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Le temps des Sarrasins
Par Mouna HACHIM, écrivain-chercheur
Publié dans L'Economiste le 26 - 04 - 2007

Mouna Hachim est universitaire, titulaire d'un DEA en Littérature comparée à la Faculté des Lettres de Ben M'Sick Sidi Othmane. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication (en tant que concepteur-rédacteur) et dans la presse écrite, comme journaliste et secrétaire générale de la rédaction dans de nombreuses publications nationales. Passionnée d'histoire, captivée par notre richesse patrimoniale, elle a décidé de se vouer à la recherche et à l'écriture, avec à la clef, un roman, «Les Enfants de la Chaouia», paru en janvier 2004. Une saga familiale couvrant un siècle de l'histoire de Casablanca et de son arrière-pays. En février 2007, elle récidive avec un travail d'érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc» qui donne à lire des pans essentiels à la compréhension de l'histoire du Maroc sous le prisme de la patronymie.
L'ISLAM n'a pas manqué de s'inviter dans le débat électoral en France, soit ouvertement sans s'embarrasser de faux-détours, soit à travers des thèmes désormais liés comme l'immigration, l'intégration, l'insécurité, la laïcité, l'identité. Le 11 septembre 2005, Philippe de Villiers annonçait sa candidature pour 2007. Il proclamait alors: «J'ai décidé d'être candidat à l'élection pour… (notamment) stopper l'islamisation progressive de la société française».
Au printemps 2006, il publiait un livre, assez controversé, «Les mosquées de Roissy» dans lequel il assimile sans demi-mesures, islam et islamisme.
Dans le cadre de cette rhétorique préélectorale, Nicolas Sarkozy se fait le chantre de l'identité nationale dans laquelle la part du christianisme est «déterminante» selon ses déclarations à l'hebdomadaire «Famille chrétienne» datant du mois d'avril 2007.
Le candidat de l'UMP, qui n'en est pas à une hâblerie près, jette un pavé dans la mare lors de l'émission diffusée par TF1, le lundi 5 février dernier: «Je ne veux plus de filles excisées, plus de filles mariées de force, plus de moutons égorgés dans les baignoires». Une formule-choc qui inspire le titre du brûlot du ministre démissionnaire, Azouz Begag, «Un mouton dans la baignoire».
Cette stigmatisation de l'autre correspond-elle à un danger réel ou contribue-t-elle à flatter les phobies les plus primaires pour des raisons idéologiques et électorales? Cette image détestable du musulman est-elle le fruit de notre époque ou devrait-elle trouver son explication dans les premiers contacts avec l'Islam?
Les musulmans ont incontestablement marqué leur entrée dans l'histoire de l'Europe en tant qu'envahisseurs. D'emblée, ils sont classés au rang des ennemis.
Avant les invasions islamiques en Ibérie et dans le Midi de la France, les musulmans étaient en effet inconnus en Occident médiéval, sauf pour quelques initiés ou quelques voyageurs.
La puissance des califes, leur tactique de raid et leur génie militaire leur a permis une extension de l'empire en Asie et en Afrique. Mais un événement majeur marquera tout le Moyen Age et favorisera la lutte entre les chrétiens et les musulmans: la prise de Jérusalem par les Turcs et la contre-offensive des Croisés. Les Croisades permettront ainsi d'opposer deux civilisations différentes par leurs cultures, leurs religions et leurs modes de vie.
Au-delà de ce caractère purement religieux, l'Occident à peine libéré des invasions barbares pense à une ouverture vers l'Orient en vue d'échanges commerciaux ou d'expansions territoriales. Ainsi se fabriquera simultanément l'image de l'Orient en tant que «pays» lointain, indéfini, synonyme de mystères et de mythes fabuleux. L'exotisme est né.
Mais cet Orient, c'est aussi le pays de l'envahisseur. L'église qui monopolisait la vie publique et culturelle lança sa campagne en vue de galvaniser les foules et d'amener les chrétiens à la guerre sainte. Comme la propagande ne pouvait être assurée par les livres théologiques destinés aux initiés, la chanson de geste, grand poème épique, prit la relève.
Les troubadours et les trouvères se baladaient ainsi de village en village, colportant des poèmes et ajoutant à leur répertoire leurs propres chansons sur les musulmans. Chansons déformées, caricaturées à l'occasion, suscitant aussi bien le rire que la peur, ce qui traduit l'ambiguïté de l'image que les chrétiens se faisaient des musulmans: un mélange de haine et de fascination.
Evoquons à ce titre, l'une des premières chansons de geste connues, «La Chanson de Roland». Datant de la fin du XIe siècle, elle dépeint l'attaque de l'arrière-garde de Charlemagne en 778 à Roncevaux dans les Pyrénées (par des montagnards basques, confondus dans l'histoire avec les Arabes) ainsi que l'expédition de l'empereur franc en Espagne.
Le mot musulman n'apparaissant dans la langue française qu'au XVIIe siècle, les musulmans y sont désignés par le terme «Sarrazin» qui vient du latin «Saraceni», lui-même dérivé de l'arabe «Cherqui», Oriental.
Réalité géopolitique pour le moins indéterminée, l'Orient englobe dans «La Chanson de Roland», aussi bien des noms de peuplades arabes, turques ou persanes que des Huns, des Hongrois et des Avars, réminiscence de peuples germaniques, envahisseurs barbares et farouches adversaires, avant les Sarrasins.
Mais lorsque s'ajoutent en plus, comme hordes sarrasines, les Pincenois, les Soltras, les Misnes, les Gros, les Esclavons, les Bruns, les Géants de Malprose ou Ceux de Barbus la fronde, nous plongeons dans un monde d'extravagance qui nous rappelle que le trouvère est un ménestrel, contraint de satisfaire le goût de la démesure de son auditoire, non un historien attaché à l'objectivité et à la véracité des faits.
Après l'Orient musulman et ses habitants, découvrons cette fois, toujours avec surprise et amusement, quelques noms propres attribués aux Sarrasins: Baligant, Blancandrin, Timozèle, Estramarin, Escarbit, Chernuble, Cosalix… et constatons combien l'affabulation continue à occuper le devant de la scène.
Peut-on, par ailleurs, pécher par anachronisme et parler déjà de racisme avec ces appellations, «race détestée», «race criminelle» et ce dégoût porté à la couleur noire de la peau, couleur de l'esprit du mal et de la mort.
En plus d'être «aussi noirs que de la poix fondue», certains Sarrasins ont la peau «aussi dure que du fer, aussi n'ont-ils besoin ni de casque ni de cuirasse». Falsaron, nous dit-on, a un front qui «s'étale si largement entre ses deux yeux qu'on pouvait y mesurer un bon demi-pied».
L'aspect négatif atteint l'animalité avec ces monstres et ces géants qui combattent dans les compagnies de l'émir Baligant.
Ces «Chananées hideux», ces Misnes «aux têtes énormes» et aux «échines au milieu du dos couvertes de soie, exactement comme celles des porcs». Que dire de ceux d'Occian qui «braient et hennissent» ou ceux d'Argoilles qui «aboient comme des chiens»?
Sur le plan moral, l'image des Sarrasins n'est guère flatteuse. Ils sont désignés communément «canailles», «traîtres», «vauriens» ou «experts en maléfices».
Chernuble ne vient-il pas du pays où réside le diable en personne? Les Sarrasins, dans leur globalité, ne sont-ils pas décrits comme des païens, adorateurs de Mahomet, auprès de divinités, nommées Tervagant ou Apollin!!!
Loin d'être réformé dans des chansons postérieures, ce panthéon sera enrichi dans «La Chanson de Guillaume» ou dans «Le Chevalier du cygne», de dieux comme Jupiter, Noiron, Astarut, Bélbézu, Tartarin, Bogot, Macabeu, et bien d'autres fantaisistes idoles encore.
Parallèlement à ce glissement de l'histoire vers la fable et à cette répulsion envers un monde redouté et méconnu, se décèle une fascination certaine pour ce qui est désigné comme un «réservoir inépuisable de produits fabuleux».
Si les récits des pèlerins et des marchants ont rapporté la beauté et le luxe de la civilisation orientale, le contact direct est sans doute marqué par les Croisades. Celles-ci ont permis aux chrétiens d'Occident d'admirer sur place cette civilisation urbaine et policée, différente du règne des «siècles obscurs» occidentaux, caractérisés par le règne féodal, la désolation générée par la guerre et l'austérité des mœurs.
«La Chanson de Roland» évoque à plusieurs reprises le faste de l'Orient que ce soit en ce qui concerne le décor, le costume ou les parures.
Fourrures de zibeline rivalisent ainsi avec la soie d'Alexandrie, le satin décoré de rosaces et les pierres précieuses flamboyant au soleil.
L'armée sarrasine est impressionnante par son nombre et par la qualité de ses guerriers. Farouches et hardis à la bataille, les chevaliers sarrasins ont des montures légères, «plus rapides que le vol du faucon».
La flotte n'est pas en reste avec «ses grands bateaux de guerre, ses esquifs, ses barges, ses vaisseaux rapides et ses navires de transport».
Même sur le plan physique et moral, se discerne une admiration réelle dans la description du Sarrasin, vaillant chevalier, doté d'un physique avenant et de nobles vertus, mais «auquel il ne manque que d'être chrétien pour être un honnête homme».
Car voilà probablement l'enjeu réel de ce conflit récurrent: la conversion de l'autre qu'on veut façonner à notre image.
Aujourd'hui, on n'en est plus là, depuis longtemps, certes, mais qu'est cette hantise des politiques par la notion d'intégration, soutenus en cela par leurs trouvères médiatiques des temps modernes, si ce n'est un désir d'anéantir les différences culturelles, sociales et religieuses, poussant l'individu jusqu'aux limites de la désintégration et de la fracture identitaire.
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Florilège sur l'Islam aux siècles des Lumières et du romantisme
ON en plongerait dans le spleen et la mélancolie si on passait en revue tous les poncifs véhiculés dans la littérature française sur l'Islam.
Contentons-nous de ce bref aperçu, équilibré pour davantage d'équité et pour la paix des âmes.
Au siècle des Lumières où la présence des musulmans en France se limitait à des marchands et quelques esclaves, Montesquieu déclarait que «Le gouvernement modéré convient mieux à la religion chrétienne et le gouvernement despotique à la mahométane».
Diderot juge «le mahométisme» comme un «fanatisme», tandis que Voltaire vante la tolérance de l'islam et insiste sur son aspect égalitaire et législatif.
Au XIXe siècle, tous les romantiques n'en sont pas à l'idylle. Victor Hugo écrit, dans «La Légende des siècles»: «Les Turcs, devant Constantinople / Virent un géant chevalier / A l'écu d'or et de sinople / Suivi d'un lion familier / Mahomet deux, sous les murailles / Lui cria : Qu'es-tu ? Le géant / Dit: Je m'appelle Funérailles / Et toi, tu t'appelles Néant».
Dans l'ère du temps, Chateaubriand considère les Turcs comme l'incarnation de la religion ennemie. Cependant, il y avait Lamartine pour s'affranchir des sentences idéologiques en écrivant: « Il faut rendre justice au culte de Mahomet qui n'a imposé que deux grands devoirs à l'homme: la prière et la charité. (...)», et de faire l'éloge de cet islam « moral, patient, résigné, charitable et tolérant de sa nature»; comme le fera Gérard de Nerval dans son «Voyage en Orient». Tolérance, car nulle par ailleurs qu'en terre d'Islam ne cohabitaient, depuis les temps anciens, juifs, chrétiens et musulmans.
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Regards croisés: Les chrétiens vus par les Arabes
LA fameuse fresque culturelle qu'est «Les Mille et Une Nuits», datant du Xe et XIe siècles, nous permet une fantaisie: celle de considérer a contrario la représentation des chrétiens dans l'imaginaire musulman.
Entre autres contes mettant en scène des chrétiens byzantins durant les Croisades, arrêtons-nous sur un extrait du conte de Qamar ez-Zaman qui offre une vision, bien entendu exagérée, sur le chrétien, rappelons-le, étranger, non autochtone.
Le jardinier disait ainsi au prince: «Ce sont des envahisseurs, venus des pays noirs de l'Occident (…). Ils adorent des choses extraordinaires et incompréhensibles, parlent un langage obscur et barbare et mangent des choses pourries qui sentent mauvais, par exemple le fromage pourri et le gibier faisandé, et ils ne se lavent jamais, car à leur naissance, des hommes fort laids et vêtus de noir leur arrosent le crâne avec de l'eau, et cette ablution accompagnée de gestes étranges, les dispense de toute ablution durant le reste de leurs jours».
(Les Mille et Une nuits. Traduit par Joseph, Charles Mardus. Ed. Eugène Frasque)


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