Autrefois considéré comme une simple zone de transit, le Maroc s'est progressivement mué en véritable terre d'accueil pour les populations en mobilité. Ce constat a été au cœur de l'intervention du Conseil National des Droits de l'Homme (CNDH), ce mardi à Genève, lors de la réunion annuelle de l'Alliance globale des institutions nationales des droits de l'homme. À l'occasion d'une session dédiée à la protection et à l'intégration des migrants, Khalid Ramli, directeur de la coopération et des relations extérieures au CNDH, a dressé un état des lieux chiffré de la situation migratoire dans le Royaume. En 2024, le Maroc recense 148 152 ressortissants étrangers, ce qui représente 0,4 % de la démographie nationale. Cette population, majoritairement issue d'Afrique subsaharienne, cohabite avec quelque 17 786 réfugiés et demandeurs d'asile originaires de 62 pays différents. Évoquant la vulnérabilité de ces populations sur les routes migratoires, le responsable du CNDH a souligné l'urgence de la situation : « Le contexte international actuel met en évidence, de manière quotidienne, les risques élevés de violation des droits fondamentaux auxquels les migrants sont exposés tout au long de leur périple. » Face à ces mutations démographiques, les pouvoirs publics ont réagi en lançant une politique nationale d'immigration. Celle-ci s'est notamment traduite par de vastes opérations de régularisation ayant permis à plus de 50 000 migrants sans-papiers de normaliser leur situation. Cependant, le CNDH, qui suit de près le déploiement de cette stratégie nationale, estime qu'une mise à jour de l'arsenal juridique s'impose. L'institution plaide ardemment pour l'adoption de deux nouvelles lois distinctes, l'une régissant l'immigration et l'autre l'asile. L'objectif est d'aligner le droit marocain sur la Constitution et sur les engagements internationaux du Royaume, à l'image du Pacte mondial sur les migrations et de la Convention internationale sur la protection des droits des travailleurs migrants. Sur le terrain, l'action du Conseil se veut concrète. En 2024, le CNDH a traité 96 plaintes déposées par des migrants et des réfugiés, ciblant principalement des problématiques liées à l'accès aux droits socio-économiques, au droit à la santé ou encore à l'inscription sur les registres de l'état civil. « Le Conseil et ses commissions régionales ont engagé des pourparlers directs avec les autorités compétentes afin de trouver des solutions à ces cas et d'assurer le suivi des dossiers en suspens », a précisé Khalid Ramli. Enfin, l'engagement du CNDH dépasse les frontières marocaines. L'instance s'investit dans le renforcement des capacités d'autres institutions africaines similaires et a conclu un accord de coopération avec le Comité des Nations Unies pour les travailleurs migrants. Elle apporte également sa contribution régulière au rapport bisannuel du Secrétaire général de l'ONU concernant le Pacte mondial sur les migrations.