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Réforme complexe des retraites
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 22 - 12 - 2003

Docteur en Mathématiques appliquées et ingénieur diplômé de l'E.N.S.E.E.H.I.T, Salah-Eddine Benjelloun s'intéresse particulièrement aux problèmes de financement des régimes de retraite.
ALM : Y a-t-il urgence à réformer les régimes de retraite au Maroc?
Salah-Eddine Benjelloun : Si l'évolution des différents indicateurs d'équilibre des régimes des retraites - dont notamment le rapport actifs/retraités - laisse présager une tendance certaine à la dégradation, les premières années de déficit se situeraient, pour certains régimes, aux alentours de l'horizon de 2010. Cependant, la réforme des retraites n'est pas une affaire simple : elle nécessiterait des analyses rigoureuses, des débats, des négociations et des concertations pour arrêter des choix, parfois, difficiles à opérer. Tout retard pris dans la mise en oeuvre de ce processus se répercuterait inéluctablement par une accentuation des déséquilibres financiers des régimes.
Quelles sont les voies de réforme qui se dégagent ?
Il y a, d'abord, les réformes paramétriques dont la mise en oeuvre se fonde sur l'ajustement des paramètres des régimes : élever le taux de cotisation, baisser le rendement du régime ou reculer l'âge légal de départ en retraite. Ces adaptations sont des solutions plutôt abruptes qui, non seulement, ne permettent pas de résoudre durablement le problème de financement des retraites, mais peuvent générer des effets pervers allant à l'encontre de l'équité intra et intergénérationnelle. D'autres voies partent du constat que les régimes de retraites fonctionnant en répartition offrent un rendement (au sens économique du terme) plus élevé que la taux de croissance économique, ce qui explique leurs déficits financiers. Or, le rendement implicite d'un régime en répartition, sous certaines conditions de maturité du régime et de stabilité des taux de cotisation, n'est rien d'autre que le taux de croissance de l'économie. Autrement dit, le retour sur investissement, sur le long terme, de la répartition correspond exactement à la croissance de la masse des cotisations. Intuitivement, cela revient à considérer que les actifs des générations actuelles en payant leurs cotisations acquièrent le droit de se partager les cotisations versées par les actifs des générations futures. Avec l'introduction des comptes individuels «notionnels» au sein d'un régime en répartition et la prise en compte de l'espérance de vie dans la liquidation des pensions, certains pays ont inauguré une « troisième voie» en matière de réforme des régimes en répartition. Le processus de pilotage, fondé sur un « mécanisme automatique de régulation», permet d'agir sur les taux de revalorisation en les indexant sur le taux de croissance du salaire moyen (corrigé à la baisse, le cas échéant) afin que les engagements du régime soient continûment couverts par les recettes projetées. Cette approche de régulation permet, justement, de s'assurer que, à taux de cotisation constant, le rendement des cotisations versées est bien égal au rendement implicite du régime en répartition, c'est-à-dire au taux de croissance de l'assiette des cotisations. L'architecture globale peut comporter un deuxième système complémentaire, mais obligatoire, fonctionnant en capitalisation.
D'un point de vue social, quelles sont les répercussions des réformes de retraites ?
Un système de retraite ne saurait être confiné dans un ensemble d'arrangements financiers. Il traduit des choix de société : une pension minimale indexée sur le smig, un taux de remplacement garanti sous certaines conditions, une parité entre actifs et retraités préservée, ... Des choix qui nécessitent une vision prospective et une approche stratégique claire, seules à même de garantir l'équilibre, la pérennité ... et l'équité de nos régimes de retraites.


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