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Parution : Haut les mots ! Mdidech escalade l'Atlas
Publié dans La Vie éco le 13 - 05 - 2025

De Ouirgane aux cimes de l'écriture, Jaouad Mdidech transforme ses « Escapades dans le Haut Atlas » en un atlas des mots, où les sentiers du Maroc croisent les luttes et les rêves d'un village. Une plongée sensible dans un ailleurs qui résonne.
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On pourrait dire que Mdidech ne se contente pas de raconter : il arpente, il respire, il vit le territoire qu'il décrit. Son livre («Escapades dans le Haut Atlas»), à la croisée du carnet de voyage et de la fresque historique, nous entraîne à Ouirgane, petit village niché à 60 kilomètres de Marrakech, où l'auteur, journaliste et randonneur invétéré, a trouvé un ancrage inattendu.
Tout commence par un hasard, comme souvent dans les grandes histoires. En 2003, Jaouad Mdidech traverse Ouirgane pour un reportage. Epuisé, il s'arrête, s'allonge dans une prairie bordée d'arbres, et là, sous le ciel immense de l'Atlas, quelque chose se passe. « C'était un bonheur extraordinaire », confie-t-il. Ce moment de grâce devient une épiphanie : Jawad décide que c'est là, dans ce village modeste, qu'il posera ses valises. Il loue un studio dans une maison d'hôtes, la Kasbah de Ouirgane, et s'immerge dans une vie nouvelle, rythmée par les sentiers, les rencontres et, toujours, l'écriture.
Mdidech n'est pas un touriste en quête d'exotisme. Sa plume, précise et incarnée, capte la rugosité du réel. À la manière d'un Pierre Bonte revisitant l'arrière-pays, il raconte les gens du cru, leur résilience, leurs luttes. Les associations locales, dont il salue le travail «inlassable», deviennent des personnages à part entière, luttant pour redonner vie à une région marquée par l'isolement et les soubresauts de l'histoire.
Car Ouirgane, c'est aussi une mémoire. Mdidech, avec une érudition discrète, retrace l'emprise des Goundafis, dynastie qui domina la région pendant un siècle, avant et pendant le protectorat français. Il évoque la mosquée de Tinmel, joyau spirituel, et des lieux emblématiques comme l'auberge Au Sanglier qui fume ou le domaine La Roseraie, qui jalonnent son récit comme autant de repères dans un atlas personnel. Mais c'est le tremblement de terre de septembre 2003 qui vient clore le livre, dans une postface poignante. Les maisons s'effondrent, les vies vacillent, et Mdidech, qui avait achevé son manuscrit, ressent le besoin de poser une dernière pierre à l'édifice. «J'ai fait une pause pour écrire cette postface», explique-t-il, comme pour rendre hommage aux blessures d'une terre qu'il a appris à aimer.
Ce qui frappe dans «Escapades dans le Haut Atlas», c'est la manière dont Mdidech mêle la confession à l'observation, le lyrisme à la chronique sociale. Son style, fluide et habité, rappelle parfois les grandes heures du journalisme littéraire, où l'auteur n'est pas un simple témoin, mais un passeur. On pense à un Nicolas Bouvier, qui savait faire d'un voyage un miroir de l'âme, ou à un Jean Hatzfeld, pour cette capacité à donner voix aux anonymes. Mdidech ne surplombe pas son sujet ; il marche à ses côtés, attentif aux murmures du vent comme aux combats des villageois.
«Escapades dans le Haut Atlas», Jaouad Mdidech, éd. Le Fennec, p. 326, 2025.


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