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Fès-Médina: Les medersas retrouvent leur fonction d'origine
Publié dans L'Economiste le 16 - 08 - 2016

Elle fut élevée en 675H/1276 après J.-C. par le sultan Abou Youssef Yaâcoub. Elle représente la première medersa de l'époque mérinide au Maroc, comme en attestent son architecture sobre et sa salle de prière particulièrement déboitée par rapport au patio. Son minaret lui confère un caractère distingué. Sa rénovation a coûté 8 millions de DH (Ph. YSA)
La vision du Souverain pour Fès est claire: préserver «l'identité académique et spirituelle» de la cité Idrisside. C'est dans cet esprit que le Roi avait lancé, en 2013, la sauvegarde des monuments de l'ancienne médina et veillé à la réalisation de ce programme. Composante essentielle de celui-ci, la réhabilitation de cinq medersas a redoré le blason d'un tissu ancien qui accueillait jadis d'illustres savants comme Ibn Khaldoun, Maïmonide ou encore le pape Sylvestre II.
Les livres d'histoire décrivent cette cohabitation paisible qu'offrait Fès à sa population, qui n'avait pas nécessairement la même religion ni les mêmes croyances, mais qui était surtout «habitée» par l'âme de la ville millénaire et son savoir-vivre.
Aujourd'hui, afin de perpétuer le rôle de Fès comme haut lieu du savoir, il a été décidé, mi-juin, la création de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains, au sein de la Quaraouiyine. Une semaine plus tard, le Roi a donné ses hautes
Selon certains chercheurs contemporains, la Medersa Mohammadia était une annexe de la Medersa Seffarine (fin du XIIIe siècle). Elle doit sa rénovation au Sultan Mohammed V au XXe siècle. Sa restauration a coûté 6 millions de DH. Elle accueillera, sur instructions royales, les étudiants de la Quaraouiyine (Ph. YSA)
instructions pour le relogement de certains étudiants de l'Université Al Quaraouiyine et qui sont en dernière année dans les cinq medersas fraîchement restaurées, à savoir, Mohammadia, Seffarine, Mesbahiya, Sbaiyyine et Sahrij. Cette dernière sera réservée aux étudiants de la filière de la calligraphie marocaine à l'Université Al Qaraouiyine. Par ailleurs, sur instruction royale, Dar Al Mouaqqit, une tour élevée sous le règne du Sultan mérinide Abou Inan dans le but de contrôler la carte astronomique du ciel, sera également ouverte.
Avec cette réouverture, les medersas reprennent vie et retrouvent leur lustre d'antan. Unanimes, les historiens applaudissent cette décision. Ils affirment également que ces merveilleux sites constituent un témoignage vivant du passé intellectuel et scientifique de la capitale spirituelle. Ils sont conçus notamment par les sultans mérinides dans les quartiers de la médina près des souks et des mosquées, ajoutant ainsi à cette époque un rôle culturel, éducatif et politique. Espaces d'enseignement et bijoux architecturaux de qualité, ces établissements jouaient un rôle capital dans la diffusion du savoir, des sciences religieuses et d'épanouissement des arts décoratifs du Maroc.
Historiquement, la création de ces medersas remonte aux XIIIe et XIVe siècles. Elle s'est développée par la suite jusqu'au XVIIe siècle en tant que lieu d'accueil privilégié pour les gens en quête du savoir. Ces «écoles» assuraient, entre autres, un rôle social en permettant aux étudiants de consolider leurs compétences auprès des brillants penseurs, théologiens et philosophes.
Appelée aussi Medersa Rokham (marbre) ou Medersa El Khossa (fontaine), cette medersa fut érigée au Nord de la mosquée Quaraouiyine par le Sultan mérinide Abou Hassan en 1347. Elle doit son nom à Mesbah Al yaslouti, premier savant qui y enseigna des cours de sciences religieuses. Les chroniqueurs témoignent que le Sultan alaouite My Rachid y avait suivi des cours. Elle a été restaurée pour 15,3 millions de DH (Ph. YSA)
Dans le temps, chaque medersa dispensait un enseignement précis au profit de ses étudiants. Ainsi, la medersa Mesbahia, à titre d'exemple, s'est spécialisée dans les sciences religieuses particulièrement les sept lectures du saint Coran. Selon certains chercheurs contemporains, la Medersa Mohammadia était, pour sa part, une annexe de la Medersa Seffarine (fin du XIIIe siècle). Elle doit sa rénovation au Sultan Mohammed V au XXe siècle. Sa restauration a coûté 6 millions de DH. Elle accueillera, sur instructions royales, les étudiants de la Quaraouiyine. En outre Seffarine, qui fut élevée en 675H/ 1276 après J.-C. par le sultan Abou Youssef Yaâcoub, représente la première medersa de l'époque mérinide au Maroc, comme en attestent son architecture sobre et sa salle de prière particulièrement déboitée par rapport au patio. Son minaret lui confère un caractère distingué. Pour sa part, la Mesbahiya, appelée aussi medersa Rokham (marbre) ou Medersa El Khossa (fontaine), fut érigée au Nord de la Mosquée Quaraouiyine par le Sultan Mérinide Abou Hassan en 1347. Elle doit son nom à Mesbah Al yaslouti, premier savant qui y enseigna des cours de sciences religieuses. Les chroniqueurs témoignent que le Sultan alaouite My Rachid y avait suivi des cours. De l'autre côté de la médina, la Medersa Sahrij située à proximité de la mosquée des Andalous fondée au XIVe siècle par le Sultan mérinide Abou Lhassan est un véritable chef d'œuvre. Elle doit son appellation au bassin central qui lui confère avec les éléments d'architecture un cachet andalou par excellence. Enfin, la medersa Sbaiyyine, fondée en 723H/ 1323 après J.-C par le Sultan Abou El-Hassan Al Marini, fut également connue à l'époque de sa fondation par «al-Madrasa as-Soghra» («la petite Medersa»). Elle est aussi connue par l'enseignement des 7 psalmodies coraniques. A noter que c'est grâce au Souverain que ces sites vont retrouver leurs fonctions d'origine. Leur réouverture redynamisera la médina particulièrement sur les plans culturel et touristique.
Inscrites sur le guide Michelin
Sur le guide Michelin, les medersas de Fès sont décrites comme étant à la fois lieux de culte et d'enseignement religieux. Elles pourraient être à elles seules le thème d'un circuit dans la médina, tant elles sont nombreuses... et remarquables. Au nord les medersas Mesbahiya, Attarine, Seffarine et Cherratine. À l'ouest, la medersa Bou Inania et à l'est, la medersa Sahrij, non loin de la mosquée des Andalous. Certaines d'entre elles ont déjà été restaurées et constituent un patrimoine d'une richesse inouïe. Bref, ce sont des sites qui méritent le détour.
Ce qu'a recommandé l'Unesco
Dans une étude intitulée «Patrimoine et développement durable dans les villes historiques du Maghreb» (2003), l'Unesco avait recommandé la restauration des monuments de la médina de Fès. Pour l'Organisation onusienne, le projet de monument traduit la volonté de dépasser les contraintes qui jouent défavorablement sur un patrimoine et qui ne peuvent être surmontées que si l'on définit un état et un fonctionnement satisfaisant à terme. A l'inverse, l'absence de projet peut multiplier les sources d'incompréhension et de conflit. La mise en place d'un projet de monument doit donc sélectionner dans la mémoire du monument les éléments constitutifs d'une mise en situation, les restituer aux acteurs sociaux, et identifier les opportunités de valorisation. Il faut ensuite définir un niveau d'anticipation qui permette l'action: un horizon trop éloigné risque de verser dans «l'irréalisme» alors qu'un horizon trop rapproché ne permet pas toujours de définir un projet susceptible de mobiliser vraiment les acteurs.
L'appel de Hassan II et la détermination de Mohammed VI
«Aussi devons-nous donner à notre gouvernement des instructions pour qu'il considère le projet de Fès comme une préoccupation prioritaire et pour qu'il y accorde une attention particulière dans le cadre de ses responsabilités relatives: aux programmes d'équipement et de l'habitat, à la préservation du patrimoine culturel, au développement de l'art, de la culture et de la pensée, et à la diffusion des enseignements de l'Islam...». C'était un appel de SM Hassan II. Grâce au Roi Mohammed VI, Fès est ressuscitée. Ses habitants assistent à une refondation de la médina pour un budget de plus de 600 millions de DH.
De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI


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