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Visite guidée à Dar As-Sikkah
Publié dans L'Economiste le 21 - 07 - 2004

Dar As-Sikkah, l'usine à monnaie du pays est l'un des hauts lieux symboles de l'Etat. Ce qui se passe dans l'enceinte de ses murs, hermétiques au grand public, fascine les esprits. Le processus de production de la monnaie est une industrie très complexe, qui ne tolère pas les non-conformités. Le stock des produits finis donne le tournis. Les gardiens de ce temple ne badinent pas avec la sécurité: caméras, portes blindées, codes, coffres-forts, machines de comptage et autres gadgets high-tech en font une forteresse bien gardée. L'Economiste vous emmène dans sa grande place.
Un portail blindé s'ouvre très lentement pour laisser entrevoir un autre également fermé. L'entrée type d'un bâtiment placé sous haute surveillance où l'on ne badine pas avec la sécurité. D'ailleurs, une petite caserne de la Gendarmerie Royale surveille continuellement l'entrée de cette forteresse pour parer à toute éventualité. Dans l'espace contenu entre les deux portes métalliques, un agent de sécurité s'approche et demande les cartes d'identité des visiteurs. Il s'assure que leur nom figure déjà sur la fiche. Un réflexe de routine: “Qu'est-ce que vous avez dans ce sac?” lance-t-il au journaliste-photographe de L'Economiste, qui assure aussitôt qu'il ne contient qu'un appareil photo. L'agent vérifie s'il est autorisé à s'en servir dans l'enceinte du site.
Le gigantisme caractérise ces lieux, qui abritent plusieurs bâtiments distants les uns des autres. Situées sur la route menant de Rabat à Salé-Meknès, ses installations sont construites sur plus de 5 hectares. Nulle âme n'y circule à cette heure de la journée. Les quelques voitures stationnées se fondent dans le décor des espaces verts qui entourent les bâtisses.
Passé le portail, une trentaine de mètres plus loin, le chef de sécurité du site attend d'accueillir les visiteurs annoncés pour la journée. Des caméras perchées ici et là à l'entrée enregistrent les moindres faits et gestes. L'agent compose un numéro de code pour ouvrir une porte du bâtiment, puis nous voilà à l'intérieur de l'un des hauts lieux symboles de l'Etat: Dar As-Sikkah, l'usine à monnaie du Royaume. Peu de gens étrangers à Bank Al-Maghrib y pénètrent. “C'est très rare de recevoir des visiteurs”, explique le chef de sécurité. Il les accompagne jusqu'au premier étage de l'installation, qui abrite les bureaux du management de Dar As-Sikkah. Les gardiens du temple sont au rendez-vous pour expliquer les missions de l'institution: impression des billets de banque et frappe des pièces de monnaie, mais également impression des passeports, des CIN, permis de conduire ainsi que d'autres documents officiels de l'Etat.
Le bâtiment principal abrite toutes les unités de production de la monnaie. La visite commence par l'atelier de frappe des pièces. Escortés par les responsables, nous traversons plusieurs portes blindées, toutes gardées par des agents de sécurité, et dont l'ouverture est codifiée. Le dispositif de sécurité est impressionnant. “Le chef de sécurité contrôle les moindres mouvements dans le site à partir d'une salle de contrôle par caméras”, explique Mohamed Lafqir, directeur de Dar As-Sikkah. L'accès aux différentes parties est interdit même pour les autres employés de l'institution. Le site est organisé par tâches et les agents n'ont accès qu'à la partie où ils travaillent. Chacune des ailes dispose de son propre coffre-fort et d'une armada d'agents de sécurité.
Pour le besoin, le directeur de Dar As-Sikkah s'est muni d'une clé passe-partout, qui lui a été confiée en notre présence dans un pli fermé, comportant la signature de plusieurs responsables. “La clé est utilisée en cas d'urgence pour faciliter l'accès rapide aux différentes parties du site”, souligne-t-il.
Un bruit rythmé et assourdissant s'amplifie de plus en plus à l'approche de la salle de frappe des pièces de monnaie. Elle abrite quatre grosses machines presse-pièces, qui produisent plus de 700 unités par minute. A l'entrée, un grand coffre-fort est installé pour stocker les flans (pièces pas encore frappées) prêts à la frappe et la production. Les employés reçoivent dans la matinée une quantité précise de flans, à charge pour eux de produire le même nombre en fin de journée. Le compte doit impérativement être bon. Pas de pièces manquantes. Une équipe installée à la sortie de l'atelier s'occupe du comptage et de la vérification des pièces pour les livrer ensuite aux contrôleurs, qui les entreposent dans le coffre-fort.
L'escorte hésite à pénétrer dans une petite pièce où est installée une petite machine. C'est là où sont tracés les coins de frappe qui servent à graver les motifs des pièces. Là, trône une machine de très haute précision, qui est montrée pour la première fois à un visiteur étranger à la maison.
Des portes successives s'ouvrent les unes après les autres jusqu'à nous mener dans l'atelier d'impression des billets de banque. De loin, l'odeur si exceptionnelle de ce papier “100% coton” à argent remplit l'air. Contre toute attente, l'antre de la monnaie et des billets de banque donne l'impression d'être dans une imprimerie! Des packs de papier prêt à l'impression sont entreposés, marqués par des numéros de série pour en assurer la traçabilité. Plusieurs employés se chargent du fonctionnement de deux lignes composées chacune de quatre presses, qui assurent successivement l'impression en “offset”, en “taille-douce” puis en “typographie” des billets. Le mécanisme est très complexe et le produit final doit comporter zéro défaut. L'un de ces “imprimeurs de monnaie”, au poste depuis l'ouverture de Dar As-Sikkah en 1987, a vu passer sous ses yeux tous les billets de banque en circulation! Mais il a toujours le sentiment de n'imprimer en fin de compte que du papier! La salle est également équipée d'un coffre-fort dans lequel est entreposé le papier prêt à l'impression des billets.
Les nombreux ateliers de Dar As-Sikkah sont organisés de manière intégrée. Différentes compétences de haut calibre y travaillent minutieusement, comme chimistes, physiciens, techniciens de maintenance, graveurs, artistes-dessinateurs, ingénieurs et beaucoup d'autres profils qui s'occupent de toutes les activités de Dar As-Sikkah. Pour des raisons de sécurité et de confidentialité, l'institution ne peut pas faire appel à des fournisseurs de services externes. Elle est contrainte d'assurer un fonctionnement autonome. Mohammed Lafqir note que “même les pièces de rechange sont fabriquées sur place pour éviter qu'il y ait des fuites d'informations confidentielles concernant les machines utilisées au sein des ateliers”.
Cap ensuite sur la salle de contrôle des billets. Là ne sont employées que des femmes d'un certain âge. “Il y a bien une raison à cela?” demande-t-on. “Oui, rétorque le directeur de Dar As-Sikkah, les femmes sont plus vigilantes et plus perfectionnistes”. L'affirmation est exacte et elle a été démontrée par plusieurs études de grande envergure. Avec une dextérité sans faille, une trentaine de femmes passent en revue des milliards de DH! Ce n'est pas le seul contrôle auquel sont soumis les billets. Tout au long du processus de fabrication, ils font l'objet d'un autre examen rigoureux de qualité effectué manuellement par les employés. Les billets comportant des défauts de fabrication sont marqués pour qu'ils ne soient pas pris en compte par les machines d'impression des numéros de série. Le dernier atelier de Dar As-Sikkah est de loin le plus extraordinaire. C'est là où sont empaquetés des milliards de dirhams pour être envoyés aux guichets de Bank Al-Maghrib. La vue de ces montagnes d'argent donne le tournis. Un seul pack de ces billets de banque équivaudrait à des vacances au soleil pendant toute une vie.
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Carte de visite
Créée en 1987 par Feu Hassan II, Dar As-Sikkah est, selon Mohammed Lafqir, son directeur, “l'une des plus belles réussites des institutions nationales”. L'année même a vu l'émission d'une nouvelle série des pièces de monnaie bimétalliques et des billets de banque, toujours en circulation actuellement. Les flans prêts à la frappe et le papier des billets sont importés auprès de fournisseurs mondiaux selon un cahier des charges préétabli. Un représentant du fournisseur italien qui approvisionne actuellement Dar As-Sikkah pour frapper la nouvelle série portant l'effigie de SM le Roi Mohammed VI, était de la partie. Il explique que “le Maroc a été le premier pays après l'Italie à utiliser les pièces de monnaie bimétalliques”. L'institution emploie plus de 350 personnes, dont la majorité sont en poste depuis la création. “Les compétences de Dar As-Sikkah développent au fur et à mesure un savoir-faire unique qui assure à ses activités un degré élevé d'authenticité”, note Mohammed Lafqir.
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Les pièces de 10 et 5 DH dénoyautées volontairement!
L'Economiste avait publié dans ses éditions du 30 juin et 6 juillet 2004 des photos des deux nouvelles pièces de monnaie de 10 et 5 DH, portant l'effigie de SM le Roi Mohammed VI, dénoyautées. Lors de la visite organisée à Dar As-Sikkah, sur l'invitation de l'institution, les deux pièces photographiées par L'Economiste lui ont été confiées, à sa demande, pour expertise. Les résultats montrent qu'elles sont authentiques. Le dénoyautage des pièces a été fait volontairement. Les traces d'un étau ou d'une pince sont apparentes et symétriques sur les bords latéraux des deux pièces.
La pièce de monnaie de 10 DH a été dénoyautée par martelage du noyau côté avers (effigie de Sa Majesté le Roi Mohammed VI). Des traces profondes sont apparentes sur le front et la joue. La pièce de 5 DH a été dénoyautée par martelage de la couronne, qui a conduit à son ovalisation.
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Fausse monnaie
Contrecarrer la contrefaçon des billets reste l'une des principales préoccupations des fabricants de monnaie. Les technologies les plus sophistiquées sont utilisées pour garantir un degré d'authenticité élevé aux billets afin que le public puisse les reconnaître facilement. Toutefois, le directeur de Dar As-Sikkah estime que cette contrefaçon reste un phénomène marginal au Maroc. Les signes de sécurité distinctifs des billets sont multipliés pour leur garantir un look et un toucher particulier: papier spécial, solution encre, numéros de série, procédé d'impression “taille-douce”, qui imprime en relief le portrait du Souverain et d'autres éléments, le fil de sécurité micro-imprimé situé au niveau de la masse du papier de chaque billet et sur lequel est imprimé tout un texte, etc.
Les procédés de traitement et d'impression des billets utilisés par Dar As-Sikkah sont très onéreux, difficilement accessibles aux faux-monnayeurs. Mais il est difficile parfois de reconnaître un faux billet, tant la copie ressemble à l'original. Les faussaires utilisent des scanners et des imprimantes très sophistiqués. Les billets contrefaits sont généralement écoulés dans les souks, les marchés de gros et les abattoirs. Des endroits où l'on ne s'attarde pas à compter ses billets.


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