Melita Toscan du Plantier est une de ces femmes qui respirent la classe et qui inspirent le respect. Du haut de ses Louboutin, elle gère son festival avec cœur puisqu'il a été pensé par son défunt mari, mais toujours avec hargne puisqu'elle se refuse le droit à l'erreur. Des erreurs qui ont été commises et dont elle est la première à reconnaître mais à mettre sur le dos des débuts difficiles. «Je suis pour les critiques constructives, je conçois le fait que nous ne vivons pas dans le monde des bisounours et que la presse ne va pas écrire que de belles choses sur le festival mais les attaques gratuites et infondées, je ne les comprend pas», avouera Melita Toscan du Plantier qui pense que la presse n'a pas toujours été très juste lors des dernières éditions, abstraction faite de celle-ci. «Ce qui m'a touchée, c'est que la presse a beaucoup parlé du jury de cette année, mis à part Scorsese bien sûr. La presse nationale a reconnu la qualité du jury». En effet, il est difficile de ne pas l'aimer puisque, outre les artistes qui le constituent, Martin Scorsese est à sa tête. «Il m'avait dit : je voudrais bien être président du jury un jour, si tu le veux bien. En dehors de la volonté de venir, ce genre de personnalités est compliqué à faire déplacer, vu leur calendrier chargé», confie la présidente du festival. «En plus de son affection pour le Maroc, Martin Scorsese me disait que ce festival lui permettait de rencontrer des gens. À Cannes, les gens sont pressés comme des citrons, entre gardes du corps et attachés de presse, d'un meeting à l'autre, d'une interview express à l'autre. Ils ont juste le temps de se dire bonjour. Ici, ils ont le temps d'échanger, de discuter. On parle souvent de marché, ça ne sert à rien de faire un marché alors que les plus grands sont là avant nous. Nous n'avons rien à vendre. On passe après Toronto, les plus grands marchés du monde. On n'essaie pas de copier des festivals». En revanche, une chose est sûre: selon Melita Toscan du Plantier, il «permet au cinéma marocain d'être vu, dans les yeux du monde entier». D'ailleurs, elle ne fait que perpétuer le message légué par son mari ! «Je veux bien que le festival du cinéma de Marrakech grandisse, mais à condition que le cinéma marocain grandisse avec lui». Il est important que le festival tire le Maroc vers le haut et je pense que le défi a été relevé, notamment avec l'école de cinéma Cinécole. Martin Scorsese a demandé à la visiter et à rencontrer les jeunes pour échanger avec eux». Un geste digne d'un président du jury qui a tout compris et qui a la présence d'esprit de regarder les films de ses compatriotes avant de les rencontrer. D'ailleurs, le réalisateur n'a pas hésité à insister sur les films marocains. «J'avais envoyé le film de Bensaidi à Scorsese, et il l'a beaucoup aimé. D'ailleurs, Martin a écrit une lettre à Faouzi pour le féliciter, Faouzi a d'ailleurs repris une phrase de Scorsese sur l'affiche de son film. Ils vont se rencontrer lors du festival. Le festival peut aider à trouver des coproductions étrangères aussi! Quand on a commencé, il y avait 6 films marocains, aujourd'hui il, y en a 24 ou 25! De plus, ces réalisateurs qui viennent au Maroc veulent revenir et sont des ambassadeurs du Maroc à l'étranger. C'est Scorsese qui a convaincu Terry Gilliam de venir...». Qui a dit que le festival de Marrakech n'apportait rien au Maroc?