Le changement climatique n'est plus uniquement une question environnementale. C'est désormais un enjeu de santé publique majeur, aux conséquences directes sur les populations les plus vulnérables. C'est le message central porté par Victor Dzau, président de l'Académie nationale de médecine des Etats-Unis, lors de son intervention à la Science Week 2026 de l'Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), placée sous le thème des «convergences». D'emblée, l'expert insiste sur un point clé : « Le climat ne se limite pas à une problématique énergétique ou écologique. Il affecte directement la santé humaine. » Une réalité déjà mesurable, marquée par l'augmentation des décès et des souffrances liés aux événements climatiques extrêmes, à la pollution de l'air ou encore aux vagues de chaleur. Une pression croissante sur la santé publique Selon Victor Dzau, les systèmes de santé doivent désormais intégrer pleinement la dimension climatique dans leur fonctionnement. « Il ne s'agit plus seulement de réduire les émissions de carbone, mais aussi de renforcer notre capacité à anticiper, traiter et s'adapter aux impacts sanitaires du climat », explique-t-il. Cette approche implique un double effort : atténuation des causes, mais aussi adaptation des réponses. Les politiques publiques doivent ainsi évoluer pour intégrer des dispositifs de prévention, des infrastructures résilientes et des mécanismes de prise en charge adaptés aux nouveaux risques sanitaires. Au cœur de son intervention, la question des inégalités apparaît comme un facteur aggravant. Les populations à faibles revenus, que ce soit dans les pays en développement ou au sein même des économies avancées, sont les plus exposées aux effets du dérèglement climatique. « Ceux qui vivent dans des conditions précaires sont les plus vulnérables », souligne-t-il. L'absence d'accès à la climatisation en période de canicule, la fragilité des habitations face aux tempêtes ou encore l'exposition accrue des travailleurs en extérieur illustrent cette inégalité structurelle. Pour y répondre, Victor Dzau appelle à des interventions ciblées : création de centres de rafraîchissement pour les populations à risque, encadrement des conditions de travail en cas de chaleur extrême, ou encore amélioration des systèmes de protection sociale. La convergence comme levier de transformation Face à cette complexité, la réponse ne peut être sectorielle. C'est précisément là qu'intervient la notion de convergence, thème central de cette édition de la Science Week. « Il ne s'agit pas uniquement de santé. Il faut mobiliser la technologie, les sciences des données et d'autres disciplines pour construire des solutions efficaces », insiste Dzau. L'intégration de capteurs permettant de mesurer l'exposition à la chaleur chez les travailleurs ou le recours aux données pour orienter les politiques publiques illustrent cette approche multidisciplinaire. Une transformation qui suppose également une meilleure articulation entre recherche scientifique, innovation technologique et décision publique. Dans ce contexte, le Maroc est appelé à jouer un rôle actif. Pour Victor Dzau, l'enjeu est clair : « mobiliser les meilleures expertises scientifiques pour répondre à ces défis ». Cela passe par une montée en puissance des capacités de recherche, mais aussi par une traduction concrète des connaissances en politiques publiques.