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Quelle fiabilité pour les prévisions économiques ?
Publié dans La Gazette du Maroc le 07 - 07 - 2003


Taux de croissance
Quel crédit accorder aux prévisions économiques dans un monde complexe où les incertitudes grandissent ?
Le caractère aléatoire de ces prévisions se confirme davantage chaque jour partout dans le monde. En annonçant les siennes pour 2003, notamment un taux de croissance du PIB de 7,4 %, le CMC affiche un optimisme quelque peu excessif. Ce qui soulève des interrogations sur la fiabilité de ces pronostics.
Quel sera le taux effectif de croissance du PIB marocain en 2003 ? Depuis une année, les diverses prévisions, émanant de structures publiques ou d'organismes privés n'ont cessé de jouer au Yo-Yo. Selon les circonstances, elles ont varié entre 4,1 % et 7,4 %. Comme on le constate, l'écart est énorme, il va presque du simple au double. Ce qui ne peut manquer de jeter un doute sur la fiabilité des prévisions économiques. Quels que soient le degré de pertinence des hypothèses qui la sous-tendent et la validité des données conjoncturelles sur lesquelles elle repose, une prévision demeure toujours aléatoire. Ce sont la réalisation des hypothèses retenues et la poursuite des tendances conjoncturelles observées dans le passé récent qui valident ou non la prévision.
Lorsqu'un événement majeur vient bouleverser les hypothèses (variation du prix du pétrole, modification du taux de change, baisse de la confiance des consommateurs et des investisseurs, sécheresse…), les tendances précédentes sont automatiquement rompues et la prévision perd toute valeur. L'histoire récente nous a prouvé ce constat partout à travers le monde.
Et l'exemple américain est très instructif à cet égard. Ainsi, l'issue rapide de la guerre contre l'Irak avait laissé prévoir une relance vigoureuse de l'économie américaine et un redressement du dollar face à l'euro. C'est exactement l'inverse qui s'est produit : on a assisté à une envolée historique de la devise européenne et l'activité économique américaine n'arrive toujours pas à reprendre le chemin de la croissance.
L'exemple américain montre, s'il en était besoin, les limites des prévisions économiques malgré le perfectionnement extrême des instruments mis en œuvre et la haute précision des données utilisées pour élaborer ces prévisions. D'où les interrogations sur la fiabilité des prévisions économiques dans les pays en développement, nettement moins nantis en moyens de collecte, de dépouillement et d'analyse des informations économiques et sociales. Mais, cela ne diminue en rien l'utilité et parfois la pertinence des prévisions économiques qui ne constituent qu'un cadrage susceptible d'ajustements en cours de route en fonction de l'évolution des conditions et des principaux indicateurs économiques.
Prévisions optimistes
L'exercice auquel se livre traditionnellement le Centre marocain de conjoncture (CMC) illustre cet état de fait. Lorsqu'il a procédé aux premières prévisions de croissance de l'économie marocaine pour l'année 2003, il a reproché au ministère des Finances et de la privatisation la timidité des hypothèses retenues pour élaborer la loi de finances 2003 et le bas niveau du taux de croissance prévu (4,5 %). Il est vrai que le budget a été préparé bien avant que ne commencent à se dessiner les contours de l'année agricole. Les abondantes précipitations qui laissaient augurer une campagne céréalière supérieure aux prévisions initiales ont d'ailleurs conduit le ministère des Finances à réviser à la hausse le taux de croissance du PIB d'un point pour le porter à 5,5 %.
Mais les tensions géopolitiques autour de l'Irak puis la guerre contre ce pays vont pousser tous les conjoncturistes, qu'ils soient publics ou privés, à réviser leurs prévisions à la baisse. Le CMC lui-même ne prévoyait plus qu'une croissance à peine supérieure à 4 %, rejoignant ainsi les prévisions de la Direction de la politique économique générale (DPEG) du ministère des Finances. On craignait alors une guerre longue aux conséquences désastreuses sur l'ensemble de l'économie mondiale : flambée des prix du pétrole, effondrement du tourisme et du transport aérien, recul du commerce international,chômage, inflation…L'économie marocaine, étant relativement bien intégrée dans l'économie mondiale, était de ce fait fortement exposée aux chocs extérieurs et aurait subi de plein fouet les répercussions négatives de cette deuxième guerre contre l'Irak.
L'issue rapide du conflit et une campagne agricole qui s'annonçait prometteuse, en particulier une excellente récolte céréalière pratiquement garantie, ont à nouveau conduit à une révision des prévisions à la hausse. Le taux de croissance, chiffré par le ministère des Finances, est porté à 5,5 % - 6 %. Même les attentats meurtriers du 16 mai ne semblent pas infléchir les perspectives de croissance pour 2003.
Les pouvoirs publics continuent d'afficher le même optimisme sur la bonne tenue de l'économie nationale pour l'année en cours. Le CMC va même plus loin en annonçant, lors d'un point de presse le 24 juin dernier, un taux de croissance de 7,4 % en 2003. Un tel taux paraît surévalué compte tenu de la conjoncture tant nationale qu'internationale. Au niveau national, la production agricole qui devrait enregistrer une croissance d'environ 32 % et la forte progression du BTP (9,5 %), portée par le vaste programme des logements sociaux et l'accélération du rythme de construction des routes et autoroutes, confortent ces prévisions. Il en va de même de la consommation des ménages, principale composante de la demande globale. Elle devrait progresser de 7,6 % en termes nominaux et de 4 % en termes réels sous le triple effet de l'amélioration du revenu des populations rurales, des augmentations
de salaires de certaines catégories de fonctionnaires et du recul du chômage de 12 % en 2002 à 10,5 % en 2003.
Autre composante de la demande globale, l'investissement devrait connaître une évolution de 12 % en termes nominaux. La forte croissance du BTP et la hausse des importations des biens d'équipements par les entreprises (+12,5 % à fin avril 2003) confirment cette évolution favorable. Mais, si tout indique que ces données semblent acquises, il n'en va pas de même de certains indicateurs ou grandeurs économiques pour lesquels les prévisions semblent assez optimistes : déficit commercial, recettes-voyages et même déficit budgétaire malgré le succès de l'opération de privatisation de la Régie des tabacs.
Hypothèses peu fiables
Du côté du commerce extérieur, le CMC table sur un accroissement de 7 % des exportations contre seulement 5,6 % des importations. Ce qui devrait conduire à une légère amélioration de la balance commerciale. Or, selon les statistiques de l'Office des changes, à fin avril 2003, les exportations ont reculé de 8,7 % et les importations ont progressé de 2,3 %. On voit mal comment on pourrait renverser cette tendance en l'espace d'un semestre malgré l'effet de change favorable à certaines exportations marocaines. Une autre composante de la balance courante, les recettes-voyages, a enregistré une baisse de 1,6 % à fin avril 2003 par apport à la même période de l'année précédente. Il est vrai que la guerre contre l'Irak est passée par là.
Mais, ce qui est curieux, c'est que le CMC, dans le sillage du gouvernement, minimise l'impact du 16 mai non seulement sur le tourisme mais également sur l'ensemble de l'activité économique. Même si personne ne peut mesurer pour le moment de façon précise les effets de ces attentats meurtriers sur l'économie, ne pas tenir compte de leurs répercussions négatives fort probables sur l'évolution économique du pays au cours des six prochains mois risque de réserver des surprises désagréables.
Au niveau international, le CMC table sur une reprise de l'économie mondiale au cours du second semestre et une stabilité des prix du pétrole. Or, rien n'est moins sûr. Les perspectives d'une relance aux USA et surtout dans l'Union européenne, notre principal partenaire économique et commercial, semblent s'éloigner chaque semaine qui passe. Les conjoncturistes qui annonçaient, dans leur immense majorité, une reprise vigoureuse dans les principaux pôles économiques mondiaux sont en train de réviser leurs prévisions à la baisse. Nombreux même sont ceux qui reportent le redémarrage mondial à 2004. Ce qui se traduirait par une baisse ou du moins une stagnation de la demande étrangère adressée au Maroc.
Quant au prix du pétrole, la persistance de l'instabilité et la recrudescence des attaques contre les forces d'occupation américano-britanniques et les divers oléoducs, empêchent la reprise normale de la production et l'exportation du brut irakien. Reprise qui aurait contribué assurément à accroître l'offre sur le marché et par là stabiliser, voire même réduire le prix du pétrole. Au total, les prévisions du CMC ne sont qu'une projection à partir de données et de variables constatées au cours des derniers mois. Rien ne garantit que la même évolution se poursuive au même rythme et dans les mêmes conditions. Ce n'est pas diminuer la valeur du travail des experts du Centre, dont la compétence et l'expérience sont reconnues, que de dire qu'ils font preuve de beaucoup d'optimisme en annonçant un niveau élevé du taux de croissance en 2003. Il reste à espérer qu'ils ne se trompent pas comme cela s'est produit à plusieurs reprises au cours des années précédentes où les taux annoncés se sont avérés largement au-dessus des taux réalisés. Mais, ils ne seront pas les seuls dans cette situation. Même les organismes de prévision de renommée mondiale et les institutions économiques ou financières internationales (OCDE, Banque mondiale, FMI…), se sont souvent trompés et ont été contraints de procéder à des révisions régulières de leurs pronostics.


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