Le ministère de la Santé et de la Protection sociale parachève la réhabilitation de 1.400 établissements de soins primaires, un chantier titanesque mobilisant 6,43 milliards de dirhams. Cette mise à niveau structurelle vise à garantir un accès équitable aux soins pour 20 millions de citoyens à travers les douze régions du pays. Entre digitalisation, télémédecine et maintenance, l'enjeu final est l'intégration de ces structures dans le circuit de l'AMO pour désengorger durablement les urgences hospitalières. Le ministère de la Santé et de la Protection sociale vient d'acter la fin du programme de réhabilitation de 1.400 établissements de soins de santé primaires. Ce chantier, dont l'exécution s'est étalée sur plusieurs phases, constitue une brique opérationnelle du projet plus large de réforme du système de santé national. En mobilisant une enveloppe budgétaire de 6,43 milliards de dirhams, le ministère entend transformer ces structures en véritables points d'entrée du parcours de soins pour environ 20 millions de citoyens. Cette mise à niveau, répartie sur les douze régions du Royaume, tente de répondre aux exigences de la Loi-cadre 06-22 en matière d'accès aux services de base. Au-delà du bâti, cette étape marque une volonté de normaliser les standards d'accueil et de prise en charge dans des zones où le déficit d'infrastructure pesait lourdement sur les indicateurs de santé publique. Une répartition budgétaire calquée sur les besoins des territoires La répartition budgétaire traduit un effort de rattrapage ciblé sur les régions à forte densité ou à large périmètre rural. L'investissement total de 6,43 MMDH s'est ventilé de manière hétérogène pour coller aux réalités du terrain. La région de Fès-Meknès concentre la part la plus importante avec 1,024 MMDH pour 229 centres, suivie de Souss-Massa qui a bénéficié de 811 MDH pour 183 établissements. À l'Est, l'Oriental a vu 164 de ses structures rénovées avec un budget de 723 MDH. Dans le centre, les régions de Marrakech-Safi et de Béni Mellal – Khénifra ont reçu respectivement 664 et 667 MDH pour couvrir environ 140 unités chacune. Le littoral n'est pas en reste, puisque Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra totalisent ensemble près de 919 MDH d'investissements. Dans les provinces du Sud, l'effort s'est traduit par la mise à niveau de 119 centres à Guelmim-Oued Noun pour 591 MDH, de 31 unités à Laâyoune-Sakia El Hamra pour 139 MDH et de 8 établissements à Dakhla-Oued Ed-Dahab pour 38 MDH. Enfin, la zone de Drâa-Tafilalet a vu 56 structures réhabilitées grâce à une enveloppe de 276 MDH. Ces montants ont servi à la fois à la reprise des structures de génie civil et à l'acquisition de dispositifs médicaux plus modernes. L'homogénéité des équipements entre les centres urbains et ruraux est l'un des paramètres suivis pour limiter les déplacements inutiles des patients vers les grandes agglomérations déjà saturées. Digitalisation et gestion des flux : les nouveaux leviers de l'offre de soins Le volet immatériel de cette réforme repose sur une transition numérique visant à rationaliser le fonctionnement quotidien des centres. L'introduction d'un système d'information intégré est présentée comme le levier nécessaire pour désengorger les hôpitaux de référence. Si le déploiement du dossier médical électronique tient ses promesses, il devrait faciliter le suivi continu des patients et éviter la redondance des actes médicaux. Sur le plan clinique, la réhabilitation a mis l'accent sur les programmes prioritaires comme le suivi des grossesses, la santé infantile et la gestion des maladies chroniques. Le diabète et l'hypertension, qui saturent les consultations de base, disposent désormais de plateaux techniques plus adaptés à la médecine préventive. Le programme a également intégré des critères de mise à niveau de la santé scolaire, ciblant les jeunes et les adolescents dans les établissements de proximité. La réussite de cette intégration dépendra toutefois de la capacité des cadres de santé à s'approprier ces nouveaux outils. La standardisation des processus de soin, tout en respectant les particularités territoriales, cherche à instaurer une forme de prévisibilité dans la qualité du service rendu au citoyen, quel que soit son lieu de résidence. Maintenance et télémédecine : les conditions de la pérennité du projet Une fois la phase de réhabilitation terminée, la question de la durabilité des infrastructures devient le sujet central. Le ministère prévoit la mise en œuvre de protocoles de maintenance préventive pour protéger le capital investi et éviter une dégradation rapide du matériel et des locaux. Un autre axe de développement réside dans la télémédecine, dont le déploiement est envisagé pour compenser les déserts médicaux dans les zones les plus isolées. Cette solution technologique doit permettre aux médecins généralistes des zones rurales de solliciter des expertises spécialisées à distance, optimisant ainsi le temps médical disponible à l'échelle nationale. Le plan prévoit également une formation continue pour les ressources humaines afin de stabiliser les compétences sur l'ensemble du réseau réhabilité. La suite du programme devra inclure la construction de nouveaux centres dans les zones de croissance démographique qui ne sont pas encore couvertes par le maillage actuel. L'enjeu final est l'intégration complète de ces 1.400 établissements dans le circuit de l'Assurance maladie obligatoire (AMO), permettant une prise en charge coordonnée et une meilleure maîtrise des dépenses de santé pour l'Etat. L'efficacité de ce dispositif sera évaluée à l'aune de sa capacité à réduire réellement la pression sur les urgences hospitalières et à améliorer les indicateurs de santé maternelle et infantile. Ce basculement vers une gestion plus axée sur le premier recours nécessite une adhésion forte des usagers, qui doivent réapprendre à considérer le centre de santé local comme leur interlocuteur médical de référence. Abdelhafid Marzak / Les Inspirations ECO