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Propagandes et islamophobie
Publié dans La Gazette du Maroc le 10 - 11 - 2003


Les thèses anti-musulmanes ne cessent de gagner
des voix en Occident.
De publications en déclarations médiatisées, c'est aujourd'hui officiellement que l'on assiste à la montée en puissance d'une islamophobie qui s'en prend à l'Islam avec beaucoup d'amalgames. Demain la banalisation… ?
Grande affiche placardée dans les kiosques à journaux de France et couverture racoleuse du Figaro Magazine de septembre 2003. Montrer un homme cagoulé, un Musulman qui s'apparenterait à n'importe quel guerrier moderne
-entendre un moujahid afghan ou palestinien, qu'importe - pour accentuer encore plus le mystère et le danger. Y associer les mots: contagion et surtout islamisme, mot qui, comme on le sait est toujours flou dans l'esprit des Occidentaux qui le prennent pour "Islam", dans le but de montrer du doigt les Français musulmans et les désigner à la vindicte publique. La contagion de l'Islamisme arrive en France… Il est dit que "Le Figaro Magazine a interrogé les meilleurs spécialistes : Olivier Roy, Frédéric Encel, André Glucksmann, Michèle Tribalat. Et leurs réponses sont toutes pessimistes". Tout le monde connaît ces soi-disant spécialistes, et à leur tête André Glucksmann, pro-sioniste notoire et anti-musulman. Ce dernier disait dernièrement, sur la question du port du voile : "le voile est une opération terroriste. En France, les lycéennes zélées savent que leur voile est taché de sang. Dans nos écoles, question d'honneur, on n'enseigne pas à des élèves en uniforme. Sauf au temps du nazisme…"
Pourtant dans quel Livre Saint peut-on lire des propos aussi terribles que : "Le chef de la femme, c'est l'homme (...) Si la femme ne porte pas le voile, qu'elle se fasse tondre (...) L'homme, lui, ne doit pas se voiler la tête : il est l'image de la gloire de Dieu ; mais la femme est la gloire de l'homme (...) Et l'homme n'a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme. Voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête la marque de sa dépendance." Cette menace faite aux femmes de mettre le voile et de se soumettre à l'homme se trouve-t-elle dans le Coran ? Non, elle a été énoncée par l'apôtre Paul dans sa première épître aux Corinthiens…
Ce n'est pas tout et la presse s'en donne à cœur-joie. Arlette Chabot qui officie sur la chaîne publique France 2, a littéralement transformé l'émission "mots croisés" du lundi 3 novembre en croisade musclée contre l'Islam, comme en témoigne le pseudo-débat autour du thème "Islam et laïcité". Selon une technique désormais éprouvée, Arlette Chabot nous a présenté un plateau d'invités censés représenter un certain équilibre idéologique, mais qui s'est avéré être en fait une véritable embuscade pour l'invité de confession musulmane, Youssef Mammeri (Elu du Conseil français du culte musulman). Condamné d'emblée à un isolement soigneusement préparé, il s'est retrouvé devant de valeureux défenseurs – au garde-à-vous - d'une laïcité menacée par l'Islam.
Le Point, fer de lance
La déclaration de Claude Imbert, fondateur et éditorialiste de l'hebdomadaire Le Point, le 24 octobre dernier, sur un plateau de télévision satellitaire, où il revendiquait son islamophobie, n'est pas seulement une preuve supplémentaire du climat de haine anti-musulman qui règne en France. Elle marque surtout une étape importante dans la banalisation du discours islamophobe. Une tentative d'imposer l'islamophobie comme un mode de pensée, comme une certaine façon de voir la société, bref comme une conviction politique qui nécessite le respect. Claude Imbert utilise donc la méthode du "Outing" pour faire la révélation de son islamophobie. En rendant la chose publique (Raciste et fier de l'être), il lève un tabou. Si le racisme de Le Pen faisait honte à une certaine France, celui de Imbert est destiné à la libérer de ses complexes et de sa culpabilité : "Il n ' y a aucune raison sous le prétexte de la tolérance de s'abaisser jusqu'à renier des convictions profondes". Claude Imbert sait qu'il n'est pas seul ("Je pense et je ne suis pas le seul dans ce pays, que l'Islam en tant que religion apporte une certaine débilité qui en effet me rend islamophobe"). Il sait donc qu'il peut compter sur la compréhension et la complaisance de ses confrères, voire de leur soutien et provoquer ainsi une série de "outing" en chaîne chez les islamophobes "honteux". Le constat est d'autant plus vif que Claude Imbert est aussi membre du Haut conseil à l'intégration, une institution officielle de la République investie du rôle de conseil auprès de l'Etat sur toutes les questions relatives aux politiques de l'intégration.
Mais faut-il être surpris : les éditoriaux publiés dans Le Point cachaient à peine son racisme anti-musulman et sa haine envers l'Islam. Ses lecteurs se rappelleront sans doute l'enthousiasme avec lequel Le Point avait accueilli la sortie du pamphlet raciste de l'Italienne Oriana Fallaci. Ainsi l'hebdomadaire de Claude Imbert, soucieux de faire plaisir à ses électeurs lepénistes, réserva, dans une édition régionale, pas moins de dix pages au livre de la "femme qui ose dire non à l'Islam". Cet essai appelé "La rage et l'orgueil", paru chez Plon en 2002, constitue à la fois le symptôme et un ferment de l'islamophobie contemporaine. Il est le premier véritable pamphlet contre l'Islam de l'après-11 septembre qui a libéré et inspiré bon nombre d'intellectuels en mal de déclarations fracassantes. Pour l'auteur, les attentats du 11 septembre ne forment qu'un épisode d'une "croisade à l'envers menée par les fils d'Allah contre l'Occident qui est pour eux un monde à conquérir. A châtier, soumettre à l'Islam". Oriana Fallaci devrait se souvenir des desseins de sa propre religion : "Le seigneur ton Dieu te livrera ces nations et jettera sur elles une grande panique jusqu'à ce qu'elles soient exterminées. Il livrera leurs rois entre tes mains, tu feras disparaître leur nom de sous le ciel, aucun ne tiendra devant toi, jusqu'à ce que tu les aies exterminés." Cet appel au génocide se dissimule-t-il dans le Coran? Non, il est extrait de l'Ancien Testament (Deutéronome 7, 23 et 24). Selon Fallaci, "les imans d'une manière ou d'une autre sont les guides spirituels du terrorisme, mais aussi les mosquées qui grouillent jusqu'à la nausée de terroristes ou aspirants terroristes, des terroristes dont les plus aguerris sont précisément chez nous". Mais au-delà de cette phalange extrémiste qui, loin d'être minoritaire, est constituée "de millions et de millions de fanatiques qui se multiplient comme les protozoaires d'une cellule qui se scinde pour devenir deux cellules puis quatre puis huit puis seize puis trente deux, à l'infini ; au -delà donc de l'iceberg, le véritable protagoniste de cette nouvelle guerre de religion, de ce jihad prôné par l'Islam, c'est peu ou prou l'ensemble des fils d'Allah, la horde qui envahit l'Europe sous couvert de migration et qui se multiplie comme des rats". La visée de ceux qui "au lieu de contribuer au progrès de l'humanité passent leur temps avec le derrière en l'air, à prier cinq fois par jour, n'est pas tant territoriale mais plutôt la conquête de nos âmes, la disparition de notre liberté et de notre civilisation, l'anéantissement de notre façon de vivre et de mourir". Il s'agit moins d'une guerre réservée aux militaires que d'une "collusion culturelle, intellectuelle, religieuse, morale, politique". Et la vérité, pour l'auteur, est que "le pire est encore à venir, car le jihad veut détruire notre culture, notre art, notre science, notre morale, nos valeurs, nos plaisirs…".
Pour Oriana Fallaci, cette fameuse "Croisade à l'envers est nourrie par la faiblesse de l'Occident", par sa "timidité", par son "bien-être", par sa "non-clairvoyance", par ses "principes d'hospitalité et ses lois complaisantes". En face, les "Croisés ont désormais conquis leurs positions et les tiennent comme leurs ancêtres tenaient l'Espagne et le Portugal du IX è au XV ème siècles. Ils sont de plus en plus, ils seront de plus en plus, ils veulent de plus en plus, ils voudront de plus en plus, et ceux qui aujourd'hui vivent sur notre territoire ne peuvent être considérés que comme des pionniers". Quant aux Européens, eux, "les braves gens ", il importe de se "réveiller, de se lever", de vouloir enfin comprendre qu'il faut se mobiliser contre "une réalité qui existe depuis mille quatre cents ans. L'heure est donc à la vigilance, à la défense de nos valeurs, de nos patries, de notre civilisation et nos modes de vie car chez nous, il n'y a pas de place pour leur religion et ses mœurs". Conclusion : "négocier avec eux est impossible. Raisonner, impensable. Les traiter avec indulgence ou tolérance ou bien espoir, un suicide. Et quiconque croit le contraire est un pauvre con ".
La duplicité de ces intellectuels n'est plus à prouver. Les mêmes qui veulent nous imposer un bouclier anti-critique au nom de la lutte légitime contre l'antisémitisme revendiquent leur racisme et leur islamophobie au nom de la laïcité et de la
liberté d'expression ! L'islamophobie est un délit non répertorié dans les manuels de droit. Les Oriana Fallaci et les Houellebecq peuvent affûter leurs provocations et cracher sur les Musulmans sans crainte. Guy Hennebelle l'assure : "L'islam en tant que tel n'est pas une religion modérée : il suffit de lire le Coran, truffé de menaces et d'imprécations en tout genre pour s'en convaincre ! (...) Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi la totalité du milliard de Musulmans croupit sous des régimes plus despotiques les uns que les autres ? Pourquoi l'islam ne parvient pas à s'arracher, malgré le pétrole et le reste, au sous-développement ?".
C'est cette duplicité qui fait en sorte que tout philosophe de renom serait dans l'impossibilité de dénoncer les impostures et les limites servant à justifier les idéologies les plus meurtrières.


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