Désormais, le seul mot d'ordre qui vaille au sein du parti socialiste est celui d'urgence ! Et ils sont plus d'une centaine de cadres, militants de la base à le crier haut et fort et le mentionner noir sur blanc. L'urgence a un nom, appelle pour une refondation radicale de l'USFP. 'USFP de Mohamed Elyazghi vit mal sa défaite électorale, ses militants comptent faire du malaise, qui lui a coûté la cinquième place sur l'échiquier politique national, le commencement d'une remise en question permanente. Objectif déclaré : la rénovation du parti et la refondation de la gauche. Rénovation : le mot est craché et il n'est pas loin d'en cacher un autre. Celui d'une auto critique aux allures d'une reconstruction, dans la pure tradition des héritiers de Mehdi Ben Barka. Débat La participation au gouvernement serait-elle le dénominateur commun des prises de positions ? On n'en est plus là. C'est la quintessence même du parti qui interpelle ses militants et ses cadres. Le parti de gauche qu'a toujours été l'USFP, est sévèrement mis en équation. L'appel pour la refondation de l'USFP, est selon ses signataires «une initiative complètement indépendante». Et donc, non dictée par un quelconque calcul tactique, si l'on croit les pétitionnaires. Ceux-là même qui sont intimement conscients qu'elle est de nature à «gêner terriblement les responsables». Et pour cause, «comme toute initiative qui rompt avec le conservatisme ambiant» L'initiative a déjà marqué des points, et bousculé des traditions devenues depuis belle lurette un mode de vie et d'action internes. D'abord, les séances de travail, de discussion et de mise en œuvre, se sont déroulées «et succédées à un rythme intense au siège du parti». Ce qui est en soi un signe d'ouverture et de tolérance. Qui plus est procède d'un esprit de travail interne, car c'est de l'intérieur du parti que la démarche a été décidée. Pour donner tout son ton à cette remarque, il faut remonter un peu dans le temps?: Mohamed Sassi et ses amis ont déjà essayé, vainement soit dit en passant, de faire la même chose. On connaît la suite. Pour ce membre du Conseil national, on donne, ainsi, «un sens positif à une déclaration antérieure du premier secrétaire : la planète de l'USFP est assez large pour tous». Secundo, la lettre-appel a été publiée par la presse du parti, chose inconcevable dans une autre époque. On ne manque pas de sceptiques qui y voient une astuce habile de la part des vétérans pour contourner son caractère irrévérencieux. D'autant plus que ce sont les mêmes vétérans de la direction qui sont cloués au pilori par l'appel. Par ailleurs, les signataires ont déjà remporté une manche, si bien que les critiques ont porté sur «le mode de gouvernance du parti». Le patron de la presse ittihadie, faut-il le rappeler est lui-même le chef du parti ! Courant Ce n'est pas un courant, encore moins un groupe homogène, insistent les auteurs. On y trouve, entre autres des jeunes loups qui n'ont pas froid aux yeux, tels Soufiane Khayrat et Hassan Tariq, tous deux anciens secrétaire généraux de la Chabiba du parti des vieux routiers à l'image de Habib Cherkaoui et Mohamed Lahbabi, qui ont explicitement sommé la direction de démissionner, Larbi Jaidi, économiste de renom et partisan d'un ressourcement à gauche ou encore M'hamed Amer et Mohamed benabdelkader, tous deux lieutenants de Mohamed Elyazghi… Les frondeurs de la gestion interne des affaires du parti, se définissent, au contraire, comme étant les initiateurs «d'une plate forme minimum de convergence» selon les termes de Ali Bouabid. Egalement animateur de la fondation qui porte le nom de son défunt géniteur et père fondateur, et non moins figure charismatique de la gauche marocaine, Ali Bouabid est conscient que l'adhésion de certains signataires, par qui un certain mal est arrivé, sont davantage signe de suspicion que d'unanimité sur le diagnostic, tempère et appelle à l'essentiel «Il nous faut savoir et apprendre à converger sur l'essentiel, les masques tomberont au fur et à mesure que le travail collectif avancera», lit-on dans une mise en situation adressée par le fougueux Ali Bouabid. Le doute est pourtant là : certains militants et cadres poussent la méfiance un peu loin. On cherche la main invisible de la direction. Que nenni, rétorquent les autres : le seul souci reste l'ouverture d'un débat. Surtout que le Conseil national, la plus haute instance du parti n'autorise plus ce genre d'exercice, vu le nombre pléthorique de ses membres. L'actuelle effervescence ne fait pas seulement écho à une prestation «pâle» lors des législatives, mais aussi à un besoin vital d'une révision de fond en comble du positionnement politique du parti. Outre les griefs retenus contre la direction, la plate forme des contestataires met également l'accent sur «la fin d'une époque politique marquée par un consensus flou et amorphe». D'où la nécessité de refonder le parti «pour le bien de la démocratie».