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Rapport de la BAD : la croissance au Maroc peine à créer des emplois
Publié dans Les ECO le 06 - 04 - 2026

Croissance à 4,4%, investissements en hausse, inflation sous contrôle. À lire le dernier rapport de la Banque africaine de développement, le Maroc serait un élève modèle. Une success-story africaine. Un pays qui, malgré les crises, continue d'avancer. Mais certains couacs font grincer cette belle mécanique. Des retards structurels que la pandémie, la sécheresse et les chocs extérieurs n'ont fait qu'aggraver. La croissance, aussi robuste soit-elle, ne crée pas encore assez d'emplois. L'investissement public, aussi massif soit-il, bute sur l'inefficience. Et la dette, même stabilisée, reste un boulet.
«Malgré les vents contraires qui soufflent actuellement à l'échelle régionale et mondiale, l'Afrique continue de faire preuve d'une résilience remarquable et conserve son statut de frontière mondiale de croissance». Telle est la principale conclusion du rapport « Performances et perspectives macroéconomiques de l'Afrique 2026 » (MEO), présenté par le Groupe de la Banque africaine de développement, lundi dernier à son siège à Abidjan.
Dans ce cadre, le Maroc affiche 4,4% de croissance. Il affiche aussi un taux de chômage des jeunes qui frôle les 40%. Ces deux réalités coexistent dans le même pays, et c'est précisément cet écart béant que la Banque africaine de développement vient de mettre sous projecteur dans ce rapport. Le diagnostic est clair : l'économie marocaine grossit, mais elle grossit sans une partie de sa jeunesse, sans ses diplômés, sans ses ruraux.
Une performance supérieure à la moyenne régionale
Le rapport souligne que l'économie marocaine a nettement accéléré en 2025. Selon les estimations de la BAD, le produit intérieur brut (PIB) réel a progressé de 4,4%, contre 3,8% en 2024. Cette performance dépasse la moyenne de l'Afrique du Nord (4,1%) et celle du continent (4,2%). Plusieurs facteurs expliquent cette embellie.
D'abord, l'agriculture a rebondi après des années de sécheresse, grâce à des précipitations plus favorables et à un programme gouvernemental de soutien au cheptel. Ensuite, le tourisme a enregistré des recettes record, profitant de la stabilité du pays et de sa notoriété croissante.
Enfin, les investissements publics dans les infrastructures de transport, les énergies renouvelables et les zones industrielles ont soutenu la construction et l'industrie manufacturière. L'inflation, quant à elle, est sous contrôle. Après un pic à 6,6% en 2022, elle est redescendue à 1,9% en 2025, grâce à la stabilisation des prix alimentaires et énergétiques, ainsi qu'à l'appréciation du dirham. Cette maîtrise des prix offre à Bank Al-Maghrib une marge de manœuvre pour soutenir l'activité, après plusieurs baisses de taux.
Des fondamentaux externes solides
Le Maroc bénéficie d'une position extérieure favorable. Le déficit du compte courant est estimé à 2,5% du PIB en 2025, un niveau maîtrisé, tandis que les réserves de change restent confortables, dépassant sept mois d'importations (moyenne pour l'Afrique du Nord). Le dirham s'est apprécié en 2025, contribuant à contenir l'inflation importée. Surtout, le Royaume attire massivement les capitaux étrangers.
Selon le rapport de la BAD, les investissements directs étrangers (IDE) ont bondi de 55,4% en 2024 pour atteindre 1,6 milliard de dollars. Cette hausse est portée par des projets dans l'immobilier (45,4% du total), le secteur manufacturier (45,2%) et l'énergie.
Le Maroc est cité en exemple dans le phénomène de «délocalisation à proximité» (near-shoring). Sa proximité avec l'Europe, ses accords de libre-échange et sa stabilité politique en font une destination privilégiée pour les investisseurs européens, chinois et du Golfe. Le rapport mentionne notamment des investissements dans la production d'ammoniac vert et de carburant synthétique, dans le cadre de la stratégie marocaine de transition énergétique.
Des finances publiques en voie d'assainissement
Sur le plan budgétaire, le Maroc poursuit sa consolidation. Le déficit budgétaire est estimé à 3,1% du PIB en 2025, un niveau nettement inférieur à la moyenne nord-africaine (8,5%). Cette performance résulte d'une meilleure mobilisation des recettes fiscales et d'une rationalisation des dépenses, notamment des subventions. La dette publique, bien que toujours supérieure à 60% du PIB, est en voie de stabilisation, grâce à une croissance soutenue et à une gestion prudente.
Cependant, des défis subsistent. Le rapport souligne que la croissance reste insuffisante pour créer des emplois en nombre suffisant, en particulier pour les jeunes diplômés et les femmes. Le taux de chômage, bien qu'en baisse, demeure élevé. Les réformes du marché du travail, le soutien aux PME et l'amélioration du climat des affaires sont des chantiers prioritaires pour transformer la croissance en prospérité partagée.
Par ailleurs, le Maroc reste dépendant des importations énergétiques et alimentaires, ce qui l'expose aux chocs de prix mondiaux. Les progrès dans les énergies renouvelables et l'hydrogène vert réduisent progressivement cette vulnérabilité, mais des efforts supplémentaires sont nécessaires.
Croissance, inflation et défis continentaux communs
Selon le rapport MEO de la BAD, la croissance africaine a atteint 4,2% en 2025, contre 3,5% en 2024, et devrait se stabiliser à 4,3% en 2026 puis 4,5% en 2027. L'Afrique de l'Est reste la région la plus dynamique (6,4%), suivie de l'Ouest (4,7%), du Nord (4,1%), du Centre (3,9%) et de l'Australe (2,0%). Douze des vingt économies mondiales à la croissance la plus rapide sont africaines.
L'inflation moyenne continentale a reculé à 13,6% en 2025, contre 21,8% en 2024, et devrait passer sous la barre des 10% en 2026 (9,5%), puis 8,6% en 2027. Toutefois, des disparités subsistent. Une douzaine de pays (Angola, Ethiopie, Nigeria, Soudan, Zimbabwe, etc.) connaissent encore une inflation à deux chiffres, alimentée par les dévaluations monétaires, les chocs climatiques et les conflits. Les déficits budgétaires se sont creusés à 5,1% du PIB en 2025, en raison de la hausse des paiements d'intérêts et de la faiblesse des recettes. Ils devraient se réduire progressivement à 4,8% en 2026 et 4,4% en 2027, grâce aux efforts d'assainissement.
La dette publique totale, après avoir culminé à près de 64% du PIB en 2023-24, est attendue en baisse à 62% en 2025 et 61,4% en 2026. Mais le service de la dette mobilise une part croissante des recettes, au détriment des dépenses sociales. Enfin, les flux d'IDE vers l'Afrique ont bondi de 75% en 2024, atteignant 97 milliards de dollars, portés par l'Egypte (projet Ras El-Hekma). Hors Egypte, la hausse reste de 10%, avec des progressions notables en Zambie, Guinée et Maroc. Les envois de fonds des diasporas ont également rebondi de 14% à 104,6 milliards de dollars, confirmant leur rôle de première source de financement extérieur non générateur de dette.
Hatim Khelladi / Les Inspirations ECO


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