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Jeûne et croyances depuis Zarathoustra
Par Mouna Hachim, écrivain-chercheur
Publié dans L'Economiste le 20 - 09 - 2007

Mouna Hachim est universitaire, titulaire d'un DEA en littérature comparée à la faculté des lettres de Ben M'Sick Sidi Othmane. Depuis 1992, elle a éprouvé sa plume dans les métiers de la communication (en tant que concepteur-rédacteur) et dans la presse écrite, comme journaliste et secrétaire générale de la rédaction dans de nombreuses publications nationales. Passionnée d'histoire, captivée par notre richesse patrimoniale, elle a décidé de se vouer à la recherche et à l'écriture, avec à la clef, un roman, «Les Enfants de la Chaouia», paru en janvier 2004. Une saga familiale couvrant un siècle de l'histoire de Casablanca et de son arrière-pays. En février 2007, elle récidive avec un travail d'érudition, le «Dictionnaire des noms de famille du Maroc» qui donne à lire des pans essentiels à la compréhension de l'histoire du Maroc sous le prisme de la patronymie.
«ش vous qui croyez, le jeûne vous est prescrit comme il l'a été à ceux qui vous ont précédé, ainsi atteindrez-vous la piété», ainsi évoque le Coran, le jeûne du mois de Ramadan.
Loin d'être une exclusivité musulmane, le jeûne est partagé par des peuples divers depuis la plus haute antiquité. Revêtant par essence une dimension spirituelle, il est recommandé également comme médecine rétablissant les fonctions vitales du métabolisme chez de nombreuses civilisations.
Priver le corps des plaisirs pour mieux le purifier, dominer ses mauvais penchants, élever son âme, communier avec Dieu, voici donc les principales vocations du jeûne, universellement partagées.
Pour s'en convaincre, remontons quelques sept mille ans, au temps des zoroastriens, avec comme berceau la Perse, comme textes sacrés le Zend-Avesta et comme prophète, le fameux Zarathoustra. Appelé Zoroastre par les Grecs, il est le réformateur de la très vieille religion mazdéiste polythéiste des populations indo-iraniennes antiques et l'instaurateur du culte du dieu unique, Ahura Mazda, dont la pureté et la lumière sont symbolisées par le feu éternel et dont l'héritage s'étendit en Inde avec les Parsis. Sans oublier ses avatars avec quelques religions et sectes dualistes à travers l'histoire, dont figure, actuellement, la minorité Yazidi de langue kurde.
Appelés par les musulmans, El-Magous (Les Mages), dits à tort, les adorateurs du feu, les zoroastriens sont rangés parmi les «Gens du Livre», ce qui induit un statut de Dhimmi, garantissant la liberté de culte et la protection de l'Etat.
A ce stade de notre présentation sommaire, il est temps d'énoncer brièvement enfin, quelques dogmes et pratiques cultuelles zoroastriennes dont la contribution aux religions monothéistes postérieures est avérée, témoignant ainsi de la chaîne reliant les grandes révélations. Illustrations avec les théories zoroastriennes de l'apocalypse, de la venue du Sauveur, de la résurrection, de la promesse de la vie après la mort, du Jour du jugement dernier avec paradis et purgatoire; et sur le plan rituel, la purification par l'eau, les cinq prières quotidiennes et le jeûne.
Durant trois semaines successives en effet, les zoroastriens pratiquaient un jeûne de trois jours, du lever au coucher du soleil, réglementé par un calendrier lunaire. Cependant, quelques spécialistes attestent que Zarathoustra s'opposait aux excès privatifs, liés au jeûne et au célibat, probablement en réaction à certaines dérives mortificatoires. Près d'un siècle après Zoroastre, s'expriment, selon l'orientaliste André Dupont-Sommer, «les premières formulations explicites du monothéisme juif». C'est en effet pendant l'exil des Hébreux à Babylone qu'aurait été rédigée, selon quelques exégètes, la Loi mosaïque, dénommée Torah, dictée à Moïse par Dieu au pied du mont Sinaï.
Sous le règne de l'empereur de Perse, Cyrus le Grand, vainqueur des Babyloniens, s'annonce la fin de la captivité des Juifs. De cette période iranienne date pour eux, le jeûne d'Esther. D'origine juive, épouse du roi de Perse Assuérus, Esther avait demandé aux Juifs de Suze, un jeûne de trois jours, en préambule à son audience auprès du roi qui ignorait son origine et qui apporta la délivrance à son peuple contre les plans d'extermination de son vizir Haman.
Selon la tradition rabbinique, le jeûne d'Esther aurait eu lieu les 15, 16 et 17 du mois Nissan, avant d'être célébré le 13 Adar, la veille de la fête de Pourim qui correspond à la fête du nouvel an perse et qui commémore dans la joie, la victoire des Juifs sur Haman.
Considéré comme un jeûne mineur, Taanit Esther célèbre un événement historique, comme c'est le cas pour le jeûne des Premiers-nés, réservé aux premiers-nés mâles, la veille de Pessah, en souvenir des persécutions du pharaon et du miracle de la dernière plaie d'Egypte qui les sauva de la mort.
D'autres jeûnes sont liés aux événements de la destruction de Jérusalem. Exemples avec le jeûne du 10 Tevet qui dure de l'aube au crépuscule et qui commémore le début du siège de Jérusalem par le roi de Babylone Nabuchodonosor. Le jeûne du 17 Tamouz correspondrait quant à lui aux premières brèches dans la muraille de Jérusalem. Le jeûne de Guédalia rappelle l'assassinat du dernier chef juif pendant le pillage de la ville, tandis que le 9 Av est un jeûne de deuil obligatoire, d'une durée de 25 heures, marquant la destruction du premier et du deuxième temple, respectivement par Nabuchodonosor et par Titus.
Mais c'est certainement le Yom Kippour (le Jour du Grand pardon) qui constitue le jeûne le plus important et le plus solennel de l'année juive.
Obligatoire, comme le 9 Av, dit jeûne de la Torah, il ne revêt pas un caractère de deuil mais de pénitence et d'expiation et consiste en vingt-cinq heures de jeûne et de prières, d'un coucher de soleil à l'autre, en dehors de toute activité de travail.
Sans oublier de noter tous les jeûnes facultatifs, effectués par les plus pieux, généralement les lundis et les jeudis. Ils marquent le souvenir de la montée de Moïse, le jeudi, au sommet du mont Sinaï, et sa redescente le lundi, au terme de quarante jours de jeûne pendant lesquels il reçut les Tables de la loi.
Dans le monde chrétien cette fois, il a fallu également quarante jours d'errance à Jésus dans le désert, accompagnés de jeûne et de prière, avant de commencer sa Mission. Les chrétiens en ont fait le Carême marqué par l'abstinence, la pénitence, la prière et le partage. Sur le plan étymologique, précisons-le, le mot Carême est une contraction du terme latin Quadragesima, signifiant Quarantième (jour). Car le Carême célèbre pendant quarante jours le début du ministère de Jésus et prépare à la commémoration de son chemin de croix et de sa résurrection.
Il débute le Mercredi des cendres, appelé ainsi en raison des cendres posées sur le front des fidèles, en signe d'humilité et de pénitence et se termine le jour de Pâques, correspondant à la résurrection du Christ.
Ces quarante jours de jeûne et de préparation à la joie pascale étaient observés principalement dans le milieu ecclésiastique. Le reste des chrétiens était invité à raviver sa foi et à jeûner (ou à défaut, à manger maigre) surtout le premier jour du Carême, c'est-à-dire le Mercredi des cendres (le lendemain du Mardi gras), ainsi que le Vendredi saint, commémorant la crucifixion pour les chrétiens.
Bien que le jeûne soit mentionné près de trente fois dans le Nouveau Testament, et glorifié en tant que symbole d'ascèse, de pénitence et de purification, il ne revêt pas de caractère obligatoire. C'est ainsi que le Carême qui occupe une place essentielle dans le calendrier chrétien, demeura volontaire, avant de s'adoucir au fil des temps, puis de tomber en désuétude, si ce n'est quelques exceptions et survivances anciennes, comme l'abstinence de manger de la viande tous les vendredis, dont découle l'habitude de servir ce jour-là, du poisson dans les cantines.
Dans la religion musulmane en revanche, le jeûne du mois de Ramadan est obligatoire, de l'aube au coucher du soleil et constitue un des cinq piliers de la religion, communément partagé dans toutes les catégories sociales. Signe d'obéissance à Dieu, acte de piété perpétuant les traditions des Prophètes, temps de partage et d'aumône soldé par la Zakat, le Ramadan est aussi le mois de la révélation du Coran faite la Nuit du destin.
Selon la tradition musulmane, un autre jeûne, celui-ci d'ordre facultatif, est observé par les croyants. C'est le jeûne de l'Achoura, le 10 Mouharram, premier mois de l'année musulmane. Il fut recommandé par le Prophète, lorsqu'à son installation à Médine, il rencontra des tribus juives en plein jeûne du Kippour, marquant la sortie d'Egypte. Il adopta alors ce jeûne en signe d'inscription de l'Islam dans la tradition mosaïque.
Ce ne sont pas les occasions qui manquent pour s'acquitter du jeûne en terre d'Islam: l'apparition de phénomènes astronomiques comme les éclipses, l'éloignement des malheurs, l'expiation des pêchés…
Une des règles fondamentales qui les sous-tendent tous est l'acte préalable de la Niya (l'intention) conformément au Dit du Prophète: «Les actions ne sont rétribuées que suivant les intentions qui les ont inspirées».
Car de même que Jésus a évoqué le jeûne agréable à Dieu et celui offensant à Dieu, notamment celui pratiqué par les hypocrites; un mois de jeûne perdrait tout son sens, en Islam, s'il était accompagné de dépenses exorbitantes, de festins pantagruéliques, de déchaînements des passions et de comportements contradictoires avec l'esprit du jeûne.
Que dire de ces soi-disant musulmans qui lancent des Fatwas de mort et ces autres de leurs semblables, n'ayant de musulmans que le nom, qui se délectent à égorger leurs frères le long de l'année, et avec encore plus d'horreur pendant ce mois sacré? Que dire de ces fils d'Abraham, en pleine fête du nouvel an, qui empêchent des milliers de fidèles palestiniens d'effectuer la prière dans la Mosquée Al-Aqsa en plein mois de Ramadan? Comment trouver les mots pour dire que derrière ces monothéismes abrahamiques qui peinent tant aujourd'hui à soutenir le sens du dialogue, existe un Dieu unique et des valeurs universelles communes, loin de ces pulsions négatives ou destructrices datant de l'âge de la barbarie.
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Lumières et ténèbres du manichéisme
Au chapitre des doctrines et des religions dualistes se trouvent les adeptes de Mani qui sillonnaient le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord, l'Europe et l'Asie.
Résultat d'un syncrétisme entre le mandéisme, le zoroastrisme, le christianisme et le bouddhisme, le manichéisme apparaît d'abord en Iran, au IIIe siècle. Il se caractérise essentiellement par le radicalisme de son dualisme, opposant le Bien et le Mal, et par son austérité. Un de ses principes fondamentaux consistait en refus des plaisirs de la chair et en multiplication des jeûnes, liés en cela aux mouvements des astres. De plus, chaque été, avant la célébration de la nouvelle année, un jeûne obligatoire de vingt-six jours était instauré, tandis que les élus, chargé des prêches étaient astreints au célibat et au végétarisme le long de l'année.
Considérés comme Zindiq (hérétiques) par les musulmans, les adeptes de Mani sont également persécutés par les chrétiens et combattus par la pensée, en la personne notamment du philosophe et Père de l'Eglise catholique, d'origine berbère, Saint-Augustin qui était d'ancienne confession manichéenne.
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Les Sabéens comme «Gens du Livre»
"Ceux qui croient, et ceux qui se sont judaïsés, et les Nazaréens, et les Sabéens, quiconque a cru en Dieu et au Jour dernier et fait œuvre bonne, pour ceux-là, leur salaire est auprès de leur Seigneur». C'est dans ces termes que le Coran évoque les Sabéens, placés sur le même pied d'égalité que les adeptes des autres religions révélées.
Mais qui sont ces mystérieux Sabéens que certains chercheurs identifient aux Mandéens (de l'araméen manda, connaissance, gnose). Ces derniers pratiquent leurs rites depuis les premiers siècles de notre ère, en Chaldée dans l'actuel Irak où leurs traces subsistent à ce jour (ainsi qu'en Iran notamment), tandis que leur apport civilisationnel a été notable avec des personnalités de renom, tel que le médecin, philosophe et mathématicien, Thabit ibn Qorra, ou encore l'alchimiste Jabir ibn Hayyan.
Quant à leur nom de Sabéen, il serait dérivé du verbe araméen «Saba», signifiant, «immergé dans l'eau», en référence à leurs pratiques des lustrations et des immersions dans l'eau courante. Adeptes de Saint Jean-Baptiste (Sidi Yahya ibn Zakariya), ils sont également appelés «El-Moughtasila» (Ceux qui prennent des bains ou Les Baptistes) par les musulmans et «Les chrétiens de Saint-Jean» par les chrétiens.
Toutefois, les Sabéens sont confondus avec les Chaldéens de la ville antique de Harran, en Mésopotamie du Nord. Actuellement comprise dans le territoire turc, à la frontière syrienne, cette ville stratégique est citée dans la Bible comme étant le lieu de séjour d'Abraham avant sa route vers Canaan. Adorateurs des étoiles (la lune Sîn et le soleil Shamash) comme leurs prédécesseurs Sumériens et Akkadiens, malgré leur croyance en un dieu suprême, les Harraniens auraient adopté le nom Sabéen pour rentrer sous la protection musulmane pendant le règne du Calife El-Mamoun. Tel était le cas de nombreuses sectes et groupes ethniques qui trouvèrent dans le flou autour de la définition exacte du mot Sabéen, une porte ouverte pour pratiquer librement leurs croyances teintées de paganisme.
En matière de jeûne, les Sabéens-Mandéens jeûnent trente-six jours par an et s'abstiennent des sacrifices des animaux et de la consommation de viande pendant des dates précises.
Quant aux Harraniens, dits pseudo-sabéens, ils avaient pour principaux jeûnes: trente jours depuis le huitième jour du mois de mars (Azar), neuf jours de décembre (Qanoun al-awwal) et sept jours de février (Shbat) comme cela apparaît dans «El-Fihrist» d'Ibn Nadim publié à Bagdad en 988 du calendrier grégorien.


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