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Brexit : Le spectre du "no-deal" qui hante l'économie marocaine
Publié dans Hespress le 19 - 04 - 2019

97 millions de dollars, c'est le montant des pertes que pourrait subir le Maroc suite à un scénario où le « no-deal » (non-accord) l'emporterait dans le dossier du Brexit, qui déstabilise toute l'économie du Royaume-Uni et de l'Europe. toutefois, les experts consultés par Hespress Fr se veulent rassurants et relativisent sur ces « pertes probables ».
Les répercussions d'une mauvaise négociation du Brexit pourraient bien impacter négativement l'économie de plusieurs pays émergents avec qui le Royaume-Uni traite dans différents domaines. Le Maroc pourrait ainsi perdre jusqu'à 11 % du volume de ses exportations vers le Royaume-Uni, selon les données du rapport de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (UNCTAD), dans le cas où un désaccord est conclu.
Le royaume n'est d'ailleurs pas le seul pays de la région à pouvoir subir les effets de la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union Européenne, puisque la liste des pays émergents perdants comprend la Tunisie, l'Egypte, le Ghana et le Mozambique. Les exportations de ces pays subiront ainsi des pertes de 97 millions de dollars pour le Maroc, 91 millions pour le Ghana, 49 millions pour la Tunisie, 41 millions pour l'Egypte, et 33 millions pour le Mozambique.
Toutefois, il n'y a pas que des perdants dans cette histoire, dans le dénouement potentiel est encore loin de voir le jour, puisque le rapport indique que d'autres pays du continent africain connaitront un essor dû au Brexit. Ainsi l'Afrique du Sud, la République Maurice, le Botswana, la République des Seychelles et la Namibie verraient leurs exportations avec le Royaume-Uni « exploser » en termes de montant et de volume des transactions.
Les deux extrêmes du no-deal pour le continent africain s'avèrent être le Maroc et l'Afrique du Sud, évidemment, dans le cas où le Brexit est conclu sans une révision des accords bilatéraux de commerce avec les pays en développement avec lesquels le Royaume-Uni traite. Cela résulterait dans une augmentation plus que « ressentie » pour ces économies émergentes pour ce qui est des tarifs douaniers. Cette situation résulterait directement dans une baisse de la demande et des exportations pour ces pays, dont certains bénéficient d'avantages à l'export avec le Royaume-Uni. La révision du régime commercial du pays devrait, certes, relancer la machine économique en boostant la production locale, notamment en mettant un terme aux dispositions économiques avantageuses pour certains pays où le Royaume-Uni n'a pas d'intérêts commerciaux, mais cela risque de chambouler l'économie des pays émergents et de l'Union Européenne dans sa totalité.
Thomas Reilly « rassure » l'économie africaine
Le Brexit devrait être vu comme une opportunité pour les économies en voie de développement, et non pas une menace. Pour Thomas Reilly, ambassadeur du Royaume-Uni au Maroc et en Mauritanie, les économies en développement devraient saisir le moment pour négocier et renégocier des accords économiques avec le Royaume-Uni, afin d'anticiper toutes les répercussions possibles du dossier du Brexit.
Dans ce sens, l'ambassadeur a indiqué, à l'occasion de la 4e édition du Morocco Capital Market Days, qui s'est tenu du 15 au 16 avril à Londres, que les entreprises britanniques devraient faire de même que leurs consœurs africaines, et investir sur le continent. Reilly a ainsi déclaré que « si le Brexit devait aboutir, les entreprises britanniques devraient absolument être plus confiantes et aller saisir les opportunités présentes dans les marchés où elles n'ont pas encore suffisamment investi, le Maroc inclus », ce qui témoigne indéniablement du potentiel économique du royaume. Il est à noter que le Maroc dispose de la deuxième bourse la plus imposante du continent africain, ce qui est en lui-même un argument de taille pour les entreprises du Royaume-Uni, qui souhaiteraient investir au sein du pays.
Le Maroc n'a pas « beaucoup » à perdre
L'effet du Brexit ne devrait pas inquiéter le royaume, dans la mesure où de nouveaux accords avec le Royaume-Uni vont remplacer les anciens qui comprenaient l'Union Européenne. Il faut savoir que le commerce extérieur du Maroc, notamment l'import et l'export, s'établit à 420 milliards de dirhams, ce qui veut dire que le Brexit ne peut pas avoir des répercussions négatives deux fois de plus que ce montant. Contacté par Hespress FR, Abashi Shamamba, économiste spécialisé en géopolitique, nous a expliqué que l'accord de libre-échange qui lie le Maroc à l'Union Européenne sera le premier à être renégocié dans un scénario de no-deal. Cela est logique, dans la mesure où le Royaume-Uni va couper le cordon avec l'Union Européenne, ce qui fait que les avantages économiques qui existaient jusque-là n'ont plus lieu d'êtres, sauf si le gouvernement britannique en décide autrement.
Cela veut dire que les produits marocains devront subir les impositions britanniques à l'export, alors que les importations du Royaume-Uni vers le Maroc subiront des droits de douane assez élevés, ce qui est une situation désavantageuse pour les deux parties. En effet, il faut savoir que le Royaume-Uni est la deuxième destination des exportations du textile marocain actuellement. Dans le cas du no-deal et des impositions douanières pénalisantes, le marché marocain va perdre des parts de marché importantes face à ses concurrents, notamment la Turquie, le Bangladesh, l'Inde et le Vietnam. Cela va impacter négativement un secteur qui emploie plus de 400.000 personnes, mais qui génère surtout entre 30 et 40 milliards de dirhams d'exportations.
Il y a tout à gagner dans la conclusion de nouveaux accords entre le Maroc et le Royaume-Uni, dans la mesure où celui-ci est le 3e investisseur étranger du royaume, après la France et les Emirats Arabes Unis. Les investissements directs étrangers (IDE) devraient donc connaitre des arrangements entre les deux pays, afin de maintenir l'équilibre économique entre le Maroc et le Royaume-Uni.
Par ailleurs, Shamamba nous a indiqué que l'accord de l'Open Sky devra être revu, dans le cas où le Royaume-Uni sort de l'Union Européenne. Il est à noter que cet accord à contribuer à la relance du tourisme anglais à destination du Maroc, notamment Marrakech et Tanger, du fait qu'il permet de desservir les destinations aériennes de l'Union Européenne, et de fait, le Royaume-Uni à destination du Maroc. Dans le cas du no-deal, celui-ci devra être renégocié de façon à exclure le Royaume-Uni de la liste des pays qu'il inclut, et donc contribuera à une perte du tourisme anglais vers le Maroc.
Ainsi, Shamamba nous a indiqué que le Maroc n'a rien à craindre, dans la mesure où, même s'il y'a des pertes, cela ne peut pas vraiment impacter négativement l'ensemble de l'économie nationale, puisque de nouveaux accords remplaceront les anciens.


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