L'Allemagne, le Danemark et le Royaume-Uni ont légiféré en vue de relever progressivement l'à¢ge de la retraite à soixante-sept ou soixante-huit ans. Chez nous, le relèvement de l'à¢ge légal de la retraite n'est pas bien perçu. A suivre le débat sur la réforme de la retraite, on pense à la fable de La Fontaine : Le laboureur et ses enfants…. «Travaillez, prenez de la peine : c'est le fonds qui manque le moins/ Un riche laboureur sentant sa mort prochaine / Fît venir ses enfants, leur parla sans témoins / Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage / Que nous ont laissé nos parents…». C'est ce message feutré que l'Etat adresse à tous ceux qui montrent des signes de réticence au recours à l'augmentation de l'âge légal de la retraite comme issue aux difficultés actuelles et à venir des Caisses de retraite. Oui, la garantie d'un redressement pérenne du système n'est pas réductible à une action de cette variable paramétrique, ni même sur toutes les autres. Mais les pouvoirs publics ont tendance à penser que c'est le paramètre qui a l'impact le plus rapide pour rééquilibrer financièrement les régimes de retraite. C'est aussi le plus simple à comprendre, avec pour objectif l'allongement de la durée de cotisation. Il joue en effet un rôle symbolique important car il signale l'âge minimum à partir duquel il est légalement possible de liquider sa retraite. Il est vrai que dans la grande majorité des pays de l'OCDE, les réformes ont porté principalement sur l'augmentation de l'âge légal de départ à la retraite. L'âge légal de départ est désormais de soixante-cinq ans en moyenne dans ces pays. Récemment, certains pays ont décidé d'aller encore plus loin. L'Allemagne, le Danemark et le Royaume-Uni ont légiféré en vue de relever progressivement l'âge de la retraite à soixante-sept ou soixante-huit ans. Chez nous, le relèvement de l'âge légal de la retraite n'est pas bien perçu. Les organisations syndicales ont soulevé la question de la pénibilité du travail ou de l'incapacité professionnelle. Ce n'est pas le bon argument. Il est extrêmement compliqué d'aboutir à une définition consensuelle des situations de pénibilité ou de dangerosité. Les problèmes de santé pouvant résulter de l'activité professionnelle devaient être réglés indépendamment des systèmes de retraite, par une meilleure prévention et de meilleures conditions de travail ou par des dispositifs d'assurance contre le handicap ou l'invalidité mieux adaptés à chaque situation individuelle. De surcroît, il n'est pas évident de faire prendre en compte par un système de retraite des épisodes individuels de travail plus ou moins pénibles ou dangereux, et plus ou moins longs au cours d'une carrière. En pratique, la majorité des salariés partent aujourd'hui à la retraite bien avant 60 ans. D'aucuns considèrent que ce départ est d'autant plus légitime pour nombre d'entre eux, qu'ayant commencé à travailler très jeunes, ils ont accumulé quarante ans de cotisations dès 55 ans. En outre, l'espérance de vie des travailleurs manuels qui partent à la retraite est souvent limitée du fait des conditions de travail qu'ils ont subies durant leur vie active. Aussi, toute élévation du taux d'activité des 55-65 ans suppose de prendre acte de cette situation, et de faire évoluer progressivement les comportements sociaux. Pour cela, quatre conditions doivent être réunies : une croissance économique qui donnerait aux plus âgés le sentiment qu'ils peuvent rester dans l'entreprise sans empêcher les jeunes d'accéder à l'emploi ; cette même croissance, en augmentant les tensions sur le marché du travail, inciterait les entreprises à ne plus pousser dehors les travailleurs âgés ; il faudrait ensuite intéresser les salariés continuant à travailler en leur permettant de bénéficier d'une pension améliorée lors de leur départ ; il faudrait enfin rendre moins pénibles les conditions de travail ou donner aux salariés ayant travaillé dans des secteurs difficiles des possibilités de reconversion en fin de carrière, afin qu'ils ne vivent pas une poursuite d'activités comme un fardeau. Aller dans ce sens permettrait à la fois d'élever le taux d'activité et donc le ratio entre actifs et inactifs, limitant d'autant le besoin de diminuer les pensions ou d'élever les cotisations. Cela permettrait également d'aller vers une plus grande individualisation en matière de date de départ à la retraite, à laquelle aspirent de nombreux salariés, sans pour autant casser la logique de solidarité introduite par le système actuel de retraite par répartition. Une telle évolution nous rapprocherait du modèle suédois. Restera à mettre des chiffres derrière tout cela et à trouver les compromis salvateurs. Les difficultés sont encore à venir. Car le système national revêt une complexité paradoxale. Les régimes de base et complémentaires sont multiples et morcelés et ils obéissent à des règles de solidarité parfois divergentes. Au total, les Marocains ont plus l'impression de payer un impôt que d'acquérir des droits pour l'avenir. D'un côté, les gestionnaires du système peinent à évaluer les conséquences d'une modification de paramètres ; de l'autre, tant les personnes proches de l'âge de la retraite que les jeunes appréhendent mal le niveau de leur future pension. Enfin, le système est largement défaillant en termes d'équité : il combine plusieurs formes de redistribution, dont les effets sont souvent mal évalués, ce qui amène en définitive à s'interroger sur son but final. Dans ce contexte, toute réforme doit être envisagée sur le long terme et n'utiliser que des éléments paramétriques conduirait à multiplier les ajustements tous les trois ou quatre ans ; cela ne ferait que renforcer les incertitudes et affaiblir in fine l'ensemble du dispositif. L'objectif de toute réforme doit donc consister à unifier, rendre plus transparent et simplifier.