Après plus d'un mois de paralysie des tribunaux, les avocats suspendent leur mouvement de grève à la faveur d'une médiation gouvernementale. La création d'une commission mixte et le report de l'examen parlementaire du projet de loi 66.23 ouvrent un nouveau chapitre de négociation. Mais derrière l'apaisement affiché, les désaccords de fond sur l'indépendance de la profession et les conditions d'accès au barreau persistent. Les avocats semblent avoir, provisoirement, enterré la hache de guerre. Mais le conflit est loin d'être définitivement clos. La levée de la grève nationale à compter d'aujourd'hui marque un apaisement, intervenu après l'implication du chef du gouvernement et l'annonce de la création d'une commission mixte chargée de réexaminer le projet de loi 66.23. La décision de ne pas transmettre le texte au Parlement avant l'achèvement de ces travaux constitue un signal d'ouverture. Elle s'apparente toutefois davantage à une trêve conditionnelle qu'à un règlement de fond. Les avocats attendent des modifications substantielles, notamment sur l'accès à la profession, la limite d'âge et les garanties d'indépendance. Apaisement des tensions Après plus d'un mois de suspension des audiences et d'interruption des services, les avocats reprendront le travail à compter de cette semaine. En effet, l'association des barreaux a annoncé la fin de la grève à partir de ce lundi, à l'issue de discussions directes avec le chef du gouvernement autour d'un texte vivement controversé. Bref rappel des faits, la mobilisation avait débuté le 7 janvier pour protester contre le projet de loi 66.23, destiné à réorganiser la profession d'avocat. Adopté en Conseil de gouvernement le 8 janvier, le texte avait immédiatement suscité une volée de bois vert des barreaux à l'échelle nationale. Le tournant est intervenu avec l'entrée en scène du chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, dans les négociations. Lors d'une récente réunion, le bureau de l'association a examiné les conclusions des échanges entre son président, El Houcine Ziani, et l'exécutif. Les deux parties sont convenues de mettre en place une commission mixte, placée sous la supervision du chef du gouvernement, et composée de représentants de la profession. Celle-ci devra examiner le projet dans le cadre d'un dialogue responsable et constructif, selon Ziani. Dans l'attente de ses conclusions, les autorités ont décidé de suspendre la transmission du texte au Parlement. La première réunion était prévue vendredi. Pour de nombreux avocats, cette pause ouvre la possibilité de revenir sur des dispositions jugées problématiques. Points de discorde Pour rappel, les tensions s'étaient accentuées après l'adoption du projet. Le 6 février, des avocats s'étaient rassemblés devant le Parlement pour en demander le retrait. Ils estiment que plusieurs articles risquent d'affaiblir l'indépendance de la profession et de restreindre son rôle constitutionnel au sein du système judiciaire. Le ministère de la justice, de son côté, défend une réforme présentée comme nécessaire pour moderniser le cadre juridique réglementant l'exercice. Selon ses responsables, des règles plus précises en matière d'accès et de pratique permettraient d'améliorer la gouvernance et de renforcer la qualité des services juridiques. Au cœur du différend figure l'accès à la profession. Le projet impose l'obtention d'un master ou d'un diplôme équivalent en sciences juridiques, la réussite à un concours d'entrée dans un institut de formation, puis l'accomplissement d'un stage obligatoire. La limite d'âge, fixée entre 22 et 40 ans au moment du concours, cristallise également les critiques. Les avocats s'interrogent sur l'équilibre entre exigence de mérite et égalité des chances. Certains redoutent qu'une centralisation accrue de l'organisation professionnelle, si elle facilite la gestion administrative du barreau, n'en réduise la capacité d'alerte, de résistance et de négociation. Autre point sensible, le lien établi entre le droit d'exercer et le paiement des impôts ainsi que des cotisations professionnelles. De nombreux avocats craignent qu'un tel mécanisme ne restreigne leur capacité à travailler en cas de contentieux administratifs ou de retards. Ils dénoncent également l'instauration de nouvelles obligations administratives et de dispositifs de contrôle susceptibles, selon eux, de porter atteinte au principe cardinal d'indépendance. Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO