Le choc lié au conflit en cours au Proche-Orient étant partiellement contenu, il est désormais question de mieux calibrer l'intervention publique. Pour des spécialistes, cela suppose d'agir à la fois sur la fiscalité, la qualité du ciblage et l'évaluation réelle des dispositifs déployés. Si les mesures déployées par l'Etat ont permis de contenir une partie du choc énergétique, les économistes estiment qu'une réponse plus fine doit être apportée. Pour Mohamed Rahj et Ahmed Bousselhami notamment, le débat ne se limite plus au maintien de quelques prix sensibles. Il porte désormais sur la qualité du ciblage, le levier fiscal et la capacité de l'action publique à se doter d'outils d'évaluation crédibles. Fiscalité : un allègement ciblé, pas une réforme de fond Premier axe avancé, la fiscalité des carburants. Rahj plaide pour un effort temporaire de l'Etat afin d'alléger la pression sur les prix. Sa proposition consiste à ramener la TVA de 10% à 7%, réduire une partie des taxes intérieures de consommation et obtenir, en parallèle, un geste des distributeurs sur leurs marges. Celles-ci tourneraient, selon lui, autour de 1 à 1,20 dirhams par litre, contre 0,40 dirham pour les détaillants. L'objectif n'est pas de revoir durablement toute l'architecture fiscale, mais d'amortir un choc conjoncturel par des mesures ciblées et provisoires. L'autre piste repose sur la révision des mécanismes de transmission des aides pour éviter les effets de rente. L'économiste estime que certains dispositifs perdent en efficacité lorsqu'ils profitent davantage à des bénéficiaires administratifs qu'aux acteurs qui supportent réellement la hausse des coûts. En filigrane, c'est toute la question du ciblage qui ressurgit. Chaîne d'approvisionnement : tarir les rentes à la source Pour sa part, Bousselhami met l'accent sur un registre plus structurel. Selon lui, l'Etat doit agir avec plus de rigueur sur la chaîne d'approvisionnement, en particulier là où la multiplication des intermédiaires contribue à entretenir les hausses. Il appelle à des «mesures de contrôle plus rigoureuses tout au long de la chaîne», estimant que le choc énergétique a surtout révélé des dysfonctionnements plus anciens dans la formation des prix. Autrement dit, contenir la crise suppose aussi d'assainir les circuits qui la propagent. Mais la recommandation la plus insistante porte sur l'évaluation. «Chaque fois que le Maroc adopte une mesure, il n'y a jamais d'études d'impact», regrette Ahmed Bousselhami. Ex ante comme ex post, les politiques de soutien devraient, selon lui, être adossées à des simulations, à des estimations sectorielles et à des indicateurs clairs. Faute de quoi le risque demeure de reconduire des dispositifs coûteux sans en mesurer pleinement l'efficacité. Au fond, les deux économistes convergent vers un même point : l'urgence impose l'action, mais seule une réponse mieux calibrée permettra d'en corriger durablement les angles morts. Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO