Bahreïn réaffirme son soutien à la marocanité du Sahara    Ramadan : Le roi Mohammed VI ordonne l'ouverture des mosquées édifiées, reconstruites ou restaurées    Ramadan : Mise en service d'un numéro national pour les réclamations des consommateurs    Tourisme : Sefrou se structure enfin pour révéler son plein potentiel    Métaux précieux : Steadright Critical Minerals vise le leadership au Maroc    Animation culturelle, artistique et sportive : la SRAD lance un AMI pour constituer une liste de prestataires    La CAF renvoie le dossier des incidents du match Al Ahly–AS FAR au comité disciplinaire    Ambassade du Maroc à Paris : Atteint d'une maladie rare, le petit Nizar reçu en héros de la résilience au quotidien    Inundaciones: -10% en la producción de frutos rojos en Marruecos    La CAF remite el expediente de los incidentes del partido entre Al Ahly y AS FAR al comité disciplinario.    Morocco and Bahrain strengthen cooperation, sign new agreements in Laayoune    Bassin du Sebou : Plus de 163 % d'excédent hydrique enregistré au 14 février    Nigeria. Rendez-vous aux urnes le 20 février 2027    Le Conseil de Paix tient sa réunion inaugurale jeudi à Washington sous l'égide du président Trump    Justice : les audiences reprennent dans les tribunaux après la suspension du projet de loi n° 66.23    Liga : le Barça chute à Gérone et cède le leadership au Real Madrid    Convention-cadre portant sur la sécurité routière dans le domaine de la livraison    Marrakech : le FLAM revient pour une quatrième édition    Le centre pour migrants de Ceuta sous pression face à l'afflux massif depuis la frontière avec le Maroc    Le Pro Taghazout Bay accueillera l'élite du surf européen et africain en mars 2026    Avocats-gouvernement : l'heure de la trêve    Rabat : Rencontre avec la délégation religieuse envoyée à l'étranger pour ramadan    USA : un chargé d'affaires à Alger plutôt qu'un ambassadeur, symbole d'une méfiance persistante    AXA Assurance Maroc. Une ligne d'urgence pour l'indemnisation des clients sinistrés    Ksar El Kébir: distribution de denrées alimentaires au profit des habitants revenus chez eux    Filière agrumicole en péril. Maroc Citrus sonne l'alarme    Russie : la mère de Navalny réclame "justice" pour son fils "empoisonné"    Intempéries : poursuite du retour encadré des populations évacuées (Intérieur)    Dubaï : Une Marocaine sacrée «Arab Hope maker 2026 »    Lions de l'Atlas : Ouverture de la billetterie pour le match Maroc – Paraguay à Lens    Le Burundi prend les rênes de l'Union africaine pour 2026    Commerce Maroc–Russie : Moscou évoque l'impact des sanctions occidentales    République du Congo : Sept candidatures retenues pour la présidentielle    Mondial 2026 : l'ambassade du Maroc à Washington publie un guide pour les supporters    Match amical des Lions face au Paraguay : lancement officiel de la vente des billets    En direct : Grand Gala du Nouvel An chinois 2026    Protection sociale : l'expérience Maroc comme cas d'école au Sommet de l'UA    Sommet de l'UA: le Maroc toujours engagé pour l'action africaine commune    Bryan Adams présente « The Bare Bones Show » au Maroc    Le Canada annonce de nouvelles sanctions contre l'Iran    USA : paralysie budgétaire partielle au département de la Sécurité intérieure    Royaume-Uni: Propagation rapide de la rougeole dans plusieurs écoles de Londres    « The Bare Bones Show » : Bryan Adams attendu à Rabat et Tanger pour deux concerts acoustiques    « Philosophies d'Afrique » : Rabat accueille la 11e édition des « Rendez-vous de la philosophie »    Cambridge restitue 116 trésors du Bénin au Nigeria    Bryan Adams se produit au Maroc avec «The Bare Bones Show»    Ramadan sur Tamazight : La fiction et le documentaire s'invitent sur la chaîne amazighe    Berlinale 2026 : Le cinéma marocain sous les projecteurs à l'European Film Market    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



A Tanger, le livre se porte bien
Publié dans La Vie éco le 31 - 01 - 2018

Contrairement aux autres villes, où la culture peine à trouver ses ressources, Tanger semble propice à l'épanouissement intellectuel. La santé du livre est étonnamment bonne et les raisons de cette bien-portance sont diverses.
Lorsqu'on arrive à Tanger, pour peu qu'on apprécie les livres et la littérature, l'on a l'impression d'être dans une sorte de ville élue, celle où Paul Bowles attend Mohamed Choukri dans un café reclus, celle où l'on croise Samuel Beckett traquant Godot dans son petit short en toile, où Jean Genet parle d'amour et où les Burroughs, Kerouac et Ginsberg écrivent sous drogues de tout genre. Le livre fait partie de l'identité de la ville, comme la peinture et l'espoir d'un ailleurs si proche et si lointain...
Mais, mis à part le côté historique connu de peu de gens, une réelle dynamique autour du livre semble prendre à Tanger plus qu'ailleurs. «En cinq années seulement, nous sommes passés de 200 000 à 1 million d'habitants. Les besoins en culture sont infinis», nous explique Hamid Abbou, éditeur et libraire. Quand il décide d'ouvrir sa librairie, il est loin de penser que des projets pareils s'échafaudent en d'autres lieux de la ville. «Tanger est une ville où des librairies naissent, alors que la tendance ailleurs est de mettre la clé sous la porte», dit-il en évoquant «Les insolites», tenue par Stéphanie Gaou et «Les colonnes», librairie mythique reprise par Pierre Bergé et dirigée par Pierre-Simon Hamelin.
Vers un monolinguisme ouvert
Si l'impression de qualité existe à Tanger depuis bien longtemps, le secteur s'est développé visiblement depuis l'apparition de maisons d'édition locales, à l'image des imprimeurs mythiques, Slaiki frères, convertis à l'édition.
Mais tout cela ne fait pas l'originalité de Tanger. Ce qui privilégie le livre, dans la ville du détroit, ce sont les endroits de vie ordinaires, qui ouvrent grandes leurs portes aux événements culturels. En rentrant au «Au pain nu», sous le regard épais de Mohamed Choukri, les clients découvrent des livres et des rendez-vous avec des auteurs invités, avant le menu, sur leur table. Cosmopolite, Tanger l'a toujours été. C'est en librairie qu'on le remarque le plus. «Ici, on nous demande des livres en russe, en allemand, en espagnol, en français ou en arabe. Tanger est polyglotte et la librairie des Colonnes s'y adapte bien», nous dit Pierre-Simon Hamelin. Bien que plusieurs nationalités continuent à cohabiter à Tanger, ce sont aussi des Marocains polyglottes qui, assoiffés de lecture dans la langue originale, passent des commandes inattendues.
Hamid Abbou, dont les étals présentent des ouvrages en arabe et français, nous fait part, quant à lui, d'une transformation des tendances du lectorat. Selon lui, il y aurait de plus en plus de lecteurs arabophones, qui consomment des œuvres internationales traduites vers l'arabe. «Avant, les lecteurs francophones lisaient de tout, alors que les arabophones étaient consommateurs de livres de théologie. Aujourd'hui, il y a un déferlement sur le roman et l'essai chez les arabophones, notamment en ce qui concerne l'analyse des phénomènes de l'islamisme», remarque le libraire qui voit en cela une démocratisation de l'accès à la lecture, bien que moins lucrative, étant donné le coût moindre du livre arabe traduit. «Des livres en français, j'en vends surtout en format Poche. Les rentrées littéraires ne quittent pas la vitrine», ironise-t-il.
L'édition du nord
Encore une fois, sans concertation aucune, «La Virgule» et «Les Colonnes» se lancent dans l'édition quelques années après leur ouverture. Pour les deux libraires, il est d'abord question d'élargir le choix éditorial marocain et probablement contrebalancer l'offre dominante émanant du centre.
«Les Colonnes» commencent par la traduction, avec l'idée de porter vers l'arabe les écrits d'auteurs marocains francophones. «Les auteurs francophones sont peu connus dans leur propre pays. La traduction vers la langue de la majorité met en valeur cette création francophone», nous explique Pierre-Simon Hamelin.
Hamid Abbou, quant à lui, y va d'abord avec le cœur. «Je voulais des livres beaux, bons et qui laissent une empreinte pour la postérité», dit-il pour expliquer son engagement pour la poésie. Car, en effet, l'édition de la poésie est devenue rare, voire impossible, même à l'étranger. A «La Virgule», les recueils de poésie sont illustrés de dessins d'artistes, faisant de l'objet une œuvre d'art double. En revanche, d'autres genres littéraires (romans, nouvelles, essais) de la maison se portent à merveille, constituant un catalogue plus que respectable pour une si jeune maison d'édition. «Ce n'est pas parce que nous sommes une petite structure qu'on accepte tout. Je crois que nous avons un comité de lecture des plus intransigeants. On a sans prétention refusé des manuscrits de personnalités connues», confie l'éditeur. Cela étant dit, ce microcosme est loin d'être autonome, puisque le destin du livre est de circuler et qu'il dépend tout de même de la distribution : chaînon qui reste problématique pour l'ensemble du secteur à l'échelle nationale. «L'on reçoit souvent des plaintes des libraires dans d'autres villes qui s'interrogent sur l'absence des livres, alors que le distributeur nous assure qu'il n'en est rien. Je pense que l'Etat devrait songer à un système de distribution efficace. C'est le meilleur soutien à offrir au livre», conclut Hamid Abbou. A bon entendeur... En attendant, rien n'entamera la bonne humeur des libraires tangérois.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.