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Entretien avec le Professeur Wajih Maazouzi (*) : «La chirurgie cardiaque est une école d'humilité et d'humanité»
Publié dans La Gazette du Maroc le 18 - 04 - 2008

Le professeur Wajih Maazouzi fait un métier de cœur, plus précisément, il soigne et opère celui des autres. L'homme est passionné, et donc passionnant. Rencontre.
La Gazette du Maroc : Est-il vrai qu'il y a une augmentation notable des infarctus du myocarde au Maroc ?
Pr Wajih Maâzouzi: On pourrait répondre oui et non. Auparavant, la carte sanitaire et médicale, c'est-à-dire la carte qui permet de diagnostiquer les cas, était rudimentaire. Actuellement, il y a plusieurs centaines de cardiologues dispersés à travers le Maroc, les cas sont donc plus souvent diagnostiqués. Les cas sont connus, mais ça ne veut pas dire qu'il y a plus d'infarctus qu'avant. Ceci dit, il n'y a aucune raison pour que nous n'ayions pas autant de maladies coronaires que les pays développés. Notre nourriture est riche en lipides, donc en aliments pourvoyeurs de cholestérol. Sans oublier le stress de la vie moderne.
C'est donc lié à une évolution des modes de vie et des pratiques alimentaires ?
Exactement. Pour notre malheur, nous sommes en pleine transition épidémiologique, c'est-à-dire que nous avons à la fois les maladies du sous-développement, des maladies qui sont censées avoir disparu depuis 40 ans, comme par exemple le rhumatisme cardiaque, qui est dû à une simple angine qui n'a pas été traitée correctement par les antibiotiques. Mais nous avons déjà et en même temps, les maladies de l'opulence et de l'excès d'alimentation. C'est pour cela que nous parlons de transition épidémiologique.
Pouvez-vous nous dire quel est le nombre d'infarctus enregistré au Maroc?
Non, parce qu'aucune étude épidémiologique n'a encore été réalisée au Maroc pour donner ces chiffres. Pour cela, il faudrait que le recensement se fasse au niveau des institutions, et une fois ce recencement effectué, il faudrait encore le multiplier par 4 ou par 5 pour avoir le taux réel des infarctus au Maroc.
Au niveau de la prévention, quels conseils donneriez-vous pour éviter ces dangereuses pathologies du cœur ?
Procédons par catégories. Pour les maladies rhumatismales, il faut juste soigner l'angine. Cela permet d'échapper au rhumatisme articulaire aigu qui est le rhumatisme cardiaque. Dans le cadre d'un mariage consanguin, ne pas se marier entre cousin et cousine. Vivre dans un environnement sain, aussi bien bactériologique viral que pharmacologique ou toxique. Tout cela permet de diminuer, voir d'abolir ces maladies congénitales. Obéir à certaines règles, comme essayer de procréer jeune, aussi bien pour l'homme que pour la femme. Cela permet de diminuer considérablement le taux des maladies congénitales pour l'enfant. A partir du moment où l'homme à plus de 45 ans et la femme plus de 35 ans, toute grossesse doit être l'objet d'une déclaration de notification par l'obstétricien, car il y a un certain risque pour que l'enfant soit atteint d'une trisomie 21, ce qu'on appelle le mongolisme.
Il est important que le médecin éduque et fasse une échographie foetale dès le troisième mois pour déceler toute anomalie cardiaque. Enfin, pour prévenir les maladies coronaires (c'est-à-dire des vaisseaux qui ont vieilli avant le temps), qui est la catégorie la plus importante des pathologies, cela est tout simplement dû à notre mode de vie. Ce sont les maladies de la surconsommation. Cela est surtout dû à la sédentarité. L'un des derniers congrès internationaux qui s'est tenu au Canada, a conclu qu'à partir de 30 ans, chacun devait effectuer 10 000 pas par jour, l'équivalent de 5 kilomètres. Il y a également le tabagisme, l'excès de cholestérol dans l'alimentation. Tout le monde sait que les lipides animales, le sel et les graisses animales sont des ennemis notoires pour notre santé. Les huiles, surtout l'huile d'olive et l'huile d'Argan sont, elles, excellentes le matin.
Qu'en est-t-il de l'état de la recherche médicale au Maroc ?
La recherche n'est pas à l'état institutionnel, il y a des structures qui encouragent, mais il y a peu de suivi et peu de moyens.
Tout est prévu certes, un professeur de médecine relève du ministère de la Santé, mais il relève également du ministère de l'Enseignement Supérieur: nous devons soigner, nous devons enseigner, et nous devons chercher. Un comité interministériel de la recherche scientifique existe, il y a également l'Académie Hassan II des sciences et techniques. Quand vous déclinez au niveau des universités, prenez l'Université Mohamed V de Rabat-Souissi, vous avez une dizaine de facultés et d'institutions, et au sein de chaque faculté, vous trouvez des laboratoires et des enseignants chercheurs, et des moyens certes modestes. La recherche reste cependant le fait du bon vouloir de certains enseignants qui sont plus motivés que d'autres. Il y a une phrase, qui est de Sénèque, et que j'aime bien parce qu'elle s'applique parfaitement à la chirurgie cardiaque : «Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles qu'elles ne sont pas réalisées, c'est parce qu'elles ne sont pas réalisées qu'elles sont difficiles.»
Concrètement, cela donne quoi ?
Un jour, nous avons rêvé de faire une première transplantation de greffe cardiaque, c'était en 1995, et il n'y avait même pas le statut juridique pour cela. Il a fallu créer un cadre nouveau, avoir l'aval royal, travailler avec des équipes motivées, et finalement, nous avons réussi la première greffe du cœur au Maroc ; je dis «nous» car c'était une équipe que je dirigeais. Il faut rêver pour faire les choses. Un jour, nous avons dû faire une première technique chirurgicale, qui est une alternative à la greffe cardiaque, eh bien nous avons été le 6ème pays au monde, avant la France, à le faire. Il suffit de vouloir. Nous n'avons pas les moyens français, mais les moyens il faut les inventer, il faut les créer, il faut se les accaparer. Par exemple, un jour nous avons créé un cœur artificiel, ce cœur demandait des milliards d'investissement, alors nous avons créé la notion de laboratoire intégré et virtuel : vous prenez des professeurs de médecine de différentes spécialités, des ingénieurs, bref des gens qui ne travaillent pas au même endroit, et vous décidez que cette équipe se réunira tous les dimanches dans le local d'une école, afin de travailler ensemble : c'est comme ça que nous avons créé le premier cœur artificiel. Autre exemple : certaines machines qui servent en principe à la chirurgie cardiaque peuvent aussi servir à la recherche, donc un double emploi. Voyez, il faut juste faire preuve de créativité.
Dernière question, vous avez été le premier à avoir réalisé une greffe du cœur au Maroc, quel sentiment cela vous procure-t-il ?
Un sentiment d'enthousiasme. La greffe du cœur n'était qu'une première démonstration de ce qu'on pouvait transformer un rêve en réalité, grâce à l'union, qui fait la force : ce que ne peut pas faire un seul homme, toute une équipe peut le faire. La solidarité, la foi en un avenir commun, c'est très important en chirurgie cardiaque, c'est pour cela que l'on parle d'équipe de chirurgie cardiaque. La chirurgie cardiaque est une grande école d'humilité, on en apprend tous les jours ; c'est également une école d'humanité.
(*)Chef du service de chirurgie
cardio-vasculaire à l'hôpital Ibn Sina de Rabat.


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