Le sommet UE-Afrique qui se tient dans l'enceinte de la Feira Internacional de Lisboa (FIL) du 7 au 9 décembre 2007, marque une nouvelle page dans les relations Nord/Sud. C'est le rendez-vous historique pour poser de nouveaux paradigmes de relation et de coopérations entre les deux pôles stratégiques. D'abord, ce qui a changé depuis le sommet du Caire en 2000. La création des institutions panafricaines comme le NEPAD, suivi par l'Union Africaine a permis d'entamer un dialogue profond et direct et surtout permanent au niveau continental entre l'Europe et l'Afrique. C'est le premier acquis sur lequel tablent les Africains pour imposer leurs points de vue face aux Européens. C'est ce qui explique, vu l'actualité, que certains thèmes ont pris les devants de la scène. Il s'agit de celui des migrations et de l'environnement. Selon plusieurs intervenants, dont le Président du Sommet Luis Amado, ministre des Affaires étrangères du Portugal, qui préside aussi l'Europe jusqu'au 31 décembre 2007, d'autres thèmes sont à l'ordre du jour. Il y a le souci de ce que Africains et Européens ont convenu de nommer?: «vision partagée». C'est là, un des cinq chapitres des négociations, qui vise à poser sur la table des discussions, le cadre politique général qui définit les relations Afrique-UE. Dans les coulisses et avant le démarrage du Sommet, ce 7 décembre, plusieurs questions sont posées auxquelles il faudra trouver des réponses à l'issue des discussions multilatérales : «Pourquoi a-t-on besoin d'une nouvelle stratégie qui va s'ajouter à toutes les politiques déjà en?? Quelles sont les ambitions de cette nouvelle stratégie?? Quelles valeurs et principes devraient être à la base de la future stratégie conjointe ?». Voici en gros ce qui ressort d'un ordre du jour très détaillé et qui porte sur des choses concrètes. Ce qui est une première dans les relations entre le Nord et le Sud. Dans ce sens, il faut jeter un œil sur les acquis mis en place. L'année 2006 a vu la naissance d'une stratégie commune. Il s'agit d'un agenda mis en place par l'UE pour l'Afrique qui a été utilisée «pour définir les domaines prioritaires pour une action conjointe». L'année 2006 a aussi vu le lancement de la Stratégie Conjointe UE-Afrique. Il est question d'un «Groupe d'Experts composé des membres de la Troïka qui a reçu le mandat de remettre en marche le travail sur le Projet de Stratégie Conjointe, avec le lancement des consultations auprès de la société civile et des autres acteurs. L'issue de ce processus est soumise à évaluation et adoption lors du deuxième Sommet UE-Afrique», souligne le Secrétaire général du Sommet. L'autre point important est celui de l'Initiative Gouvernance, lancé aussi en 2006. On a, dans ce sens, identifié les domaines prioritaires par les Etats et fourni un mécanisme d'encouragement, qui garantit l'accès à des financements additionnels aux pays ACP. Sans oublier dans la même logique, le 10éme Fonds Européen de Développement (2008-2013) pour les pays ACP. Un programme qui met en place une enveloppe incitative de 2,7 milliards, comprenant des enveloppes nationales et un fonds régional d'environ 300 millions. Le but est simple tel qu'il a été défini par les deux commissions africaine et européenne dans un document. Inutile de rappeler ici, que le Continent africain est aujourd'hui la plus importante destination des missions de maintien de la paix de l'ONU. Dans ce cadre, l'UE accepte de plus en plus sa responsabilité de participer dans telles missions. Ce qui nous ramène à la question des Fonds. Ce qu'il faut savoir, c'est que le plus gros des financements provient du Fonds européen de développement, «mais étant donné la demande croissante pour le soutien financier aux missions de maintien de la paix dirigées par les africains, le Fonds connaît de graves problèmes d'épuisement et dépend du soutien supplémentaire des Etats membres de l'UE». Voici en gros les grands axes qui font l'objet d'un Sommet historique qui ne sera qu'une pierre de plus dans l'édifice d'une réelle stratégie de coopération commune. 3questions à Luis Amado, ministre des Affaires étrangères du Portugal* «Un tournant entre l'Afrique et l'Europe» La Gazette du Maroc : Pourquoi avez-vous annoncé ce sommet de Lisbonne entre l'Afrique et l'Union Européenne comme un rendez-vous trés important dans les relations entre le Nord et le Sud ? Luis Amado : je pense que nous avons beaucoup de choses à partager et des relations profondes à mettre en place pour amorcer une nouvelle phase de nos rapports. Vous savez, je le dis souvent, il a fallu attendre sept ans, depuis le sommet du Caire pour qu'une autre rencontre soit à l'ordre du jour. Cela a nécessité des préparatifs, des pourparlers, des commissions de travail faits en amont pour faire de ce rendez-vous une date importante pour l'avenir. Aujourd'hui, nous attendons beaucoup d'une telle rencontre où de nombreux sujets seront débattus et surtout des réflexions sur l'avenir des rapports entre les acteurs africains et européens. Quelle pourrait être la nature de ces nouveaux liens à établir entre l'Afrique et l'UE ? Il faut mettre en place de nouvelles visions. En finir avec un certain paradigme et entamer une nouvelle phase de rapports entre les deux pôles. En Europe comme en Afrique, nous sommes conscients qu'il nous faut échafauder de nouvelles assises pour répondre aux nouvelles puissances émergeantes, aux polarisations multiples. Cela verse dans le sens du besoin d'alliances à la fois économiques et politiques, mais aussi culturelles et humaines. Concrètement, quel rôle peut jouer un tel sommet ? Ce Sommet est un symbole. Il vient sept ans après le premier sommet entre l'Union Européenne et l'Afrique qui a eu lieu au Caire en 2000. Sans oublier aussi les visions de Berlin. C'était le paradigme qui a perduré depuis plus d'un siècle. Aujourd'hui, Berlin est derrière nous, et nous sommes tous obligés de trouver de nouvelles formules de dialogue. L'idée est de travailler ensemble pour sortir des paradigmes qui avaient présidé aux relations entre les deux Continents, des schémas qui ont réglé nos relations durant de nombreuses années et qui ne peuvent plus fonctionner puisque c'était là un modèle un peu prisonnier de la vision coloniale et néo-coloniale. À partir de là, nous sommes convaincus que l'avenir entre nous passe par de solides assises d'un nouveau partenariat basé sur le respect mutuel, l'engagement pour des intérêts communs et équitables. Il faut aussi prendre en compte les nombreux défis à soulever ensemble. Les défis de la paix en Afrique, de la stabilité, de l'essor économique et humain, du développement, du dialogue des civilisations et d'autres sujets de grande importance. *Président du sommet de Lisbonne.