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Exposition : Kacimi, oiseau rare
Publié dans La Vie éco le 24 - 12 - 2024

La rétrospective « Mohammed Kacimi : 1994-2003, une œuvre universelle », présentée à partir du 28 décembre au Comptoir des Mines Galerie à Marrakech, nous plonge dans une période charnière de la trajectoire artistique de Mohammed Kacimi.
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L'exposition «Mohammed Kacimi : 1994-2003, une œuvre universelle» révèle une décennie marquée par une écriture plastique libérée et une émancipation de l'artiste vis-à-vis des influences occidentales, pour embrasser une africanité consciente et revendiquée. Comme le souligne Nadine Descendre, «cette période est caractérisée par une expression libérée, disruptive et transdisciplinaire», un moment où l'artiste semble résoudre l'apparente dichotomie entre tradition et modernité.
Il y aurait dans sa peinture une impression de mouvement continu, une énergie fluide où chaque tableau semble être le fragment d'un vaste océan en devenir. Ses compositions, scandées par des couches de couleurs successives, évoquent une dynamique presque musicale. Dans cet univers matiériste, les noirs profonds, les bleus nocturnes et les ocres vibrants deviennent les échos chromatiques de sa réflexion sur la condition humaine.
Sa démarche s'ancre dans une technique mixte à la fois inventive et sensorielle : colle, peinture, poudre et acrylique se mêlent dans une alchimie savante. Les lignes obtenues par flagellation avec une ficelle trempée dans la couleur créent des effets dynamiques qui résonnent comme des pulsations vitales. À travers ce dialogue intime entre le peintre et la matière émerge une écriture picturale à la fois organique et poétique.
Kacimi, un homme de voyage
Le Sahara, espace symbolique et artistique, devient chez Kacimi un pont entre le Maghreb et l'Afrique subsaharienne. Refusant les séparations artificielles entre une «Afrique blanche» et une «Afrique noire», il inscrit son œuvre dans un dialogue interculturel et dans une vision postmoderne dépassant les frontières. Cette quête trouve son apogée dans des tableaux où la matière dense et vibrante semble animée par des formes en perpétuel devenir, à l'image de corps féminins «océaniques» qui se révèlent dans des postures d'amour.
Sans titre, technique mixte sur panneau, 45 x 59 cm.
L'engagement de Kacimi, tant esthétique que politique, s'exprime dans une pluralité de formes. L'exposition résonne avec «Shéhérazade et la guerre», un poème poignant écrit en 1993, qui dénonce les violences des conflits armés. Comme le rappelle Nadine Descendre, «l'homme est au centre de sa préoccupation et de sa peinture, l'homme incarné qui affleure à la surface de la matière à côté des écritures, des traces». Cette matière picturale, lourde de sens, dialogue avec les ombres des guerres et les aspirations de l'esprit humain.
Habité par la fascination pour «l'absolu du désert», Kacimi cherchait, à travers la peinture, à atteindre un dépouillement introspectif. «Les formes assimilées à des entités corporelles figurent probablement dans les instants où j'essaie de trouver un certain équilibre, pour ne pas aller trop loin, au point de me perdre en un nulle part insensé, un lieu de folie», écrivait-il dans Parole nomade. Cette tension entre engagement et introspection confère à ses œuvres une certaine puissance évocatrice. Son écriture picturale, hybride d'abstraction et de figuration, est traversée par une mémoire collective et une réflexion intérieure. Elle ne se contente pas de décrire, mais cherche à interroger et à provoquer une prise de conscience.
Matérialité
Kacimi transforme tout en matière. Haïks teintés, papiers récupérés, pigments naturels ou fragments de tissus et de bois deviennent des éléments constitutifs de ses œuvres. Cette capacité à métamorphoser des matériaux simples révèle une profonde connexion avec la terre, particulièrement le Sahara, qu'il décrit comme «un espace de méditation mais aussi de mort, de sécheresse et de guerre». Ses œuvres, qu'il qualifiait de «désertiques», traduisent cette fascination pour un espace où se confrontent vie et mortalité. Les couleurs ocres, inspirées des paysages désertiques, imprègnent ses toiles, tandis que des formes humaines en tension, en lévitation presque cosmique, explorent les mystères de l'existence.
Sans titre, technique mixte sur toile, 280 x 258 cm.
Kacimi, incapable de «penser petit», agrandit l'espace dans ses compositions, souvent monumentales, dépassant quatre mètres. Ces œuvres, peuplées d'ombres en mouvement, incarnent sa quête d'un équilibre entre matérialité terrestre et aspiration spirituelle. Ses créations, souvent immersives, nous plongent dans une réflexion sur la place de l'homme dans l'univers.
Ombres en mouvement
La démarche de Kacimi dépasse les limites de l'atelier. Son implication dans l'espace public, à travers des projets tels que l'exposition du groupe de Casablanca sur la place Jamaâ El Fna en 1969 ou ses créations publiques à Harhoura et à Ouidah, traduit une volonté de s'inscrire dans le réel et d'impliquer les populations locales. En 1994, il réalise une peinture publique sur une plage du Bénin, un lieu chargé de mémoire, d'où partaient autrefois les esclaves. Ce geste symbolique illustre son refus proclamé de l'effacement de l'identité africaine du Maroc.
Sans titre, Sénégal, 2001, Saint Louis, technique mixte sur papier, 85 x 58 cm.
Kacimi nourrissait également un rêve : transformer sa maison raffinée de Témara en une fondation pour les enfants handicapés. Ce projet, bien qu'inachevé, reflète son profond humanisme et sa conviction que l'art peut être un levier de transformation sociale. Même malade, il continuait de voyager et de peindre, répondant simplement à ses amis inquiets : «Je suis juste un peu fatigué».
Dès son enfance, Kacimi s'est montré fasciné par les formes et les couleurs qui l'entouraient. Intrigué par les signes mystérieux dessinés sur les murailles de Meknès ou par les tissages de sa mère, il a trouvé très jeune sa vocation. Cette sensibilité précoce s'est enrichie d'une curiosité insatiable, qui l'a mené à refuser tout enfermement dans une école ou un courant. Son rejet des conventions, comme l'affirme Brahim Alaoui, l'a poussé à explorer des sentiers solitaires, à dépasser les oppositions entre abstraction et figuration, pour créer des œuvres qui incarnent une vision remarquable.
Ainsi, l'exposition «Mohammed Kacimi : 1994-2003, une œuvre universelle», en explorant l'une des phases les plus prolifiques et introspectives de l'artiste, nous invite à redécouvrir un créateur visionnaire. Par son art, porté par une matière vivante et vibrante, Kacimi réinvente les contours d'une humanité partagée. Entre engagement esthétique, réflexion politique et quête spirituelle, il laisse derrière lui une œuvre marquée par une intensité rare et un regard profondément humain.


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