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Tanneurs, délaineurs et dinandiers déplacés : Plus de 500 entreprises sorties de la médina de Fès en 1994
Publié dans L'Economiste le 06 - 01 - 1994

Prés de 1.000 entreprises artisanales de la médina de Fès sont concernées par le projet de transfert vers la nouvelle zone d'activité de Aïn Nokbi. Pour 1994, plus de 500 unités de quatre secteurs sélectionnés feront partie du déplacement. Avant tout transfert, des études ont été effectuées dans le but de sensibiliser les artisans aux moyens modernes. C'est ce qui ressort notamment du séminaire organisés sur le secteur du cuir (1).
La première tranche du transfert des entreprises artisanales de la médina de Fès à la zone industrielle située à Ain Nokbi, prévue pour fin 1994 début 1995, portera sur plus de 500 unités. Dans son ensemble, le programme de transfert, lancé à l'initiative de l'Agence de Dédensification et de Réhabilitation de Fès (ADER)(2), sous tutelle du Ministère de l'intérieur, touche environ 1.000 entreprises artisanales. Ces dernières appartiennent aux quatre secteurs les plus polluants. Il s'agit des dinandiers (fabricants de produits en cuivre), des délaineurs, des tanneurs et des cordonniers (3).
Concentrer les compétences
Concernant les tanneurs, il s'agira de permettre une diminution de la consommation d'eau et de produits chimiques (récupération du chrome et son recyclage). Les délaineurs, eux, n'ont pas de rejets très toxiques, mais leur activité est nécessaire pour alimenter les tanneurs qui ne disposent pas de cette première étape de traite ment des peaux. Pour les dinandiers, le but est la réduction des acides usés.
La nouvelle zone d ' activité s ' étend sur une superficie de 40 hectares. Les travaux d'assainissement et d'infrastructures de base viennent de débuter pour la première tranche de 20 hectares.
Avant tout transfert, soulignent les experts lors du séminaire sur le cuir tenu à Fès, il serait souhaitable que plusieurs petites unités concentrent leurs moyens et leurs compétences, l'objectif étant de créer de nouvelles entreprises modernes capables d'assurer une production conforme aux besoins du marché du cuir actuel.
Il ne faut pas se cacher, ajoutent experts et ingénieurs, que les micro-entreprises de tannerie, cordonnerie ou de maroquinerie sont condamnées à brève échéance à disparaître, particulièrement à cause des critères de qualité auxquels elles ne peuvent répondre.
Des études ont été effectuées et ont permis de mettre en exergue un certain nombre de contraintes et de défaillances des unités, tant sur le plan technique qu'économique. Le but des différentes études est l'amélioration de l'exploitation des entreprises existantes et de la qualité des produits. S'y ajoutent l'élaboration de propositions pour la mise en place de l'organisation de l'approvisionnement et de la commercialisation, la création de coopératives d'associations professionnelles etc...
Matériel vieux de 40 ans
Wulf Selbach, chef du projet de jumelage des Chambres d'Artisanat de Rhein-Main et de Fès explique: "notre objectif est de sensibiliser les artisans aux moyens modernes de traitement du cuir et à l'amélioration de la qualité de leurs produits".
De nombreuses entreprises artisanales très polluantes occupent une surface importante dans la médina de Fès. D'après les experts du projet, les équipements électriques ne répondent plus aux normes de sécurité. Les machines et les équipements de production sont souvent vieux de 30 à 40 ans. Ils se vendent et se revendent plusieurs fois.
Les conditions de travail sont extrêmement mauvaises. Le personnel, notamment dans les tanneries, travaille dans un milieu fortement pollué et manipule des produits chimiques, parfois dangereux et toxiques, tels que le sulfure de sodium, le sulfate de chrome ou certains colorants et solvants. Le mauvais état du matériel ajouté à une faible technicité est en relation directe avec la médiocre qualité du cuir.
Concernant l'approvisionnement en peaux brutes, indiquent les experts, il faudrait améliorer la présentation des peaux surtout en ce qui concerne les bovins. Celles-ci sont recherchées pour la finesse de leur grain et la nervosité de leurs fibres. "Mais elles souffrent souvent d'un grand défaut, celui des coutelures qui se produisent lors de la dépouille".
Les recommandations des trois commissions (maroquinerie, tannerie et lainage et cordonnerie) du séminaire sur le cuir ont ainsi essentiellement concerné l'encouragement à l'action coopérative et I ' assistance aux artisans, l'intensification des participations aux foires et manifestations internationales, l'amélioration de la qualité des produits, l'élaboration d 'une loi du marché des peaux, la lutte contre la contrebande...
Meriem OUDGHIRI
(1) Ce séminaire a été organisé les 3 et 4 décembre 1993 par la Chambre d'Artisanat de la Wilaya de Fès et le projet de jumelage des Chambres de Fès et de Rhein-Main de Francfort, dirigé par M. Wulf Selbach.
(2) Participent notamment au projet l'Agence Nationale de Lutte contre l'Habitat Insalubre (ANHI), la Municipalité de Fès et la Chambre d'Artisanat de Fès.
(3) Ce transfert des entreprises artisanales à Ain Nokbi s'intègre dans le projet de sauvegarde et de réhabilitation de la ville de Fès et de la protection historique contre l'artisanat mécanisé et polluant.
Pour prévenir la pollution
Cuir : Mise en place d'une tannerie pilote semi-industrielle
Les rejets industriels les plus polluants restent les effluents des tanneries. A Fès, le problème se développe à une vitesse inquiétante. Lors du séminaire sur le cuir, un projet pilote d'une tannerie semi-industrielle a été exposé. I1 constituerait une sorte de modèle d'optimisation du procédé et de prévention de la pollution.
"Transférer des unités artisanales de la médina vers la zone industrielle de Ain Nokbi, et exiger en plus des mesures de prévention de la pollution est une opération délicate qui doit se justifier économiquement", soulignent les experts du programme d ' appui au transfert d ' entreprises vers Aïn Nokbi.
Les effluents des tanneries sont considérés parmi les rejets industriels les plus polluants. A Fès, le problème prend de plus en plus d'ampleur avec la multiplication du nombre de ces unités, leurs rejets dans le réseau d'assainissement, dans les oueds de la médina et dans le Sebou. De l'avis d'un grand nombre d'experts, Fès est le premier gros pollueur avec une part très importante dans la pollution totale dans le Sebou.
Les défaillances des unités artisanales sont nombreuses. Elles concernent aussi bien l'environnement de travail qui menace la santé des tanneurs que l'utilisation excessive de quantités d'eau et de réactifs entraînant une production de déchets solides déversés directement dans les oueds.
L'un des problèmes majeurs résultant des rejets des eaux usées brutes des tanneries dans le réseau d'assainissement est celui des incrustations. En effet, la chaux, présente dans le rejet, combinée au dioxyde de carbone produit durant la décomposition biologique, forme du carbonate de calcium. Celui-ci forme à son tour des agrégats avec les matières en suspension (poils, boues) qui s'incrustent dans la paroi interne du réseau et altère son fonctionnement normal.
Sebou, exutoire final des rejets
Les études du Schéma Directeur d'Assainissement de la Wilaya de Fès ont démontré la nécessité de faire adopter les mesures de prétraitement des rejets à certaines unités dont principalement les tanneries qui sont pour une grande part responsables de la déficience de ce réseau.
L'exutoire final de tous les rejets de la ville de Fès est le Sebou. Les eaux du Sebou constituent une source d'alimentation en eau potable de Fès, Kariat Ba Mohamed, Mkansa et tous les riverains en aval de Fès. Il est, à moyen terme, prévu I ' alimentation en eau potable des régions méridionales et de la ville de Kénitra. Les eaux du Sebou sont également la ressource principale en eau de la majorité des industries du Gharb. Les rejets pollués de la ville de Fès, responsables de 50% de la pollution générée dans ce fleuve, risquent de remettre en cause toutes les fonctions du Sebou.
Un projet pilote a été proposé dans le cadre des actions entreprises par la coopération allemande pour le transfert des activités artisanales polluantes de l'intérieur de l'enceinte traditionnelle de la médina au quartier industriel de Aïn Nokbi.
Ceci, conformément aux orientations des études de sauvegarde de la médina de Fès. Pour les experts, la mise en place de ce projet pilote constituerait à court terme une traduction concrète de toutes les interventions en matière d'optimisation du procédé et de prévention de la pollution.
La superficie prévue pour la totalité du projet de tannerie pilote est de 1. 800m2 dont 900m2 réservés au stockage des déchets solides et au traitement des eaux résiduaires.
La capacité de production prévue à raison de 225 jours de travail par an, est de 200 peaux de bovins et 400 peaux d'ovins par jour.
Station du recyclage de chrome
S'agissant des eaux usées, les eaux de trempage comme les eaux chromées sont acheminées vers un bassin de stockage, puis véhiculées vers la station de recyclage du chrome qui doit être conçue à I ' échelle du quartier Aïn Nokbi pour recevoir toutes les eaux de tannage des unités de ce quartier.
Pour les experts, étant donné les faibles volumes de rejets chromés, il est recommandé de prévoir des bassins de rétention de 4 jours de production, soit 20m3.
Que ce soit pour les bassins de stockage des eaux de pelain ou celui des eaux chromées, les bassins sont prévus en terre compactée avec un revêtement en béton armé d'une épaisseur de 12cm. Un revêtement en enduit anti-corrosif est prévu afin d'éviter l'effet de l'acidité des bains de tannage et la corrosion des sulfures des pelains.
De son côté, la production des déchets solides est très variable d'une entreprise à l'autre, en fonction du type d'articles fabriqués et donc de la nature de la matière première et des techniques de sa transformation. Ainsi, l'estimation des proportions des déchets produits pour le projet pilote a été effectuée sur la base des résultats des enquêtes effectuées. La quantité de déchets, pour une quantité annuelle de 900 tonnes de peaux de bovins, serait de 410 tonnes de déchets en l'état et de 182 tonnes de déchets secs.


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