« Bolt » chinois... Un robot humanoïde qui s'approche des limites de la vitesse humaine    Inondations au Maroc : Achraf Hakimi exprime son soutien aux habitants de Ksar El Kébir    Turquie : Erdogan facilite l'arrivée de N'Golo Kanté à Fenerbahçe    Chambre des représentants : Adoption du projet de loi sur la transformation de l'ONHYM en société anonyme    La Chambre des conseillers clôture la première session de l'année législative 2025-2026    Tanger-Assilah: Suspension des cours mercredi en raison des perturbations météorologiques    Le temps qu'il fera ce mercredi 4 février 2026    Soutien à la scolarisation : Plus de 27.000 enfants en situation de handicap bénéficiaires en 2025    La Chambre des représentants clôture la première session de l'année législative 2025-2026    Maroc : Le chômage des femmes en hausse, malgré les efforts d'intégration    La FRMF fait appel des sanctions de la CAF après la finale de la CAN contre le Sénégal [Officiel]    Après la Saudi Pro League, Jawad El Yamiq revient au Real Saragosse    Opération d'évacuation à Ksar El Kebir face à la montée des eaux de la rivière Loukkos    Tétouan : Evacuation des habitants des zones à risque d'inondation    Marruecos: Lluvias tormentosas, nieve y ráfagas de viento hasta el miércoles    Tétouan : Evacuation de trois quartiers menacés par les intempéries    Tetouan authorities evacuate residents ahead of expected floods    Records mondiaux du Maroc : Musique, contes, football et bijoux anciens    Ksar El Kébir : la DGSN mobilise deux unités mobiles pour approvisionner la population sinistrée    Pour élargir les perspectives de coopération... Des entretiens réunissent Ryad Mezzour et l'ambassadrice de Chine à Rabat    Ministère de la Justice : La création d'une agence nationale de gestion des avoirs saisis dans le pipe    L'ACAPS accompagne le secteur des assurances dans le renforcement de son dispositif LBC/FT    Retour des irréguliers : Nuñez attend une "amorce" de réponse d'Alger    Croissance- commerce extérieur : ce qu'il faut retenir à l'aube de 2026    Maroc : plus de 100.700 entreprises créées à fin novembre    Reconnaissance Royale. 139 cadres de la DGST décorés lors d'une cérémonie présidée par Abdellatif Hammouchi    Ligue 1: L'attaquant marocain Yassir Zabiri signe à Rennes jusqu'en 2029    Ayyoub Bouaddi, cap sur les Lions de l'Atlas et le rêve mondial    Donald Trump annonce un accord commercial avec l'Inde    Ramadan 2026 au Maroc : Début prévu le 19 février selon les astronomes    SpaceX avale xAI et propulse l'empire Musk à 1 250 milliards de dollars    Coopération navale Maroc–France : une frégate FREMM française fait escale à Tanger Ville    Le Commandant de l'US AFRICOM souligne l'excellence de la coopération militaire avec le Maroc    La Cour des comptes appelle à l'adoption d'une stratégie immobilière nationale pour attirer les investissements et les compétences    La Chine enregistre une baisse de plus de 33 % des affaires liées à la drogue en 2025    Samsung renforce son partenariat éducatif avec le Maroc    First Lego League. Cinq équipes marocaines qualifiées pour les compétitions mondiales    Trois nouvelles installations à découvrir au MACAAL    Casamémoire : un nouveau bureau et des ambitions renforcées    Fela Kuti, premier Africain honoré aux Grammy    En pleine progression, Abdellah Ouazane brille face à Willem II    Ammor : La feuille de route sur le tourisme a démontré son efficacité    Web Summit Qatar 2026 : Doha au cœur de l'innovation mondiale    Audi Maroc dévoile le nouveau Q3 et accueille l'exposition IN-Discipline Brésil    Téhéran convoque les ambassadeurs européens    Tanger : les nouveaux locaux de l'Institut français inaugurés    Culture : le Musée de la photographie passe dans le giron de la FNM    "Melania" entre en 3e place du box-office nord-américain    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Ce que j'ai appris sur…: L'écriture pour guérir de ses blessures
Publié dans La Gazette du Maroc le 25 - 04 - 2008

Avec «Une mélancolie arabe», Abdellah Taïa poursuit son autoportrait, en même temps qu'une rêverie/réflexion sur les différents chemins qu'emprunte l'amour (passionnel, filial, charnel…). Bonne nouvelle : il s'est en grande partie détaché d'un «moi» narcissique au profit d'un «je» plus universel et d'un regard rêveur et tendre sur les autres. Ce qu'on pressentait dans ses précédents ouvrages se réalise peu à peu sous nos yeux : Abdellah Taïa est en passe de devenir un grand écrivain. Il s'est prêté à ce questionnaire, avec l'humilité et la poésie qu'on lui connaît.
'écriture, pour moi, n'a aucune vertu thérapeutique. Elle ne guérit rien, absolument rien. J'ai publié cinq livres et je suis toujours comme avant, dans les mêmes névroses, les mêmes difficultés psychologiques, les mêmes blessures. Je dirais même que je suis de plus en plus «fou», «noir». Cela se voit un peu, beaucoup, dans mon nouveau roman… L'écriture, c'est la possession, les djinns, ceux de ma mère, ceux de ma soeur, ceux du Maroc. Quelque chose qui me dépasse, m'obsède. Je veux contrôler ce que j'écris, mais c'est à chaque fois la même histoire : je suis surpris par ce qui sort de moi, des choses à la fois familières et étranges. Des choses malades. Des choses de loin, très loin. Un rituel. Un peu comme ceux qu'invente ma mère. Voilà, c'est ça l'image que j'ai de l'écriture. Ma mère en train d'inventer sa propre religion, en train de chanter, de pleurer. De tomber. De se relever. De retomber. Et ainsi de suite. Je suis comme elle, possédé. Et je ne veux pas guérir.
Le rôle du cinéma dans la vie
Je vis au cinéma. La nuit, le jour, tout le temps. Pour moi, il y a d'abord et avant tout le cinéma. Les films. Ceux d'avant, d'aujourd'hui. Les images. Les stars. Isabelle Adjani. Meryl Streep. Souad Hosni. Badia Rayan. Hind Rostom. Daniel Day-Lewis. Les réalisateurs. Douglas Sirk. Rainer Werner Fassbinder. Joao Pedro Rodriguès. Patrice Chéreau. Salah Abou Seif. David Lean. Valerio Zurlini. Tsai Ming-Liang. Faouzi Bensaidi. La lumière. Le noir. Je suis un être cinématographique. Je respire grâce aux films. La littérature n'est que la suite logique, naturelle, des films. Je n'écris pas des livres. Dans ma tête, ce sont des films. Le cinéma m'a sauvé. M'a tout appris. M'a accompagné quand, au Maroc, tout m'étouffait. M'a permis d'expérimenter assez tôt la transgression, la trahison, le sexe. De côtoyer les voyous, les rejetés, les prostituées. M'a amené à la langue française, langue que je n'aimais pas, langue traître, langue des riches Marocains. Le cinéma est ma religion. Je lui serai à tout jamais fidèle.
La tolérance
(ou l'intolérance)
La tolérance : je n'aime pas ce mot. Il lui manque quelque chose, à ce mot. Il n'est pas entier, plein, affirmé. Il est fourbe, il est arrogant. La tolérance, ça vient toujours de ceux qui se considèrent comme les plus forts, ceux qui croient détenir LA Vérité (et il y en a beaucoup au Maroc). Ils acceptent les autres, les «égarés», ils les tolèrent mais, au fond, il y a quelque chose de méprisant dans leur regard pour ces gens de la marge. La tolérance ne devrait pas exister. Ce mot devrait être remplacé par un autre. Lequel ? Je propose «l'acceptation». De l'autre. Quelle que soit sa spécificité, sa différence. L'intolérance : elle est partout. Même en Europe. Elle me fait mal chaque jour. Je suis de plus en plus égocentrique. Pas égoïste, égocentrique. Pour pouvoir avancer, je me suis débarrassé il y a très longtemps du regard social qui veut me maintenir de force à ma place, parmi les pauvres, les opprimés, les sans-voix. Le regard qui tue, qui t'inculque la honte, qui te fait baisser la tête. Je vis seul. Pas coupé du monde, seul pour mieux voir le monde. Je suis dans mon chemin, vers quelque chose (le cinéma, encore une fois), et personne ne m'en détournera. Je fais ce que je veux. Je me bagarre avec ma folie. Je fuis. Je chante. Je danse. J'espère tous les jours en me réveillant à Paris, que je serais heureux (ça n'arrive presque jamais). Je suis libre, je crois, je veux l'être en tout cas. Libre des regards qui veulent ne voir en moi qu'un petit objet sexuel… Le seul regard, tendre et cruel pour moi, que je ne veux surtout pas changer, est celui de ma mère, M'Barka. Elle a tous les droits. Je l'écoute. Je ne suis pas ce qu'elle me dit. Mais son regard, sa vision des choses, son mouvement vers les autres et vers elle-même m'intéressent. Passionnément. Quant au regard de mon père, mort en mars 1996… il me fait pleurer à chaque fois que je pense à lui. C'est-à-dire tout le temps. Mon père parti trop tôt…
L'exil
Je ne suis pas en exil. Je vis à Paris, la ville où j'ai toujours rêvé d'habiter. Mais je suis toujours marocain. J'écris sur le Maroc, à partir du Maroc. Pour me révéler et révéler ce pays. Dire ses contradictions, ses prisons, ses fous, sa tendresse et sa cruauté. Ses pauvres, surtout ses pauvres… Non, je ne suis pas du tout en exil. Paris me permet d'avoir de la distance. Me donne la possibilité d'avancer libre, de tenter ma chance, de faire des erreurs sans avoir à rendre des comptes. Paris me permet d'échapper. A moi-même surtout. Je suis entre deux mondes. Plusieurs mondes en fait.
La solitude
La solitude est… douce. Même amère, elle est douce. On n'apprivoise jamais la solitude, voilà pourquoi elle nous fera toujours à la fois peur et plaisir. La solitude est là, partout, même au hammam, au souk, dans le métro. En nous. Malgré nous. La solitude est plus que nécessaire, pour écouter ses rêves, les transcrire, les développer. Pour espionner les voisins. Chercher Dieu. Aimer secrètement. S'aimer. Se regarder. Pour de vrai. Sans complaisance. Malgré les illusions.
Le rêve
Je ne rêve pas la nuit. Je ne me souviens jamais en tout cas de mes rêves. En revanche, le jour, je ne fais que ça : construire des images, construire des histoires. Autour des autres qui viennent à moi, qui entrent dans mon regard. Autour de mon corps. Autour des gens, toujours. Je ne rêve pas de paysages. De plages. De montagnes. Je rêve des gens. Avec les gens. Des hommes moustachus. Des femmes noires (les plus belles femmes sont les Noires). J'imagine leur corps nu. J'imagine leur sexe. Je les imagine en train de marcher, en train de pleurer, de manger. Je cherchais à deviner, dans les traits de leur visage, leur passé, leur avenir. Je suis devenu, avec le temps, médium. Un voyant. Et j'aime ça : plonger du matin au soir dans l'intimité des autres, les lire malgré eux. C'est un peu indiscret, mal élevé, je sais. Tant mieux.
Une mélancolie arabe
(éditions du Seuil). 80 dirhams.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.