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La réforme de la dernière chance
Publié dans Les ECO le 08 - 09 - 2016

La refonte du système éducatif national dans le cadre de la Vision 2030 va bon train. Cependant, et même si les avis sur sa pertinence et la justesse des actions qu'elle préconise sont partagés, des résultats sont palpables.
L'éducation est et a toujours été la variable décisive conditionnant le succès ou l'échec de tout modèle socioéconomique doté de l'ambition de se hisser au niveau des économies techniquement avancées, parfois avant-gardistes, qui créent une valeur ajoutée significative. Et c'est justement parce que cette dernière est importante qu'un pourcentage est alloué à la promotion du secteur éducatif et à l'actualisation de ses procédés à la lumière des innovations et autres reconfigurations que connaissent les secteurs les plus porteurs aujourd'hui, adaptant le contenu des programmes proposés aux besoins du marché du travail en compétence, et bouclant par là même un cercle vertueux. C'est ce que le Maroc s'efforce de réaliser depuis quelques années, jusqu'à ce que le discours du Roi Mohammed VI, tenu le 10 octobre 2014 à l'occasion de l'ouverture de la session parlementaire d'automne, n'exprime la rupture officielle avec les schèmes habituels et la naissance d'une approche fraîche, moderne, axée sur l'efficacité et la promotion de la compétence. Une mission qui a été confiée à l'ensemble des acteurs du secteur éducatif et de la formation dans le cadre de la Vision 2030.
Parmi eux, le Conseil supérieur de l'Education, de la formation et de la recherche scientifique, qui a dressé un bilan des principaux dysfonctionnements dont souffre le secteur national de l'éducation, en l'occurrence le rendement limité de l'école marocaine (attribuable en grand partie à la faible maîtrise des langues, des connaissances, des compétences et des valeurs), l'efficacité restreinte des performances des acteurs pédagogiques, les lacunes des formations initiale et continue, la persistance des déperditions qui affectent aussi bien les systèmes scolaire et universitaire, que la formation professionnelle, l'accès limité à l'apprentissage par le biais des technologies éducatives, le faible rendement de la recherche scientifique et les hésitations dans le traitement des problématiques transversales, notamment la question de l'apprentissage des langues et des langues d'enseignement qui n'a été tranché que très récemment.
Les conséquences directes de telles lacunes sont, selon le Conseil, les difficultés d'insertion économique, sociale et culturelle des lauréats, ainsi que la faible interaction de l'école avec son environnement local, national et mondial, aggravée par sa faible capacité d'accompagner ou d'intégrer rapidement et pertinemment les évolutions de ce même environnement. Résultat : l'école est déphasée, les profils formés sont en grande partie inadaptés aux besoins du marché et les efforts fournis sont vains puisqu'il n'y avait, jusque là, ni segmentation des besoins des employeurs, ni ciblage de ces derniers, ni adaptation des programmes aux tendances nouvelles. Aussi, il a été relevé une incapacité palpable de l'école marocaine à accompagner efficacement le pays dans son développement global et dans son adhésion active à la société du savoir. Ce qui peut relever de l'évidence tant l'écart entre le contenu des programmes et la réalité du terrain était flagrant.
Tableau noir ?
Pas complètement
Partant de ce constat, plusieurs interrogations se sont imposées : qu'est ce qui a fait que les réformes engagées depuis l'ère de l'arabisation n'ont-elles pas respecté leurs engagements vis-à-vis des résultats escomptés ? Le problème résidait-il au niveau de la conception de ces réformes, ou de leur application ? L'Etat disposait-il de moyens suffisants pour concrétiser ses ambitions ? La visibilité qui était la sienne disposait-elle d'une acuité suffisamment aigue pour que les réformes adoptées puissent faire office de réponses adéquates aux problématiques soulevées ? Le modèle pédagogique lui-même était-il adéquat ? Le suivi était-il suffisamment équipé de dispositifs fiables et acérés, à même de permettre aux autorités compétentes de mesurer le degré d'applicabilité des dispositions décidées ? Les causes ne sont, évidemment, pas isolées, et la problématique de l'enseignement au Maroc est, certes, le résultat conjugué de l'ensemble de ces dysfonctionnements empilés depuis des décennies.
Mais cela n'a pas estropié pour autant la bonne marche des refontes engagées dans le cadre de la Vision 2030. Cette dernière adopte l'efficacité comme maître-mot. Et cette efficacité, la Vision 2030 la veut axée sur les évolutions que connaissent les secteurs porteurs, et adaptée, quand il le faut, aux exigences des employeurs. C'est à cela que s'adonnent désormais les universités et les écoles de formation dans l'élaboration de leurs programmes pédagogiques. Certes, les moyens de synchronisation des formations diffèrent selon les postures stratégiques adoptées, mais l'on peut toutefois en isoler certaines composantes communes. C'est à cette question que l'ESCA EM, qui s'intéresse constamment à ces problématiques, s'est penché sur la définition du profile du manager de demain, notamment à travers l'organisation d'une série de conférences dédiée au thème de «La formation des dirigeants de 2030», en complément de son travail de recherches mené en 2015, dont les conclusions ont été publiées dans son livre blanc de l'enseignement, et dans lequel l'ensemble des experts, pédagogues et professionnels ont eu l'occasion d'échanger et de confronter leurs idées relatives à la configuration du paysage des affaires marocain en 2030 Le profil du manager marocain de demain, et les compétences clefs qui feront son succès dans un monde marqué par l'industrie 4.0, ainsi que les missions et rôles qu'il sera amené à assumer ont été exposés.
Le livre est un travail de recherche inédit sur la manière avec laquelle la formation des dirigeants est prise en considération dans les différents plans sectoriels, et dresse le portrait-robot de ce que sera le dirigeant de 2030, destinés à devenir un «acteur de l'émergence et de la transition dans une société de progrès». Pareil pour l'université Mundiapolis qui fait la même lecture que l'ESCA EM, et favorise l'implication directe des employeurs. Son approche dispose des mêmes accoudements, mais prend une forme différente dans sa concrétisation: celle du Mundia JobFair. Ce Forum dédié à l'emploi est organisé par le Centre d'Accompagnement à la Réussite des Etudiants (CARE) relevant de l'université, et est tenu en étroite collaboration avec, entre autres, des représentants de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), l'Association des femmes chefs d'entreprise du Maroc (AFEM), l'Agence nationale pour la promotion de la PME - Maroc PME, etc. L'événement se présente comme l'occasion de faire subir aux futurs lauréats des mises en situation par des simulations d'entretiens, et de leur permettre de se constituer un réseau d'adresses d'entreprises offrant des opportunités en termes de stages, de stages pré-embauche ou d'emplois et de se faire conseiller par des cabinets de recrutement afin de définir l'offre qui sied le mieux à leurs profils. Dans cette mouvance, d'autre instituts poussent le concept encore plus loin et s'arment, dans cette course pour l'adaptabilité avancée, d'écoles à spécialités ou à niche, parfois créée de toute pièce pour l'occasion.
Adaptation avancée
L'institut des Hautes Etudes de Management (HEM) fait partie de cette catégorie depuis qu'il s'est allié à la Société financière internationale (SFI) afin de lancer conjointement une joint-venture universitaire, baptisée Med Université. Pour cette dernière, tout est question de définition du contenu pédagogique par indexation sur l'émergence des nouveaux métiers mondiaux. Accessoirement, la nouveauté avancée par le management commun de la JV est le critère de l'accessibilité financière. En adoptant cette posture, HEM et SFI ambitionnent de démocratiser l'accès aux formations de qualité pour celles et ceux capables de les suivre, mais qui sont financièrement stressés. C'est là l'expression du rôle voulu pour la nouvelle école marocaine, qui se voit ainsi appelée à coupler ses missions pédagogiques avec les aspirations du projet de la Vision 2030 pour l'éducation, devant accompagner et intégrer dans ses programmes de manière proactive les mutations mondiales et les innovations en matière de sciences, de technologies et des connaissances théoriques, en réservant un intérêt particulier aux éléments qui ont trait à l'éducation, à l'enseignement et à la formation professionnelle.
D'autant plus que l'arrivée à maturité des processus propres aux secteurs primaire (agriculture) et secondaire (industrie), permettant à celui tertiaire (services) de briller et de mettre en évidence l'étendue de ses potentialités, a favorisé cette mutation quelque peu forcée, il faut bien l'admettre, eu égard aux défis que le Maroc est destiné à relever. Cela a permis aux de s'affirmer et de booster sa capacité à créer de la richesse, mais a également aidé à prouver que les foyers de croissance ont changé de nature : ils sont désormais situés dans tous ce qui est inféodé à l'optimisation des ressources et des moyens, à la gestion intelligente des exploitations et à la performance des systèmes d'information, en mettant le focus sur l'élément humain. Et c'est sur ce dernier volet qu'interviennent les organes de formation publics et privés. En effet, les instituts et écoles supérieures de formation ont eux aussi embrassé la courbe ascendante de l'évolution des métiers, et ont compris que les formations diplômantes n'avaient de sens que si les aptitudes inculquées et acquises répondaient à des exigences bien précises : celles des employeurs. Pour ce faire, les formations académiques proposées ne devaient plus rester cantonnées à leur nature théorique, mais étaient appelées à dépasser ce cadre pour suivre de près les évolutions que connaissent les secteurs les plus porteurs, et s'adapter en conséquence. Désormais, le maître-mot est l'adaptation. Plus tard, celui de l'école de demain sera l'anticipation.


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