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Virée dans le monde clos de l'industrie du sexe
Publié dans La Gazette du Maroc le 08 - 01 - 2007

En dehors des circuits connus de tous, les femmes qui louent les trottoirs, les petits hôtels de passe et les autres solutions pour mâles en mal de plaisir, les affaires de la prostitution se font dans la discrétion la plus absolue. Aujourd'hui, le commerce du sexe, l'industrie du plaisir, prend des formes très modernes, parfois même Hi-Tech. Nous sommes aujourd'hui face à des réseaux hautement sophistiqués où les prostituées sont des brochures de mode, la clientèle, très jet set, est triée sur le volet et les cachets mirobolants. Voyage au cœur d'un monde feutré où le sexe rime avec luxe.
Nous sommes quelque part entre la colline d'Anfa et Aïn Diab, une villa cossue, un quartier discret, bordé d'arbres, très éloigné de la cohue de la corniche et de la circulation des grandes artères. Ici, nous sommes très vite plongés dans une atmosphère de paix, de sérénité, de calme absolu où pas une mouche n'ose s'aventurer pour perturber le recueillement qui règne dans le coin. Quand Hayat a débuté en tant que “pute professionnelle”, elle n'avait que 19 ans. Elle avait tourné le dos aux études et avait décidé de partir en Suisse pour passer quelque temps chez une cousine qui avait “un carnet d'adresses top où j'ai eu la possibilité de rencontrer des gens très connus”. Hayat a aujourd'hui 25 ans qu'elle ne fait pas, roule en 4x4 et s'habille chez Kenzo parce qu'elle aime et c'est ce “qui est le plus proche de son caractère”. Ce que Hayat ne dit pas encore c'est qu'elle se prend réellement pour une Geisha de haut vol qui assume son rang et revendique son statut de prostituée de luxe. Hayat se souvient de son retour à Casablanca après six mois en Suisse chez sa cousine où elle s'est fait une somme rondelette “juste quelques rendez-vous”. Elle raconte la joie de la famille qui est “aisée sans trop de faste et qui n'a pas besoin de mon argent pour vivre très bien”. Pourtant, la mère avait pris sa fille dans ses bras, lui avait témoigné toute sa fierté en lui disant qu'elle était aujourd'hui capable de s'assumer toute seule, qu'elle était en bonne santé et “respirait la fraîcheur”. Hayat se souvient aussi de ce séjour en terre helvète où l'argent et les invitations avaient coulé avec le champagne, les belles robes, les strasses et les paillettes à bord d'un bateau sur le lac de Genève. “J'ai eu en tout cinq rendez-vous en six mois. J'ai été invitée partout, j'ai voyagé en Hollande, en France en descendant dans les meilleurs hôtels, m'habillant dans des maisons de couturiers, avec chauffeur et tout et tout”. Hayat ne dira jamais combien lui avaient rapporté les cinq sorties, mais à en croire son sourire et son visage radieux, on pouvait deviner que ce devait être bien rond et douillet.
Partouzes humaines
Depuis son initiation par sa cousine qui est une Madame Claude tout ce qu'il y a de plus organisée, Hayat fait partie de tous les voyages de sa tutrice qui veille sur son argent, son avenir et choisit pour elle les clients à se faire. “Je lui fais entière confiance. Je lui dois tout ce que j'ai aujourd'hui, elle est non seulement une cousine, mais la meilleure amie de ma vie”. Hayat commence son récit par une semaine passée à Malte dans une villa “sublime” où la cousine avait organisé une véritable orgie digne des plus grandes bacchanales du corps sous le règne de Caligula. “Nous avons été plusieurs filles à participer à ce voyage. Ma cousine m'avait dit qu'il y aurait trois autres Marocaines qui arriveraient de Casablanca, une Italienne, et deux Libanaises. Nous nous sommes toutes retrouvées là-bas deux jours avant l'arrivée de tous les invités de ma cousine qui devaient passer avec nous une semaine”.
La cousine est une véritable patronne, une big boss qui sait gérer ses affaires. Elle a un carnet d'adresses fourni où les noms de célébrités le disputent à des hommes d'affaires influents. Elle passe quelques coups de fil, prend des rendez-vous, informe les clients de qui sera du voyage et leur propose un pays, une ville et une date. Au bout de quelque temps, les propositions arrivent, la cousine établit son agenda en fonction des désirs des clients et entame les préparatifs du voyage orgiaque. “Quand les hommes sont arrivés, ils étaient huit qui se connaissaient presque ou du moins avaient des relations de travail et l'habitude de voyager en groupes un peu partout comme en Thaïlande, au Brésil ou à Cuba…”. Ce qui est le plus important dans ces affaires, c'est que la cousine doit d'abord veiller à la discrétion de ses clients qui refusent de rencontrer n'importe qui. Le choix de la liste répond alors à des consignes strictes pour ne jamais mélanger les serviettes et les torchons, ni les lions et les cochons. Chacun connaît d'avance avec qui il sera amené à passer une semaine, quelles sont les filles qui vont venir et bien entendu “la nationalité de la fille choisie”. Dans cette usine à fantasmes, le client passe avant tout et ses désirs sont des ordres.
Jamais deux fois le même endroit
“Une règle à suivre est de ne jamais dépasser une semaine dans une maison et de ne jamais revenir deux fois dans le même endroit. Nous avons été trois fois à Malte et trois fois à Chypre, mais à chaque fois, nous avons été dans des régions différentes pour ne jamais attirer les regards curieux. Vous savez ce que c'est, les gens parlent souvent et ce n'est pas bon pour les clients qui exigent avant tout autre chose la discrétion”. Hayat revient sur son salaire viré sur son compte suisse où elle laisse la cousine gérer tous les bénéfices de son travail. Pour la semaine maltaise, Hayat a obtenu 100.000 dirhams net sans parler des cadeaux, des sorties, des petits extra dont on ne parle pas. “Non, on fait trois ou quatre voyages par an et le reste du temps, je rentre au Maroc pour voir ma famille sinon, on voyage à Paris pour faire des emplettes et déstresser un peu”. Au Maroc, Hayat a déjà travaillé dans quatre grandes villes du pays : Casablanca évidemment, Marrakech, Tanger et Ifrane.
“Cette fois, toutes les filles étaient Marocaines d'ici et de l'étranger. Nous étions neuf filles pour 12 clients qui étaient presque tous des amis et venaient souvent au Maroc pour le soleil et les filles. Ma cousine avait trouvé une superbe maison à Ifrane, il faisait très beau.”
Pour ce voyage, la cousine avait invité le gratin des affaires en Suisse qui ont payé le prix fort pour passer du bon temps dans l'Atlas, entourés de naïades fraîches. La patronne touche d'avance, loue une belle villa de préférence ou un Ryad, se charge du ravitaillement, réserve dans les restaurants ou alors s'occupe du buffet et des goûts de chaque client. Le vin est acheminé de France ainsi que le Champagne qui sortent des meilleures réserves où le bon cru coule à flots sur les lèvres du temps. Tout est pris en charge, le client arrive au Maroc, prêt à jouir de son argent et ne s'occupe de rien du tout.
Les voitures sont déjà disponibles, les chauffeurs sont connus et souvent arrivent de l'étranger pour ne pas laisser de trace dans le pays d'accueil. Bref, la semaine coule selon un programme établi d'avance comme dans un circuit touristique où les vacances et les plaisirs vous sont livrés clé en mains. “Il m'arrive de revoir les mêmes clients dans d'autres pays, mais cela arrive très rarement. Ma cousine dit toujours qu'il faut surprendre le client, lui offrir de la nouveauté, des filles qu'il voit pour la première fois”.
Dans ce genre de rencontres autour des plaisirs de la chair, les à-côtés comptent autant sinon plus que l'essentiel. Les filles qui sont toutes rôdées et “éduquées” par la cousine doivent certes obéir à un suivi médical très pointu. “Je vois le médecin avant et après chaque voyage. Je fais mes tests de sida et autres maladies, régulièrement. Dans ce genre de métier, la santé physique est d'abord le plus important”.
Haute technologie
Hayat dépense une fortune dans les soins médicaux, les cosmétiques, les thalasso, les massages, le sport… Elle dit suivre un régime alimentaire très régulier, ne pas se laisser aller et surtout elle ne se risque jamais à fréquenter des gens pas “cleans”. Les clients font confiance au sérieux de la patronne qui ne leur offre que le meilleur du marché et tient des dossiers médicaux à jour sur toutes les filles qui travaillent pour elle et qu'elle peut montrer au besoin.
La maison louée se doit de répondre aussi à certains critères.
Elle doit être très spacieuse, avec des chambres qui ne communiquent pas, une très bonne décoration, des objets de luxe, un beau mobilier, bref du bon goût pour servir les clients.
“Il y a tout dans les maisons, les serveurs, les femmes de ménage, les chauffeurs, de très bons cuisiniers, des télévisions partout et dans toutes les chambres, des chaînes de musique et des chaînes X pour tous, des cassettes et des CD pour assurer l'ambiance”.
Hayat se dit très heureuse de pouvoir ainsi vivre sa vie, travailler “dignement”, savoir se faire respecter et surtout “assurer son avenir”. Elle dit aussi ne pas avoir besoin pour le moment d'un mari puisqu'elle ne considère pas ce qu'elle fait comme de la prostitution, mais “comme des expériences de la vie où je rencontre des hommes qui me plaisent avec qui je passe de bons moments.
Si je trouve chaussure à mon pied, je fonce. Pour le moment je le vis très bien et je ne pense pas à autre chose.
Je sais que dans cinq ou six ans, je vais arrêter, mais pour le moment, je m'éclate, je voyage, je profite de la vie quoi !”


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