteurs ont en effet identifié un réseau d'importateurs impliqué dans la falsification de factures et de certificats de transferts financiers, ce qui leur a permis de dissimuler des paiements d'un montant de plusieurs milliards de centimes. Selon les mêmes sources, les recherches menées par les services douaniers ont mis au jour des déclarations frauduleuses effectuées par certains importateurs, qui déclaraient des valeurs largement inférieures aux prix réels des marchandises importées, en particulier celles en provenance de Chine. L'objectif était clair : tromper les services de contrôle aux points frontaliers, notamment aux ports de Tanger Med et de Casablanca, et réduire les droits de douane dus. Les documents bancaires présentés à la douane n'échappaient pas à ces manipulations : ils ne reflétaient pas la valeur réelle des transferts financiers vers les fournisseurs étrangers. Les sources du journal ont en outre confirmé que les enquêteurs se sont arrêtés sur le recours de certains importateurs à des intermédiaires basés en Chine. Ces derniers mettaient à disposition les sommes nécessaires en monnaie chinoise (yuan) pour régler les fournisseurs, tandis que le paiement s'effectuait en dirhams au Maroc, au profit de ressortissants chinois installés dans le pays. Les importateurs concernés ne faisaient transiter que la moitié des montants via les canaux officiels, grâce à la présentation de factures falsifiées aux banques dépositaires des titres d'importation. Ces établissements procédaient alors aux transferts et délivraient les certificats attestant les montants officiellement envoyés, ce qui permettait aux fraudeurs de ne régler que la moitié des droits de douane. Toujours selon les mêmes sources, l'autre moitié des sommes destinées aux importations était acheminée par des circuits non officiels en Chine. Des intermédiaires y fournissaient la devise locale en contrepartie de dirhams récupérés au Maroc, avant que les fonds ne soient de nouveau transférés vers la Chine, présentés comme des bénéfices générés par des activités commerciales chinoises au Maroc et rapatriés de manière légale. Il convient de rappeler que, conformément aux dispositions de l'Instruction générale des opérations de change, les importateurs sont tenus d'obtenir un titre d'importation et de le déposer auprès de la banque chargée de toutes les démarches liées au change et aux transferts financiers vers l'étranger. Un dossier doit également être ouvert auprès de l'Office des changes, comprenant l'ensemble des documents nécessaires au contrôle. Les enquêtes en cours, précisent les sources de Hespress, concernent plus de vingt importateurs soupçonnés d'avoir eu recours à des procédés frauduleux afin d'échapper au paiement des droits de douane. Les premières estimations font état d'un montant d'au moins 870 millions de dirhams (87 milliards de centimes) utilisé pour le règlement de marchandises non déclarées, grâce à des factures falsifiées et à la minoration des montants présentés aux banques. Ces pratiques ont permis aux importateurs incriminés de réduire leurs droits de douane et de réaliser des marges bénéficiaires considérables. Dans le cadre de ces investigations, la brigade nationale des douanes a coordonné ses efforts avec les services centraux de contrôle, afin d'entrer en contact avec des institutions homologues dans les pays fournisseurs. L'objectif : collecter un maximum d'informations sur les partenaires commerciaux des importateurs marocains visés et identifier les flux financiers transférés vers des comptes bancaires à l'étranger, dans le cadre d'opérations commerciales. Pour ces démarches, les douanes se sont appuyées sur l'expertise de l'Office des changes et sur ses bases de données internationales.