Le Maroc et l'Égypte passent à la vitesse supérieure. Lundi, la capitale égyptienne a accueilli la toute première session du Comité maroco-égyptien de coordination et de suivi, marquant un tournant décisif dans les relations entre les deux puissances africaines. Coprésidée par le Chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch, et le Premier ministre égyptien, Moustafa Madbouli, cette rencontre a posé les jalons d'un partenariat stratégique ambitieux, pensé pour transformer l'amitié historique entre Rabat et Le Caire en un véritable moteur de croissance économique. Lors de son allocution d'ouverture, Aziz Akhannouch a d'emblée donné le ton : il ne s'agit plus seulement de bonnes intentions, mais d'une « intégration économique globale ». Sous l'impulsion du Roi Mohammed VI et du Président Abdel Fattah Al-Sissi, les deux nations souhaitent hisser leurs relations au rang d'un partenariat stratégique et exemplaire. Pour concrétiser cette vision « gagnant-gagnant », le Chef du gouvernement marocain a souligné l'urgence de faire exploser les compteurs commerciaux en augmentant significativement le volume des échanges. Il a également insisté sur la nécessité de briser les barrières en levant les contraintes administratives pour fluidifier la circulation des marchandises, tout en tirant pleinement parti des opportunités offertes par les accords de libre-échange régionaux et continentaux existants. L'intégration souhaitée repose sur des projets pragmatiques et de grande envergure. Aziz Akhannouch a détaillé plusieurs axes majeurs qui redessineront la coopération bilatérale, à commencer par l'établissement d'un véritable pont maritime. L'idée est de relier directement les géants portuaires que sont Tanger Med et Port-Saïd Est, ainsi que l'axe du canal de Suez, afin de créer une plateforme logistique incontournable pour propulser les exportations vers l'Afrique, l'Europe et l'Asie. Cette dynamique s'appuie également sur une alliance industrielle et d'investissement, matérialisée par la création d'une plateforme commune visant à croiser les informations, encourager les joint-ventures et capitaliser sur les atouts compétitifs de chaque pays. La révolution verte est aussi en ligne de mire, avec un partage d'expertise prévu dans les méga-projets d'énergie solaire et éolienne, et une attention toute particulière portée au développement de l'hydrogène vert. Enfin, les deux pays partent à la conquête du marché minier et africain grâce à une coordination renforcée au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pour s'imposer comme un bloc économique uni, couplée à une nouvelle coopération ciblée dans l'exploration minière. Cette volonté globale s'est d'ailleurs concrétisée le jour même par la signature de plusieurs nouveaux accords juridiques, adaptés aux mutations économiques mondiales. Si l'économie a dominé les débats, les liens culturels et diplomatiques n'ont pas été en reste. La culture demeure un pilier essentiel, garantissant l'enracinement de cette alliance dans la conscience des deux peuples. Des appels ont été lancés pour multiplier les échanges artistiques, développer les industries créatives et valoriser le riche patrimoine matériel et immatériel commun. Sur le front géopolitique, Aziz Akhannouch a tenu à rappeler une position ferme du Maroc : l'escalade militaire actuelle au Moyen-Orient ne doit en aucun cas faire oublier la centralité de la question palestinienne, véritable clé de voûte de la sécurité et de la stabilité régionale. Il a réitéré l'engagement constant du Roi Mohammed VI, en sa qualité de président du Comité Al-Qods, pour préserver le statut historique, la vocation civilisationnelle et la symbolique de la Ville sainte. Pour souligner l'importance de ce sommet, le Maroc a dépêché au Caire une délégation de premier plan, véritable task force gouvernementale. Aux côtés d'Aziz Akhannouch, on retrouvait Nasser Bourita pour les Affaires étrangères, Nadia Fettah à l'Économie et aux Finances, Nizar Baraka pour l'Équipement et l'Eau, ainsi que Ahmed Bouari à l'Agriculture. L'équipe comptait également dans ses rangs Ryad Mezzour pour l'Industrie et le Commerce, Mohamed Mehdi Bensaid à la Jeunesse, la Culture et la Communication, Karim Zaidan en charge de l'Investissement, et Mohamed Aït Ouali, l'Ambassadeur du Royaume en Égypte. Avec ce nouveau cap, le Maroc et l'Égypte envoient un message clair : ils sont prêts à unir leurs forces pour devenir les nouveaux pôles de compétitivité du continent africain.